– LE MOT DU LUNDI – Les joies de l’été

© Photo de l’auteur – 2026

Qu’est-ce qui rend l’été si magique ? Pourquoi cette saison est-elle exceptionnelle, devant l’automne et sa palette de couleurs, le printemps et ses promesses, l’hiver et la pureté de ses grands ciels bleus ?

Il y a bien sûr le temps des vacances, le lâcher prise, le repos du corps et de l’âme, les remises en question et les bonnes résolutions, les heures plus lentes pour savourer une sieste ou une discussion impromptue. Posée dans un transat, j’observe du coin de l’oeil le voisin qui taille sa haie ; inerte sur ma serviette, je vois l’homme d’affaires qui retrouve son coeur d’enfant pour la construction d’un château de sable : les masques sociaux tombent quand tout le monde est en maillot de bain ! En été, on ose faire ce que l’on ne se permet pas le reste de l’année, comme tenter une promenade à cheval ou accomplir son baptême de plongée.

Il y a également les souvenirs d’enfance, l’odeur du foin coupé ou des confitures de Grand-Maman, les couchers tardifs et l’observation des étoiles filantes. Mes parents nous apprenaient à chanter en canon ; et avec la petite fille de la ferme voisine, je découvrais qu’il faut nourrir les poules et le cochon tous les soirs. Nous pédalions en bande sur les routes de campagne et nos vélos brinquebalants semblaient pouvoir nous emmener au bout du monde. Mon frère et moi inventions des histoires pour que l’équeutage des haricots verts ou la cueillette des groseilles passent plus vite.

Nous pouvons tout enfermer dans nos téléphones, le dernier rayon du soleil et la première alouette, le bleu changeant de la mer et le cristal d’un torrent de montagne. Tout, sauf l’odeur du foin coupé et celle des confitures de Grand-Maman.

Une feuille jaune tombe à mes pieds et mes pensées dérivent vers la rentrée avec un serrement de coeur. Non, cet été non plus ne sera pas éternel…

Pour aller plus loin :

Lire Les petites joies de l’été, un joli livre qui invite les enfants à l’émerveillement, publié aux éditions Pierre Téqui et illustré par by.bm.

© Photo de l’auteur – 2026

– LE MOT DU LUNDI – Dans les pas des saints montagnards

© Photo de l’auteur – 2026

Avoir la chance de passer des vacances en montagne, c’est s’émerveiller devant des paysages grandioses qui nous font relativiser nos problèmes ; c’est nous approcher de Dieu ; c’est mettre nos pas dans les pas des saints qui ont aimé et gravi les sommets de la sainteté et de la foi.
Parmi eux, bien sûr :

  • saint Bernard de Menthon qui crée des hospices pour venir en aide aux pèlerin égarés et fatigués ;
  • saint Pier Giorgio Frassati qui aime tant les montagnes et que l’on représente très souvent en tenue d’escalade, le piolet à la main.

Ce jeune étudiant italien (1901-1925) crée en 1924 la Compagnie des Types Louches parmi ses amis de la jeunesse dorée de Turin pour les galvaniser spirituellement, notamment grâce à la pratique de l’alpinisme. Un dimanche typique de la Société des Types Louches commence par la messe à l’aurore, puis c’est le départ pour une excursion en montagne. La joie, l’amitié, les partages fraternels excluent tout esprit de compétition ou de performance. Pier Giorgio le premier – lui le marcheur infatigable qui vise toujours plus loin, toujours plus haut – n’hésitera pas à raccourcir une course, prétextant sa propre fatigue, s’il voit que l’un des membres est en difficulté.

« Cette foi, que nous avons reçue au baptême, et qui nous a tenu compagnie dans nos belles randonnées en montagne, nous espérons qu’elle nous accompagnera jusqu’au dernier jour de notre voyage terrestre et nous serve de lien, par le moyen de la prière, à cimenter spirituellement tous les Types Louches dispersés à la surface de la terre. » (Lettre de Pier Giorgio, 11 août 1924)

La montagne a pour Pier Giorgio autant de charmes en hiver, avec le ski, qu’en été avec les belles randonnées et les longues escalades. En groupe, il est d’une extrême prudence : il écarte les pierres qui risquent de se détacher, il impose que l’on s’encorde dans les passages difficiles. Quand il remarque un camarade en difficulté, il simule la fatigue pour ralentir la montée ou proposer une halte. Il se charge du sac d’un ami qui n’en peut plus.

« Je désire plus que jamais escalader les montagnes, gagner les cimes les plus difficiles d’accès et éprouver cette joie pure qu’on a seulement en montagne », écrit Pier Giorgio le 13 août 1923.

Avant de partir en randonnée, il s’arrange toujours pour participer à la messe et recevoir la communion. Pour lui, la montagne est une leçon de spiritualité, elle exige les mêmes qualités que la vie de foi, par exemple l’humilité, le courage, la persévérance, l’attention aux autres. Il écrit le 14 septembre 1924 : « Il ne faut pas oublier que si les exercices physiques rendent notre corps plus robuste, il est indispensable que des principes moraux nous affinent et nous rendent l’esprit plus vaillant. »

Pour aller plus loin :

Deux lectures faciles et agréables qui nous entraînent vers les sommets de la foi et de la sainteté :
Saint Pier Giorgio Frassati, l’ange des pauvres
et Saint Bernard de Menthon, la citadelle des neiges.

© Photo de l’auteur – 2026

– LE CONTE DU LUNDI – Là-haut sur la montagne

Illustration de Camille Patureau © Magazine Patapon

Quelle joie pour Tim et Lili de retrouver le chalet de vacances au milieu des sapins ! Ils vérifient si rien n’a changé : leur chambre sous le toit avec sa lucarne, la piscine creusée dans le ruisseau, si froide qu’ils en ont la respiration coupée quand ils trempent leurs pieds dedans. Ils rejoignent le banc d’où l’on a une si belle vue sur la vallée et poussent un cri désolé : là où il n’y avait que des rochers et des fleurs, ils découvrent un nouveau chalet.
– Il y a un voisin au-dessus de nous ! s’écrient-ils en accourant dans la grande pièce qui sent bon le feu de bois.
Leurs parents se tournent vers Oncle Franz pour en savoir plus.
– C’est vrai, dit-il, un inconnu a fait construire un chalet sur le terrain du vieux Pierre. Je l’appelle l’Ours car le jour où je l’ai croisé, il avait un capuchon rabattu sur la tête et il a répondu en grognant à mon « bonjour » amical.

Tim se met à raconter des histoires effrayantes sur l’Ours de la montagne.
– Arrête, Tim, se plaint Lili.
– Il va t’emporter !
Pour faire taire son frère, la petite fille s’élance à sa poursuite. Sans s’en rendre compte, courant et riant, les enfants se retrouvent sur un escarpement rocheux. Tim réalise le danger :
– Attention, Lili !
Trop tard, la fillette glisse et se tord la cheville.
– Aïe, aïe ! Tim, je ne peux plus marcher !

Le petit garçon essaie de soutenir sa sœur quand une ombre s’étend au-dessus d’eux. C’est l’Ours et ils ne peuvent pas s’enfuir ! Tim serre sa sœur contre lui et tous deux ferment les yeux, quand une voix douce leur dit :
– N’ayez pas peur, je vais vous ramener au chalet de votre oncle !
Ils ouvrent des yeux étonnés. Devant eux se tient un jeune homme qui leur sourit gentiment.
– Je suis désolé, dit-il, quand votre oncle m’a vu, j’avais la grippe, je tremblais de froid et j’avais perdu ma voix. Il a dû se demander pourquoi j’étais emmitouflé comme ça…
– … Et pourquoi vous grogniez, ajoute Tim.

Tous trois rient, et le jeune homme prend délicatement Lili dans ses bras tandis que Tim marche près de lui.
– Je m’appelle Éric et je suis le petit-fils du vieux Pierre. Je venais chez lui en vacances quand j’étais petit et j’ai toujours rêvé d’y construire un chalet.

Leurs parents et Oncle Franz sont surpris de les voir revenir avec le voisin.
– Nous étions partis à la chasse à l’ours, lance Tim joyeusement, et nous ramenons un ami !

Cette histoire est parue dans le magazine Patapon en juillet-août 2025.
Texte d’Odile Haumonté
Illustrations de Camille Patureau

Illustration de Camille Patureau © Magazine Patapon

– LE MOT DU LUNDI – Les saints sur nos routes de vacances

Illustration de Clémence d’Ogny © Patapon – Pierre Téqui éditeur

Sainte Thérèse à Lisieux, saint Nicolas à Bari, saint Ambroise et saint Augustin à Milan, sainte Jeanne d’Arc à Domrémy ou à Orléans : les saints sont partout sur nos routes de vacances !

En découvrant leur lieu de vie (ou de mort), nous entrons dans leur intimité et nous recevons leurs confidences, chuchotées à notre oreille :

« Regarde-moi, j’ai menti, j’ai renié le Christ, j’ai persécuté, j’ai mené une vie de plaisirs… j’ai commis des erreurs et des bêtises, comme toi ! J’ai erré, cherché, désespéré, comme toi ! Et un jour, tout doucement ou d’un seul coup, la grâce de Dieu a changé ma vie. Jésus m’a ramené sur le droit chemin de la paix, de la joie et de la liberté. Je ne veux pas garder pour moi ce secret du bonheur : je le partage aujourd’hui avec toi ! »

Du Mont-Saint-Michel au Mont-Sainte-Odile, faisons ce petit détour spirituel au milieu d’un parcours touristique pour rencontrer en profondeur cette saint ou ce saint qui nous accueille aujourd’hui !

Un jeu à faire en famille dans le trajet du retour : demander à chacun ce qu’il a retenu de la vie de ce témoin, ce qui le frappe dans son chemin de sainteté, ce que ce saint a apporté au monde et à l’Église comme personne ne l’avait encore fait avant lui.

Notre route de vacances deviendra un chemin d’émerveillement devant la tendresse et la délicatesse de Dieu qui guide chaque saint (et nous avec !) selon sa grâce propre et pour une destinée unique.

« Le monde est un livre et ceux qui ne voyagent pas n’en lisent qu’une page » (Saint Augustin).

Quelques lectures d’été :
Drôles de saints, EdB, 2025. Il existe une version à écouter en voiture : Drôles de saints AUDIO !
Vivre aujourd’hui avec les saints, Salvator, 2022.
Et pour les enfants :
Ils ont dit oui à Jésus, Téqui, 2014.

– LE MOT DU LUNDI – Découvrir les proverbes avec TOUT CE QUI BRILLE N’EST PAS D’OR

J’ai oublié certains de mes professeurs, mais je n’oublierai jamais ma meilleure amie du collège ! Nous nous invitions, nous répétions ensemble nos enchaînements de gymnastique (quelle horreur !) et nous parcourions la cour de récréation bras dessus bras dessous en nous confiant nos petits secrets et nos grandes aspirations.
Nous rêvons toutes que nos enfants, à leur tour, aient de bons amis qui leur seront fidèles, loyaux, d’heureuse influence et issus de familles qui partagent nos valeurs !
À travers cette petite histoire d’amitié, j’ai voulu montrer qu’il ne faut pas se fier aux apparences – souvent trompeuses – pour choisir nos amis. Cela peut être l’occasion d’en parler calmement avec nos enfants, en profitant des vacances qui nous coupent du quotidien : sont-ils sur un pied d’égalité avec leurs amis ? Peuvent-ils leur faire confiance ? Sont-ils assurés que leurs confidences ne seront pas répétées ? Doivent-ils « mériter » cette amitié?

Soutenue par les belles illustrations de by.bm, l’histoire de Marthe et d’Ombeline ouvrira le dialogue avec vos enfants et leur montrera que l’amitié se fonde sur la vérité, la confiance et la générosité.

L’EXTRAIT :

– Une nouvelle élève, si tard dans l’année ? s’étonne Maman.
– Qu’est-ce qu’elle a de spécial ? demande Baptiste.
Marthe lève les yeux avec un air admiratif.
– C’est une princesse !
– Comment ça, une princesse ? répète Baptiste.
– Pas une vraie, bien sûr, explique Marthe. Mais on dirait. Elle est teeeeellement belle ! Ça se voit qu’elle est très très riche, elle doit habiter dans un château. Elle a de beaux cheveux et une robe qui tourne quand elle marche. À la récréation, tout le monde est allé lui parler et Léopold lui a même laissé le ballon bleu !
Le soir, quand Maman vient l’embrasser et éteindre sa lampe, Marthe parle encore de la nouvelle élève.
– Tu crois qu’elle voudrait bien être mon amie ? J’aimerais teeeeellement qu’elle devienne mon amie.

Découvrir le livre : Tout ce qui brille n’est pas d’or, « Mes premiers proverbes », Téqui, 2024.

Le conte du lundi : LES MOTS COMME DES PONTS

Une petite histoire sur les mots qui séparent… ou qui rassemblent.

C’est aujourd’hui mercredi et il n’y a pas d’école. Juliette se réjouit d’aller passer la journée chez sa grand-mère car elle va y retrouver son cousin Lucas. Ils vont bien s’amuser dans le jardin ! Dès qu’elle le voit, elle court joyeusement vers lui :

– Bonjour, Lucas !

Mais Lucas est de mauvaise humeur, il n’a pas envie de faire plaisir à sa cousine et il répond :

– Bjr, Jltt…

– Comment ? Je ne comprends pas ce que tu dis !

– J ds bjr…

– Alors, tu ne veux pas jouer avec moi ? demande la petite fille déçue.

Pour toute réponse, Lucas lui tourne le dos.

– Tant pis, j’irai toute seule sur la balançoire.

Juliette sait déjà se pousser toute seule et elle rit quand le vent soulève ses cheveux. Un petit oiseau s’amuse à monter et descendre à côté d’elle. Lucas s’ennuie et regrette sa mauvaise humeur. Il s’approche, les mains dans le dos :

– T vx jr vc m ?

– Tu continues ? Tu n’es vraiment pas gentil ! dit Juliette d’un air triste.

Lire la suite

Le conte du lundi : TIC-TAC, VIVEMENT DEMAIN !

Une petite histoire pour les enfants qui veulent grandir trop vite…

Ce soir, Priscille se couche de mauvaise humeur. À l’école, sa meilleure amie Agathe est venue en classe avec un nouveau cartable. Elle en a parlé toute la journée. Et à la maison, son grand frère Émile a eu la permission d’aller dîner chez un camarade du foot. Priscille, elle, n’a pas de nouvelles affaires pendant l’année scolaire, c’est seulement à la rentrée. Et elle n’a pas le droit d’aller dîner chez des copines car elle se coucherait trop tard.

Sur la table de nuit, le réveil en forme de coccinelle fait tic-tac, tic-tac. Priscille regarde avec colère les aiguilles qui brillent dans le noir.

– Je déteste ma vie ! Vivement demain ! Ou plutôt vivement que je sois grande ! Je déteste mes journées !

Elle dort depuis longtemps quand un drôle de bruit la réveille. Elle entend sa maman dire :

– Émile, pas si tôt, ta guitare !

Depuis quand l’insupportable Émile joue-t-il de la guitare ? Priscille saute du lit et dévale l’escalier. Dans la cuisine, en effet, Émile joue de la guitare, mais que lui est-il arrivé ? Il n’a plus 11 ans, il a 19 ou 20 ans, les cheveux longs et un début de barbe. Et maman !! Maman a les cheveux gris, elle semble plus petite. Priscille s’aperçoit alors dans le reflet de la fenêtre. Elle est bien plus grande, elle arrive à la hauteur du réfrigérateur ; elle ressemble à sa cousine Sophie qui vient de fêter ses 15 ans. Elle étend ses mains devant elle : elle a de longs doigts fins et porte une jolie bague.

– Que se passe-t-il ? s’écrie-t-elle. Hier soir, j’avais 8 ans !

– Oui, le temps passe vite, répond maman en soupirant.

– Non, mais j’avais vraiment 8 ans, insiste Priscille.

– Tu nous fatigues, lance Émile, vivement que tu sois grande !

Oh ! Priscille comprend : son vœu a été exaucé. Les larmes lui montent aux yeux :

– J’ai souhaité que le temps passe et je n’ai pas profité de mon enfance, sanglote-t-elle. Mais ces moments perdus ne reviendront pas.

Maman vient vers elle et lui caresse doucement la joue :

– Aucun moment n’est perdu si nous l’avons rempli d’amour.

Au même instant, Priscille ouvre les yeux dans son lit. Sa maman, jeune et brune, lui caresse doucement la joue pour la réveiller. La fillette se jette dans ses bras :

– Comme je suis contente que nous soyons aujourd’hui, maman chérie ! Je vais bien profiter de cette journée et la remplir de joie !

Texte d’Odile Haumonté, illustrations de Cécile Guinement – Paru dans le numéro 504 du magazine Patapon de mars 2023

– LE MOT DU LUNDI – Une clef du bonheur : Se dépasser rend heureux

Clef 4 – Illustration by-bm © Téqui

Quand vous entreprenez une tâche difficile : une grande randonnée en montagne, la construction d’une cabane, une compétition sportive ou le rangement de votre chambre, vous passez par plusieurs étapes.

Il y a d’abord l’enthousiasme des débuts : vous vous voyez déjà au sommet ou sur le podium ! Puis vient le découragement : comme c’est long, comme c’est fatigant, vous n’en voyez pas la fin. Lorsque vos forces physiques s’épuisent, vous devez puiser à la source de votre courage, de votre détermination, de votre patience, de votre persévérance. Vous serrez les dents et vous continuez.

C’est alors l’arrivée : le beau paysage, la victoire, la chambre bien rangée. Bravo ! Quelle satisfaction ! Vous vous dites que cela valait la peine de tenir bon.

ASTUCE – Gardez un souvenir de vos réussites : une photo encadrée que vous accrocherez dans votre chambre, une médaille ou une coupe que vous poserez en bonne place sur une étagère, un caillou ramassé en chemin… Dans les moments difficiles, souvenez-vous des victoires passées : ce que vous avez pu faire, vous le réussirez à nouveau ; vous irez même plus loin et plus haut.

Extrait de : Les 10 clefs du bonheur, « Clef 4 », Téqui, 2023.

– LE MOT DU LUNDI – Sanctifier le temps

« Il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour[1]. » Dès le commencement, Dieu, qui est hors du temps, crée le temps ; la Création se construit selon un rythme qui est celui de la vie même : les pulsations de notre cœur, nos inspirations et expirations nous inscrivent dans un rythme biologique. Plantes, animaux, humains, chaque être vivant est créé « selon son espèce » et, pourrions-nous ajouter, selon son tempo.

Dieu nous inscrit dans le temps : « Le nombre de nos années ? Soixante-dix, quatre-vingts pour les plus vigoureux[2] ! » pour que nous remplissions ce temps de sa grâce et de sa présence.

Un jour consacré au Seigneur

Parmi les dix commandements donnés par Dieu à Moïse, les deux premiers concernent Dieu lui-même et les sept derniers les relations des hommes entre eux ; à la charnière se trouve le troisième commandement concernant le repos en Dieu, comme un sas entre la divinité et l’humanité : « Observe le jour du shabbat et fais-en un jour consacré au Seigneur, comme le Seigneur ton Dieu te l’a commandé. Tu travailleras pendant six jours et tu feras tout ce que tu as à faire. Mais le septième jour est le jour du repos consacré au Seigneur ton Dieu ; tu ne feras aucun travail ce jour-là[3]. »

Le shabbat nous invite à contempler les œuvres de Dieu dans notre vie et à nous en réjouir. Le dimanche est le jour de la Résurrection, le premier jour de la semaine et le huitième jour du monde à venir. Le mot dimanche vient du latin dies Domini ou dies dominica, « le jour du Seigneur ».

Les premiers chrétiens, issus du judaïsme, ont continué pendant trois siècles à célébrer à la fois le shabbat et le dimanche. Puis le dimanche, jour où était célébrée l’Eucharistie, prit le pas sur le shabbat : « Du shabbat, on passe au premier jour après le shabbat, du septième jour au premier jour : le dies Domini devient le dies Christi ! » nous dit saint Jean-Paul II[4].

Sanctifier nos dimanches

Tandis que le shabbat fait mémoire de la création, le dimanche évoque la nouvelle création obtenue par Jésus : « Le dimanche est, en effet, le jour où, plus qu’en tout autre, le chrétien est appelé à se souvenir du salut qui lui a été offert dans le baptême et qui a fait de lui un homme nouveau dans le Christ[5]. »

De même que Jésus est « le maître du Shabbat », qu’il soit aussi l’hôte de nos dimanches afin que nous les vivions comme un avant-goût de l’éternité heureuse où nous le contemplerons dans un jour sans couchant : « Nous avons besoin de cette rencontre qui nous réunit, qui nous donne un espace de liberté, qui nous fait regarder au-delà de l’activisme de la vie quotidienne vers l’amour créateur de Dieu, dont nous provenons et vers lequel nous sommes en marche[6]. »

Saint Jean-Marie Vianney, Curé d’Ars, savait bien que les jeunes avaient besoin de fêtes et de réjouissances pour oublier le rude travail de la semaine. Il organisa donc des fêtes chrétiennes et des processions le dimanche après-midi. « Le dimanche, c’est le bien du Bon Dieu, disait-il. De quel droit touchez-vous à ce qui ne vous appartient pas ? Le dimanche, le Bon Dieu ouvre ses trésors, à nous d’y puiser à pleines mains. »

Un dimanche où les blés qui venaient d’être fauchés attendaient d’être ramassés, un gros orage s’annonça. Les paysans, inquiets, voulurent renoncer au repos dominical pour aller sauver leur moisson. Jean-Marie les assura durant la messe que s’ils s’occupaient de leur âme durant ce jour, le Seigneur s’occuperait de leur blé. Tout se passa comme il l’avait prédit : il y eut encore quinze jours sans pluie.

Prier sans cesse

Dieu nous confie le temps pour que nous le remplissions de sa présence, par la prière et l’action de grâce : « Soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance[7]. » Prier sans cesse, c’est un défi pour tout chrétien ! Comment trouver le temps de prier dans nos journées tellement remplies, où chaque activité nous semble être une course contre la montre ?

Bien sûr, il peut être compliqué de prendre un temps dans une église ou dans notre chambre, mais nous disposons de nombreux moments « creux » que nous pouvons remplir par la prière plutôt que par du zapping sur notre téléphone : dans les transports en commun, en repassant ou en balayant, dans une file d’attente au supermarché, dans nos moments de sport ou de promenade, en regardant cuire une casserole de pâtes, au volant de notre voiture… Oui, nous sommes riches de tous ces instants « perdus », si nombreux dans une journée, que nous pouvons sanctifier ou gaspiller !

La Petite Thérèse disait : « Je crois que je n’ai jamais été plus de trois minutes sans penser au Bon Dieu. »

Notre pain de ce jour

Quand nous disons à Dieu dans le Notre Père : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour », nous ne prêtons pas toujours grande attention aux mots que nous prononçons : c’est le pain d’hier, de demain, du mois prochain, de la semaine dernière…

Nous ne savourons pas l’endroit ni le moment où nous sommes, nous nous dispersons dans un ailleurs qui ne nous satisfait pas parce que personne ne nous y attend, parce que personne ne nous y a donné rendez-vous. La grâce qui doit nous combler réside dans l’instant présent, mais, si nous n’y sommes pas, elle flétrira comme une fleur sans eau et nous serons mécontents de notre journée et de nous-mêmes.

Balayons donc nos regrets du passé et nos projections dans l’avenir : « Quand mes enfants étaient petits… », « Quand mes enfants seront grands… », « Quand je vivrai à tel endroit », « Quand j’exercerai telle mission »… pour vivre pleinement ce jour qui nous est donné. Goûtons la beauté et la bonté de cet instant unique que nous ne revivrons plus : maintenant.

Chaque matin

Le cardinal Suenens professait une spiritualité de la gratitude : « Je suis plein d’espérance car je crois que l’Esprit Saint demeure toujours l’Esprit Créateur et qu’il nous donnera chaque matin une nouvelle liberté et une nouvelle réserve d’espérance, si nous lui ouvrons notre âme. » Chaque matin ! Jour après jour, le Seigneur nous donne la mesure dont nous avons besoin de force ou de joie, de patience ou de bonté, de courage ou d’espérance. Jour après jour, il est avec nous.

Nous pouvons ainsi commencer notre journée en offrant au Seigneur cette opportunité sans cesse renouvelée dont il nous fait cadeau : « Merci, Jésus, pour ce jour que tu nous donnes pour t’aimer et te faire aimer. »

Pour aller plus loin

– Est-ce que je fuis la réalité présente en papillonnant sans cesse, en n’étant jamais vraiment présent(e) à ce que je fais ?

– Est-ce que je ressasse le passé ? Est-ce que je vis dans les regrets ou les remords ?

– Est-ce que je m’inquiète pour mon avenir ? Les psychologues nous le disent : 95 % de nos peurs de l’avenir ne se réalisent pas.

Je peux réciter chaque jour cette prière de Frère Roger de Taizé : « Toi le Christ, tu enfouis notre passé dans le Cœur de Dieu et de notre avenir, déjà tu prends soin. »

« Cette grappe d’amour, dont les grains sont des âmes

Je n’ai pour la former que ce jour qui s’enfuit

Ah ! donne-moi, Jésus, d’un Apôtre les flammes

            Rien que pour aujourd’hui. »

Sainte Thérèse, poésie Mon chant d’aujourd’hui, PN 5, § 10, printemps 1894

Le Décalogue de la sérénité

« 1. Rien qu’aujourd’hui, j’essaierai de vivre exclusivement la journée sans tenter de résoudre le problème de toute ma vie. […]

5. Rien qu’aujourd’hui, je consacrerai dix minutes à la bonne lecture en me souvenant que, comme la nourriture est nécessaire à la vie du corps, la bonne lecture est nécessaire à la vie de l’âme. […]

8. Rien qu’aujourd’hui, j’établirai un programme détaillé de ma journée. Je ne m’en acquitterai peut-être pas entièrement, mais je le rédigerai et me garderai de deux calamités : la hâte et l’indécision. […]

10. Rien qu’aujourd’hui, je ne craindrai pas. Et tout spécialement, je n’aurai pas peur d’apprécier ce qui est beau et de croire en la bonté. Je suis en mesure de faire le bien pendant douze heures, ce qui ne saurait me décourager, comme si je me croyais obligé de le faire toute ma vie durant. »

Saint Jean XXIII

  • Bulletin Vie d’oraison n° 64 d’octobre 2023

[1] Genèse 1, 5.

[2] Psaume 89, 10.

[3]. Deutéronome 5, 12-15.

[4]. Lettre apostolique Dies Domini sur la sanctification du dimanche, 31 mai 1998, § 18.

[5]. Saint Jean-Paul II, Lettre apostolique Dies Domini, 31 mai 1998, § 25.

[6]. Benoît XVI, « Le dimanche chez les premiers chrétiens », homélie du 9 septembre 2007, Vienne.

[7] 1 Thessaloniciens 5, 16-18.

Compte les étoiles !

Nous fêtons aujourd’hui saint Irénée de Lyon dont on peut dire qu’il est le saint patron de votre radio préférée RCF, qui fut fondée en 1982 par l’archevêque de Lyon. Depuis plus de 40 ans, au fil de ses différents slogans, RCF nous invite à aller à l’essentiel, à poser un regard chrétien sur le monde qui nous entoure, à partager la joie qui habite nos cœurs.

Si nous lisons les textes de ce jour, la première lecture tirée du livre de la Genèse nous montre Abraham à qui Dieu dit : « Compte les étoiles, si tu le peux, telle sera ta descendance. » Cela me donne l’opportunité de réfléchir avec vous sur les promesses de Dieu.

Première question que nous pouvons nous poser : Pourquoi les étoiles ?

Lointaines et mystérieuses tout autant qu’innombrables, les étoiles ont, de tout temps, fasciné l’humanité. Sont-elles des points dessinés sur la voûte des cieux ou, au contraire, des trous dans une toile derrière laquelle brillerait un immense soleil ? Contiennent-elles les secrets de notre destinée ? Ou, selon le triste regard de convoitise de l’homme d’aujourd’hui, cachent-elles des ressources dont nous pourrions nous emparer ?

Dans la Bible comme sur la mer, les étoiles nous guident, elles nous montrent le bon chemin, le chemin qui conduit vers Dieu. Elles nous invitent à nous décentrer de nous-mêmes pour lever la tête et chercher Dieu dans ce qui nous dépasse.

« Compte les étoiles », nous dit le Seigneur, c’est-à-dire contemplons la majesté, l’infini, le mystère. Ouvrons les yeux de notre cœur pour nous laisser surprendre.

Deuxième question : Pourquoi Dieu précise-t-il « Si tu le peux » ?

En entendant ces mots, Abraham sait bien qu’il ne peut pas établir un catalogue de ce foisonnement d’étoiles qui brillent au-dessus de lui, surtout lorsqu’on regarde vers la Voie Lactée. Dieu veut-il l’écraser ou le décourager par ces mots ? Reprend-il d’une main ce qu’il accorde de l’autre, en disant : je te donnerai une descendance si tu arrives à compter toutes les étoiles du ciel ? Non, Dieu ne nous veut pas abattus ou découragés, Dieu nous veut confiants et pleins d’espérance. Il nous invite à l’émerveillement : tant d’étoiles dans le ciel, et pourtant Dieu m’aime, moi, l’infiniment petit au regard de l’Univers, mais précieux et unique à ses yeux.

Abraham s’est impatienté parce que son plus grand désir n’avait pas été exaucé et qu’il s’en allait sans descendance. Nous aussi, nous nous sentons impatients, ou déçus, ou découragés quand Dieu semble tarder à tenir ses promesses. Avons-nous pris le temps de lever les yeux et de compter les étoiles ? Avons-nous compté les bienfaits de Dieu dans notre vie ? Avons-nous compté les merveilles que fit pour nous le Seigneur tout au long de notre vie jusqu’à maintenant ?

L’évangile du jour nous apprend que c’est à leurs fruits que nous reconnaîtrons les prophètes. Saint Irénée de Lyon fut le disciple de saint Polycarpe qui lui-même fut le disciple de l’apôtre saint Jean. C’est en nous inscrivant dans cette lignée de témoins que nous pourrons, à notre tour, porter du fruit, un fruit qui demeure.

« Ainsi, nous dit saint Paul, vous serez irréprochables et purs, vous qui êtes des enfants de Dieu sans tache au milieu d’une génération […] où vous brillez comme les astres dans l’univers » (Philippiens 2, 13).

Je vous souhaite un bel été, les yeux levés vers le Ciel !

Pour écouter cet article :

* À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du mercredi 28 juin 2023.

Crédits photo : Angeleses Balaguer © Pixabay