EN AVENT – Jour 15 –

La bûche de Noël

Traditionnellement, la bûche de Noël ne se mangeait pas : elle se brûlait ! Coupée dans un beau tronc bien sec, de belle taille, la bûche de Noël rappelait que l’Enfant Jésus dans l’étable n’avait rien pour se chauffer, seulement le souffle de l’âne et du bœuf, et qu’il eut froid.

En parallèle, il existait une tradition païenne qui consistait à brûler une belle bûche prise dans un arbre fruitier, ou dans un chêne selon les régions, au moment du solstice d’hiver, pour que les récoltes de l’année soient bonnes.

Toute la maisonnée, la famille comme les domestiques, se réunissait devant l’âtre et avant de l’allumer, le père de famille ou l’homme le plus âgé bénissait la bûche avec une branche de buis ou de laurier datant du dimanche des Rameaux de l’année précédente. On chantait et on distribuait aux enfants des friandises ou des fruits secs.

Elle porte souvent le nom de « tréfeu » ou trois feux, car elle devait brûler trois jours. Ses cendres étaient ensuite soit gardées pour protéger la maison, soit répandues dans les champs pour garantir des récoltes abondantes.

La disparition progressive des cheminées a entraîné à la fin du xixe siècle la confection de ce gâteau en forme de morceau de bois, traditionnellement fait de génoise roulée et recouverte de crème au beurre. On la décorait de lutins bûcherons, de haches, de scies, de champignons, de feuilles d’arbre pour évoquer son origine sylvestre.

Aujourd’hui, on en trouve de toutes sortes, souvent plus légères, avec une préférence marquée pour la bûche glacée.

Au plus noir de l’hiver – le solstice est la nuit la plus courte de l’année –, ce feu de joie vient repousser les ténèbres, comme la venue de Jésus qui fait reculer les ténèbres du péché et de la solitude humaine.

Pour aller plus loin :

Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 14 –

Bethléem

Dans la Bible, c’est la ville de Rachel : l’épouse bien-aimée de Jacob meurt à Bethléem, appelée aussi Ephrata, en mettant au monde son deuxième fils, Benjamin. « Rachel mourut et on l’enterra sur la route d’Éphrata, c’est-à-dire Bethléem[1]. » Son tombeau, à l’entrée de la ville, est un lieu saint pour les juifs.

C’est aussi la ville de David. Dans la Bible, le livre de Ruth, écrit au ixe ou viiie siècle avant Jésus-Christ, nous raconte l’histoire de cette femme de Moab, devenue veuve, qui a suivi sa belle-mère Noémi pour retourner en Judée : « Où tu iras, j’irai ; où tu t’arrêteras, je m’arrêterai ; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu[2]. » Toutes deux, seules et pauvres, s’installent à Bethléem, berceau de la famille de Noémi. Ruth se fera aimer de Booz, un riche propriétaire, parent de son défunt mari, qui l’épousera. Elle lui donne un fils, Obed, qui aura un fils nommé Jessé : « Le Seigneur dit au prophète Samuel : Je t’envoie auprès de Jessé de Bethléem, car j’ai vu parmi ses fils mon roi[3]. » Il s’agit de David, dont le nom signifie « le bien-aimé », qui deviendra le plus grand roi d’Israël.

C’est enfin la ville du Messie, du Christ (Messie est le mot hébreu et Christ est le terme grec), comme l’a annoncé le prophète Michée : « Et toi, Bethléem Éphrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël. […] Dieu livrera son peuple jusqu’au jour où enfantera… celle qui doit enfanter, et ceux de ses frères qui resteront rejoindront les fils d’Israël. Il se dressera et il sera leur berger par la puissance du Seigneur, par la majesté du nom du Seigneur, son Dieu. Ils habiteront en sécurité, car désormais il sera grand jusqu’aux lointains de la terre, et lui-même, il sera la paix[4] ! » 

Cette prophétie sera reprise par les grands prêtres et les scribes de Jérusalem quand Hérode, au moment de la visite des mages, leur demandera « où devait naître le Christ[5] ».


[1] Livre de la Genèse 35, 19.

[2] Livre de Ruth 1, 16.

[3] Premier Livre de Samuel 16, 1.

[4] Livre de Michée 5, 1-3.

[5] Évangile de Matthieu 2, 4.

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Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 13 –

L’âne et le boeuf

L’Évangile ne mentionne pas la présence de ces deux animaux dans la crèche. D’où vient donc la représentation qu’on en fait couramment où l’âne et le bœuf soufflent sur l’enfant pour le réchauffer ?

La version grecque du livre du prophète Habaquc, six siècles avant Jésus, fait mention de deux animaux : « L’œuvre que tu as projetée, Seigneur, fais-la surgir au milieu de deux animaux[1]. »

En rapprochant cette prophétie de celle d’Isaïe, comme deux silex que l’on frotte pour en faire jaillir une étincelle, on peut déduire que ces deux animaux sont un bœuf et un âne : « Le bœuf connaît son propriétaire, et l’âne, la crèche de son maître. Israël ne le connaît pas, mon peuple ne comprend pas[2]. » Les animaux reconnaissent la venue de Jésus, le Fils de Dieu au milieu de nous, mieux que les hommes qui refusent d’accueillir Dieu.

Par un raisonnement logique, on peut également déduire la présence de l’âne et du bœuf au moment de la naissance de Jésus. L’âne à l’époque de Jésus est en effet le moyen de transport le plus courant avec le chameau – les chevaux étant réservés aux officiers romains. Marie, proche du terme, n’aurait jamais pu parcourir à pied la distance de 156 kilomètres qui sépare Nazareth de Bethléem ; on peut donc penser qu’elle a voyagé à dos d’âne durant ces cinq ou six jours de trajet. Quant aux grottes que l’on trouvait aux environs de Bethléem, elles servaient le plus souvent d’étables, parfois même d’habitations pour les familles pauvres, il n’est donc pas étonnant d’y trouver un bœuf. Au plan symbolique, le bœuf représente les croyants et l’âne les païens, les incroyants.

Enfin, au plan étymologique, le bœuf en hébreu se dit shor, que l’on peut rapprocher du verbe schour qui signifie « célébrer, contempler » ; l’âne se dit chamor qui veut aussi dire « foule ». Alors que le taureau symbolise la puissance et la fécondité, le bœuf représente la force tranquille. L’âne, contrairement au cheval plus noble et plus fougueux, évoque quant à lui l’humilité, la patience, la fidélité, l’animal de bât parfois entêté, mais doux et dévoué.


[1] Habaquc 3, 2 dans l’ancienne traduction de la Septante.

[2] Isaïe 1, 3.

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Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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– LE MOT DU LUNDI – Les mains vides

Nous voici déjà au milieu de l’Avent et nous avons certainement bien avancé dans nos achats de Noël et nos préparatifs.

Or, nous fêtions la semaine dernière saint Nicolas. Le saint patron des enfants a vécu comme un pauvre et s’est présenté devant Dieu les mains vides, car, contrairement au jeune homme riche de l’Évangile, il n’était pas parti tout triste en entendant l’appel du Seigneur. Au contraire, joyeux de suivre le Christ, il a tout distribué de ses immenses richesses pour faire le bien autour de lui, sans rien garder.

Sainte Odile, que nous fêtons dans deux jours, le mercredi 14 décembre, a tout donné, elle aussi. Sa vie ressemble à un roman d’aventures plein de rebondissements. À sa naissance, quand son père, le riche et puissant duc d’Alsace, découvre à la fois que c’est une fille et qu’elle est aveugle, il décide de la tuer.

Les prières de sa mère, fervente chrétienne, lui sauvent la vie et elle grandit dans le monastère de Baume-les-Dames, près de Besançon. À quinze ans, un évêque vient la baptiser et elle recouvre la vue. La petite fille qui n’a pas de nom est alors appelée Odile, ce qui signifie « lumière de Dieu ». Comme elle rêve de connaître sa famille, elle parvient à contacter son frère qui organise secrètement son retour. Voyant cela, son père tue le jeune homme et condamne Odile à vivre comme une servante. Un jour, il la voit s’occuper d’un malade et son cœur est touché, il veut sa fille aînée auprès de lui. Il la comble de richesses et d’honneurs. Lorsqu’un prince allemand demande la main de la jeune fille en mariage, le Duc accepte. Odile, qui veut consacrer sa vie à Jésus, s’enfuit.

Son père, cette fois, se convertit vraiment et lui promet de la laisser suivre sa vocation. Il remet ses richesses entre ses mains et Odile bâtit un premier monastère à Obernai, puis un deuxième au sommet de la montagne, qui deviendra plus tard le Mont-Sainte-Odile. Un jour, elle rencontre un pauvre aveugle tombé au bord du chemin. Les mains vides, elle ne peut pas lui venir en aide alors qu’il réclame un peu d’eau. Poussée par la foi, elle frappe un rocher et une source jaillit, qui coule encore de nos jours.

En ce milieu de l’Avent, qu’en est-il de nous ? Avons-nous les mains remplies de cadeaux et de décorations, la tête remplie de soucis et de To do lists – listes de choses à faire – mais le cœur vide ?

Redisons ces mots de la Petite Thérèse : « Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides, car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes œuvres. […] Je ne veux point d’autre Trône et d’autre Couronne que Vous, ô mon Bien-Aimé ! » (extrait de l’Acte d’offrande à l’Amour miséricordieux)

Les saints ont les mains vides, mais le cœur rempli de Dieu ! Dans notre marche vers Noël, mettons-nous à leur école : que nos mains soient vides pour pouvoir s’ouvrir devant le Seigneur dans la prière ; que nos mains soient vides pour pouvoir s’ouvrir devant nos frères dans un geste fraternel.

Bien sûr que nous offrirons des cadeaux à ceux que nous aimons ; bien sûr que nous leur préparerons un bon repas dans une maison chaleureuse et joliment décorée. Mais, surtout, nous leur apportons le plus beau cadeau, l’Enfant Jésus lui-même avec la paix et la joie qui n’ont pas de fin.

Belle préparation à Noël !

À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du mercredi 14 décembre 2022.

Illustration d’Armelle Talvande, tirée du conte de Noël Le brigand de la crèche, Pierre Téqui éditeur, 2022.

EN AVENT – Jour 12 –

Le sapin

Qu’il soit en pot ou en plastique, Nordmann ou épicéa, en bois ou en tissu, le sapin de Noël est le fleuron de la décoration de la maison.

Cette tradition de mettre un sapin décoré dans sa maison est née vers 1521 en Alsace et dans la région de Bâle avant de gagner l’Allemagne. Marie Leszczynska, la fille du roi de Pologne et duc de Lorraine Stanislas, qui était aussi l’épouse du roi de France Louis XV, fit installer un sapin à Versailles en 1738 ; mais l’habitude en fut réellement prise lorsque la princesse de Mecklembourg érigea un arbre décoré aux Tuileries en 1837.

Avec son feuillage persistant qui reste vert au cœur de l’hiver, le sapin, ou l’épicéa qui était plus répandu avant son éviction par le sapin de Nordmann, symbolise la vie. Au début, il était décoré uniquement de pommes rouges et de noix, puis on lui ajouta des bougies, des rubans, des fleurs en papier, des fruits, des confiseries, des biscuits… Aujourd’hui, ce sont les guirlandes électriques, les cheveux d’anges, les boules, avec un retour aux décorations plus naturelles.

L’étoile brillante que l’on place au sommet du sapin rappelle l’étoile qui a guidé les rois mages vers la crèche. Les premiers sapins artificiels étaient en plume d’oie, mais, de nos jours, ils sont en PVC et importés de Chine ; cependant, on note là aussi un désir de matières plus naturelles : sapins en carton, en tissu, en verre, avec un arôme synthétique ou des huiles essentielles qui évoquent l’odeur des pins.

Le sapin représenterait l’arbre du paradis perdu, décoré des pommes rouges de la tentation – le fruit défendu. En certains lieux, il remplace la crèche, mais, le plus souvent, celle-ci est installée à son pied.

À travers le sapin ou les autres plantes qui décorent nos intérieurs à Noël, c’est toute la création réconciliée qui est invitée à s’associer à la joie de Noël : « Les arbres des forêts dansent de joie », chante le Psaume 95.

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Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 11 –

Le recensement

Il était déjà question d’un recensement dans l’Ancien Testament. Le roi David, pour une fois mal inspiré, décida de compter son peuple : « Satan se dressa contre Israël et il incita David à dénombrer Israël[1]. » Mais Dieu n’était pas d’accord à cause de l’orgueil qui motivait la démarche : « Cette affaire déplut à Dieu, et il frappa Israël. »

À Rome, au contraire, le recensement était une pratique courante qui avait lieu tous les cinq ans. Le but était double, d’une part la taxation et d’autre part le classement des citoyens en trois ordres : sénateurs, chevaliers, plébéiens.

L’empereur Auguste ordonna trois recensements généraux de tout l’Empire et celui dont parle saint Luc est le deuxième, qui eut lieu dans les années 7 et 6 av. J.-C. Il voulait connaître « le nombre des citoyens et des alliés en armes, celui des flottes, des royaumes, des provinces » (Tacite, Annales, 1, 11). Le troisième, le plus connu, commence en l’an 6. Jusqu’au xxe siècle, c’était le seul recensement connu des historiens, c’est pourquoi on datait la naissance de Jésus à cette époque, ce qui contredisait d’autres éléments historiques ou astronomiques (voir ci-dessous à « Rois mages » la question de l’étoile). Ainsi, en supputant que Jésus est né en l’an 7 ou 6 av. J.-C., nous avons une convergence des sources.

Le but est de déterminer et de percevoir des impôts sur chaque famille. Il semblerait, d’après les historiens (mais il est très difficile de retrouver les détails concernant l’organisation complexe et éloignée de nous qu’était l’Administration romaine), qu’il s’agissait de recenser toutes les propriétés terriennes et immobilières ; « conformément à cela, nous dit le pape émérite Benoît XVI, nous pouvons supposer que Joseph, de la maison de David, disposait d’une propriété terrienne à Bethléem, si bien que, pour le recouvrement des impôts, il devait s’y rendre. » Pourtant, à son arrivée, il n’a pas trouvé d’endroit pour se loger.

Il n’y a pas de hasard ! « La naissance de Jésus dans la ville de David se situe dans le cadre de la grande histoire universelle, même si l’empereur [Auguste] ne sait rien du fait qu’à cause de lui, ces gens simples sont en voyage à un moment difficile ; et ainsi, apparemment par hasard, l’Enfant Jésus naîtra dans le lieu de la promesse[2]. »


[1] Premier Livre des Chroniques, chapitres 21-22.

[2] Benoît XVI, L’enfance de Jésus, ch. 3 « La naissance de Jésus à Bethléem », op.cit.

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Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 10 –

La Lumière

En allumant les guirlandes, les bougies, les lumignons de Noël, nous proclamons qu’il existe une espérance : les ténèbres n’ont pas remporté la victoire, car l’aube d’un jour nouveau se lève en nous et sur le monde.

« C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière », écrivait Edmond Rostand dans Chantecler. C’est dans l’épreuve et le doute qu’il est beau de croire en Dieu.

Dans l’hémisphère nord, Noël tombe au moment du solstice d’hiver, quand la nuit est la plus longue et que, peu à peu, minute par minute, les jours vont recommencer à s’allonger. Pouvons-nous, nous aussi, pas à pas, entrer dans l’espérance, non pas en courant dans un grand élan de foi, mais à pas de souris, un pied après l’autre, en tâtonnant, en hésitant ? Chaque pas sera une victoire sur les ténèbres, même un pas de souris.

Pour le dictionnaire Le Robert, l’espérance est le « sentiment qui fait entrevoir comme probable la réalisation de ce que l’on désire ». Ai-je envie de miser ma vie sur une réalité « probable » ? En revanche, voici une définition intéressante, elle concerne l’espérance mathématique : « Elle est, intuitivement, la valeur que l’on s’attend à trouver, en moyenne, si l’on répète un grand nombre de fois la même expérience aléatoire. » (Wikipédia) Eh bien, oui ! c’est exactement cela ! Dans ma prière, je m’attends à trouver Dieu. Dans les autres, mes frères et sœurs en humanité, je m’attends à trouver Dieu. Au bout du chemin, je m’attends à trouver Dieu.

L’espérance est cette lumière qui me guide : parfois, elle ne sera guère plus forte qu’une flamme vacillant au vent ; parfois, elle brillera comme un grand feu qui attire et réchauffe, ces feux que l’on allumait jadis en haut des phares pour guider les navires dans la tempête. « L’Espérance est une petite fille de rien du tout, nous dit Charles Péguy. Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière[1]. »

Sommes-nous suffisamment des témoins de l’espérance de Noël autour de nous ?

Nous sommes porteurs d’une très grande nouvelle – la certitude d’avoir été voulus, désirés, et d’être aimés tels que nous sommes ! Soyons des phares pour guider tous ceux qui errent sans but, sans sens, sans espoir, afin de les conduire vers le Christ, Soleil levant et Étoile du matin : « Je suis la Lumière du monde[2]. »


[1] C. Péguy, Le Porche du Mystère de la Deuxième Vertu, 1912.

[2] Évangile de Jean 8, 12.

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Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 9 –

L’Incarnation

Ce mystère de l’Incarnation est si beau et si grand que nous en faisons mémoire trois fois par jour dans la prière de l’Angélus :

– Et le Verbe s’est fait chair.

– Et il a habité parmi nous.

S’incarner veut dire « prendre chair » et même « devenir viande ». Dieu, qui préexistait à tout le créé, Dieu qui fit le Ciel et la terre et tout ce qu’ils contiennent, s’est fait embryon, s’est fait fœtus, s’est fait nouveau-né. S’est fait homme. Il a traversé trente-trois ans de notre histoire « en faisant le bien[2] ». Est-ce une assez grande preuve d’amour que Dieu nous donne là ?

« L’Incarnation, où Dieu a pris une âme et un corps d’homme, est le plus beau chef-d’œuvre de la grâce. » (Saint Augustin)

Dans une homélie du iie siècle, Méliton de Sardes explique ainsi le mystère de l’Incarnation :

« La Loi est devenue le Verbe, et, d’ancienne, elle est devenue nouvelle ; le commandement s’est transformé en grâce, la figure en vérité, l’agneau est devenu fils, la brebis est devenue homme et l’homme est devenu Dieu. […] Le Seigneur, étant Dieu, revêtit l’homme, souffrit pour celui qui souffrait, fut enchaîné pour celui qui était captif, fut jugé pour le coupable, fut enseveli pour celui qui était enseveli. »

On retrouve cette même idée chez saint Athanase : « Le Fils de Dieu s’est fait homme pour nous faire Dieu » ; chez saint Irénée de Lyon : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » ; chez saint Thomas d’Aquin : « Le Fils unique de Dieu, fait homme, fit les hommes Dieu », et chez bien d’autres théologiens.

« Comme Jésus » : voici la résolution que nous pourrions prendre pour ce temps de l’Avent et de Noël. « Que ferait Jésus à ma place ? » « Comment puis-je accueillir cette personne comme Jésus l’aurait accueillie ? » « Comment puis-je écouter cette personne comme Jésus l’aurait écoutée ? » « Comment puis-je aimer mes proches et ceux qui me sont confiés comme Jésus les aime ? »

En accueillant dans notre cœur les sentiments qui habitaient le Cœur de Jésus, en cherchant à lui ressembler et à lui correspondre, en mettant nos pas dans les siens, nous avancerons sans nous tromper jusqu’aux portes de son Royaume qu’il nous ouvrira toutes grandes : « Venez, les bénis de mon Père[5] ! »


[2] Actes des Apôtres 10, 38.

[5] Évangile de Matthieu 25, 34.

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Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 8 –

Le Gloria

Nous savons que cette acclamation est celle des anges à Noël pour l’avoir clamée ou fredonnée dans le chant Les anges dans nos campagnes.

Pour mieux le savourer lors de la veillée de Noël, le Gloria liturgique est supprimé à la messe pendant toute la durée de l’Avent, avec une exception : on le chante pour la solennité de l’Immaculée Conception le 8 décembre.

La gloire et la puissance

Le terme « gloire » est très présent dans la Bible. Il est associé à la puissance, la célébrité, l’honneur, le renom, la majesté, le succès… En hébreu, la gloire se dit kavôd qui signifie « être lourd, peser » alors qu’en grec, doxa signifie « la renommée, l’honneur ».

Dans l’Ancien Testament, la gloire de Dieu se manifeste toujours de façon spectaculaire : « Seigneur mon Dieu, tu es si grand ! Revêtu de magnificence, tu as pour manteau la lumière ! Comme une tenture, tu déploies les cieux, tu élèves dans leurs eaux tes demeures ; des nuées, tu te fais un char, tu t’avances sur les ailes du vent ; tu prends les vents pour messagers, pour serviteurs, les flammes des éclairs[1]. »

À Noël, le changement est radical : la gloire de Dieu, c’est sa petitesse, son humilité, sa fragilité : « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité[2]. » « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu[3]. »

Or, qu’ont vu les Apôtres de cette gloire à travers les actes de Jésus ? Pendant trois ans, ils ont vu des miracles, ils ont reçu ses enseignements. Au bout de trois ans, Jésus commença à leur annoncer sa Passion. Ses plus proches apôtres ont été les témoins de sa Transfiguration : « Jésus fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière[4]. »

Puis ce fut l’Agonie au jardin des Oliviers, sa Passion et sa mort. La gloire de Dieu prend soudain le visage du Serviteur souffrant qu’annonçait le prophète Isaïe. « La gloire de Dieu se révèle à travers l’humanité blessée de Jésus », nous dit Mgr Claude Dagens[5].


[1] Psaume 103(104), 1-4.

[2] Évangile de Jean 1, 14.

[3] Évangile de Jean 11, 40.

[4] Évangile de Matthieu 17, 2.

[5] Enseignement donné aux jeunes lors d’un pèlerinage à Lourdes, site BellocetUrt.org.

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Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 7 –

L’étoile

Si les décorations de Noël comportent autant d’étoiles, c’est parce que, depuis les temps anciens, le Messie est annoncé comme « l’astre de Jacob ». En Mésopotamie, en effet, le prophète Balaam prophétisa : « Ce héros, je le vois – mais pas pour maintenant – je l’aperçois – mais pas de près : Un astre se lève, issu de Jacob, un sceptre se dresse, issu d’Israël[1]. »

Puis, au moment de la naissance de Jésus, les rois mages voient « son étoile à l’orient » et se mettent en route pour le trouver et se prosterner devant lui.

Le langage de l’étoile

Il y eut au moment de la naissance de Jésus un phénomène astronomique, une conjonction des planètes (voir le passage sur les rois mages dans le chapitre « Personnages historiques »). Mais comment cette curiosité céleste – si exceptionnelle soit-elle – pouvait-elle pousser des hommes à se mettre en marche ?

C’est qu’il y a un langage de l’étoile, comme il y a un langage de la Création ! La nature n’est pas muette, elle nous parle de Dieu. Toutes les créatures gardent un lien avec leur Créateur qui veille sur elles avec tendresse et attention :

« Il compte le nombre des étoiles. Il donne à chacune un nom[2]. »

Mais avons-nous encore des oreilles pour entendre et des yeux pour voir, comme les mages qui n’ont pas hésité à suivre l’étoile, convaincus qu’elle les conduirait vers la vérité et vers la vraie foi ?

« Et vous, le soleil et la lune, bénissez le Seigneur, Et vous, les astres du ciel, bénissez le Seigneur[3]. »

Les étoiles nous parlent, mais elles ne règlent pas notre destinée ! Ne cherchons pas dans leur course le fiancé que nous attendons, le travail dont nous avons besoin, la rencontre qui va changer notre vie. Pour saint Grégoire de Naziance, en effet, l’adoration des mages signifie la fin de l’astrologie : le destin de l’humanité s’arrache aux croyances qui entendent le soumettre aux astres. Ces planètes qui portent les noms de divinités romaines : Jupiter, Saturne, Mars, Vénus… sont définitivement éclipsées par « l’astre de Jacob » qu’est Jésus ! Vous pouvez donc sans aucune crainte jeter votre horoscope à la poubelle… Aucune planète n’a d’influence sur votre vie, sur vos rencontres, sur vos échecs et votre réussite, encore moins sur vos amours. Votre existence n’est pas écrite dans les cartes, dans le marc de café ou dans les feuilles de thé, elle n’est écrite que dans le Cœur de Dieu qui connaît tout ce qui va advenir, mais qui nous laisse libres.

Cherchons l’étoile ! Car Dieu ne nous abandonne jamais, il ne nous laisse pas errer dans la nuit. Dès que, perdus et effrayés, nous crions vers Dieu – enfin ! –, lui qui nous attendait se précipite pour nous secourir, pour nous rattraper. Nous le cherchons, mais c’est lui qui nous attend depuis une éternité. Nous le trouvons, mais c’est lui qui est heureux de nous recevoir enfin dans ses bras.


[1] Livre des Nombres 24, 17.

[2] Psaume 146, 4.

[3] Livre de Daniel 3, 62-63.

[4] Lettre de saint Paul aux Éphésiens 4, 22-24.

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Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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