EN AVENT – Jour 20 –

Marie

Que sait-on de Marie avant Noël ? Presque rien ! Si Luc nous raconte comment l’ange Gabriel – en mars, neuf mois avant Noël – est apparu à Marie pour lui annoncer la naissance de Jésus (voir « Annonciation »), Matthieu nous en dit beaucoup moins : « Voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint[1]. » Quant à Marc et Jean, ils n’en parlent pas.

L’étymologie du nom « Marie » vient de l’hébreu Myriam, tiré des racines mar et yâm, signifiant « goutte de mer », mais aussi « amertume », et de l’égyptien merit, qui signifie « aimée ».

Marie est priée et invoquée sous bien des noms : la Vierge Marie, la Sainte Vierge, la mère de Jésus, la Mère de Dieu, Notre Dame. Puis on y attacha le nom des grâces reçues ou du lieu : Mère de Miséricorde, Notre-Dame de Lourdes, Notre-Dame de Paris, Notre-Dame du Bon Secours…

Les deux fêtes principales de Marie sont le 1er janvier, solennité de la Mère de Dieu, et le 15 août, solennité de l’Assomption, qui est même un jour férié dans certains pays, en France par exemple. On trouve 14 autres fêtes importantes réparties tout au long de l’année, par exemple la Visitation le 31 mai ; avec les fêtes secondaires et facultatives, au total ce sont 35 fêtes qui sont consacrées à Marie dans le calendrier romain, par exemple Notre-Dame de Lourdes le 11 février ou la fête du Saint Nom de Marie le 12 septembre.

Le samedi est le jour qui lui est dédié (le mercredi est le jour de saint Joseph, le dimanche est le jour du Christ ressuscité). Le mois de mai est le mois de Marie et octobre est le mois du Rosaire.

C’est beau de voir toutes ces fêtes qui s’entremêlent avec notre vie quotidienne, dans une sanctification du temps que le christianisme a héritée du judaïsme. Nous allons ainsi de fêtes en fêtes jusqu’au jour sans couchant de la Fête éternelle.


[1] Évangile de Matthieu 1, 18.

Pour aller plus loin :

Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 19 –

Emmanuel ou Jésus ?

Le prophète Isaïe avait annoncé en l’an 733 avant notre ère la naissance du Messie qui prendrait le nom d’Emmanuel : « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel [en hébreu Immanou-El(c’est-à-dire : Dieu-avec-nous)[1]. »

Or, lorsque l’ange Gabriel apparaît à Marie, il annonce que le nom de l’enfant sera Jésus : « Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus[2]. » Il fait de même quand il se présente en songe à Joseph : « [Marie ton épouse] enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés[3]. » Pourquoi cette divergence ?

Le Nom au-dessus de tout nom

Les commentateurs bibliques y voient en premier lieu une forme d’humilité, de secret : alors qu’aucun juif par respect n’aurait osé prendre le nom d’Emmanuel, beaucoup de petits garçons se nommaient Yĕhōshúaʕ, c’est-à-dire Joshua, Josué ou Jésus. Pour l’historienne Tal Ilan, c’est le sixième prénom masculin le plus populaire dans la Palestine du premier siècle, après Simon (10 % des garçons portaient ce nom), Joseph, Juda, Éléazar et Johanan (Jean)[4].

En second lieu, ce nom décrit la mission même de Jésus : il ne suffit plus que Dieu soit avec nous, il faut aussi qu’il nous sauve. « Tu lui donneras le nom de Salut (Yêshoua) car il sauvera (yôshia) son peuple de ses péchés. » Noël annonce déjà la Passion de Jésus, sa mort sur la Croix et sa Résurrection : c’est en donnant sa vie pour nous que Jésus se fait véritablement « Dieu avec nous ».

« Car le Nom exprime davantage que la mission : l’être même. Ce que l’Ange lui a clairement indiqué, sous forme de paradoxe : Yeshoua, c’est sa mission : “Le Seigneur sauve”. ImmanouEl, c’est son être : “Dieu-avec-nous”. Il ne peut sauver que s’il est Dieu[5]. »


[1] Livre d’Isaïe 7, 14.

[2] Évangile de Luc 1, 31.

[3] Évangile de Matthieu 1, 21.

[4] Tal Ilan, Lexicon of Jewish Names in Late Antiquity. Part I. Palestine 330 BCE – 200 CE, Mohr Siebeck, 2002, p. 54-58.

[5] Père Daniel-Ange, Les 8 voyages de saint Joseph, EdB, 2021.

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Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 18 –

La grotte

La Bible fait mention une trentaine de fois des grottes ou cavernes dans lesquelles les personnes pourchassées trouvaient refuge : « Fuyez, tournez le dos, retirez-vous dans les cavernes », dit par exemple le prophète Jérémie[1].

Les environs de Jérusalem étant formés de roches calcaires, les grottes y sont en effet très nombreuses. On les utilisait comme abris, comme étables, comme réserves. Dans cette région très rocailleuse, elles pouvaient aussi servir de tombeaux.

Nous retiendrons deux passages bibliques qui éclairent le mystère de la grotte de Noël :

– Le prophète Élie qui fuit la persécution de la reine Jézabel trouve refuge dans une caverne[2]. Le Seigneur lui demande alors de se tenir à l’entrée de la caverne, car il va passer devant lui. Il y a d’abord un ouragan, « si fort et si violent qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers », mais le Seigneur n’est pas dans l’ouragan. Puis il y a un tremblement de terre, mais le Seigneur n’est dans ce tremblement de terre. Ensuite, il y a un feu, mais le Seigneur ne se trouve pas dans ce feu. « Puis tout se tait, et c’est dans un souffle de silence qu’Élie entend la voix de Dieu[3] » ; il perçoit « le murmure d’une brise légère » et comprend que, cette fois, le Seigneur est là !

Ainsi, Dieu qui vient dans le monde ne naît pas dans le somptueux palais du roi Hérode ou dans les ors du Temple ; il vient dans le secret d’une grotte, le plus humble les logements, le refuge des pauvres et des errants.

– Le jeune David qui fuit la colère du roi Saül trouve lui aussi refuge dans une grotte[4]. Or, Saül, s’éloignant de ses 3 000 hommes, va entrer dans cette grotte sans savoir que David et ses soldats s’y trouvent. David empêche ses hommes de se jeter sur le roi désarmé. Il crie à celui-ci : « Pourquoi écoutes-tu les gens qui te disent : “David te veut du mal” ? Aujourd’hui même, tes yeux ont vu comment le Seigneur t’avait livré entre mes mains dans la grotte ; pourtant, j’ai refusé de te tuer, je t’ai épargné. »


[1] Livre de Jérémie 49, 8.

[2] Premier Livre des Rois 19, 9-13.

[3] Traduction de Taizé.

[4] Premier Livre de Samuel 24, 2-22.

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Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 17 –

Les cloches

On ne trouve pas autant de rituels concernant les cloches à Noël qu’à Pâques : à Noël, ce sont peut-être davantage les clochettes et les grelots qui sont présents dans les décors ou les images de Noël. On pensera bien sûr aussi au célèbre Jingle Bells (1857) qui signifie « Tintez, cloches », et non « Vive le vent », comme on peut s’en apercevoir.

Les clochettes n’ont pas toujours été annonciatrices de joie : dans l’Antiquité, les lépreux devaient signaler leur arrivée par une clochette ou une crécelle afin que les gens puissent s’éloigner d’eux ; au Moyen Âge, les clochettes étaient censées éloigner les mauvais esprits. Puis les clochettes ont retrouvé leur voix joyeuse quand on les a accrochées au harnais de l’âne de saint Nicolas ou des rennes du Père Noël, et à leur traîneau.

Les cloches ponctuent les événements heureux ou tristes ; pourquoi est-ce si important de marquer le temps ? Le cycle des jours et des nuits, la ronde des saisons nous enseignent que nous sommes ancrés dans une temporalité : nous naissons, nous vivons, nous mourons. Il en va de même pour l’Église.

L’alternance des temps joyeux : le temps de Noël, le temps pascal ; des temps plus austères de conversion et d’attente : l’Avent, le Carême ; la sérénité confiante du temps ordinaire ; les fêtes réparties tout au long de l’année… tout cela nous invite à vivre une foi concrète, incarnée, une foi au fil du temps.

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Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 16 –

Les cadeaux

La course aux cadeaux ! Comment en est-on arrivé là ? se demandent parfois les parents débordés. C’était si simple, au début : une boîte de cubes, un bateau pirate, la voiture de Barbie (vraie ou fausse). Puis c’est passé au jeu vidéo à 70 euros, au dernier smartphone, à l’ordinateur… Est-ce que nous n’avons pas l’impression d’avoir perdu le vrai sens de Noël ? Et l’envie de revenir à une fête plus sobre et plus authentique ?

Finalement, comme l’avait fait remarquer un jour une de mes filles, le seul qui devrait recevoir des cadeaux en ce jour, c’est Jésus dont on fête l’anniversaire !

Cette tradition date vraisemblablement du XVIIe siècle et trouve son origine dans les cadeaux que les rois mages apportent à Jésus, mais, dans l’Antiquité romaine, il existait déjà une coutume d’offrir des étrennes au solstice d’hiver, pour les fêtes des Saturnales, généralement de la part des maîtres à leurs ouvriers et à leurs serviteurs.

Aujourd’hui, il y a un consensus pour recevoir les cadeaux du Père Noël ou de l’Enfant Jésus (das Christkind en Allemagne, el Nino Dios en Amérique latine), soit le 24 décembre au soir, soit le 25 décembre au matin, mais il n’en a pas toujours été ainsi :

– en Lorraine, en Alsace, en Allemagne, c’était saint Nicolas qui apportait des cadeaux aux enfants le 6 décembre, à condition qu’ils aient été bien sages ;

– en Italie, les enfants recevaient des cadeaux à l’occasion de la Sainte-Lucie, le 13 décembre ;

– en France, les enfants recevaient leurs étrennes le 1er janvier ; le Nouvel An était l’occasion d’une tournée matinale pour aller rendre visite aux grands-parents, oncles et tantes, afin de présenter les bons vœux et de recevoir en échange des chocolats ou une somme d’argent ;

– en Espagne comme dans les pays de l’Est, les cadeaux étaient échangés le 6 janvier, à l’occasion de l’Épiphanie ou fête des rois.

C’est au milieu du XIXe siècle que la fête de Noël est récupérée par les commerces pour devenir peu à peu l’occasion d’un échange généralisé de présents, toutes générations confondues.

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Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 15 –

La bûche de Noël

Traditionnellement, la bûche de Noël ne se mangeait pas : elle se brûlait ! Coupée dans un beau tronc bien sec, de belle taille, la bûche de Noël rappelait que l’Enfant Jésus dans l’étable n’avait rien pour se chauffer, seulement le souffle de l’âne et du bœuf, et qu’il eut froid.

En parallèle, il existait une tradition païenne qui consistait à brûler une belle bûche prise dans un arbre fruitier, ou dans un chêne selon les régions, au moment du solstice d’hiver, pour que les récoltes de l’année soient bonnes.

Toute la maisonnée, la famille comme les domestiques, se réunissait devant l’âtre et avant de l’allumer, le père de famille ou l’homme le plus âgé bénissait la bûche avec une branche de buis ou de laurier datant du dimanche des Rameaux de l’année précédente. On chantait et on distribuait aux enfants des friandises ou des fruits secs.

Elle porte souvent le nom de « tréfeu » ou trois feux, car elle devait brûler trois jours. Ses cendres étaient ensuite soit gardées pour protéger la maison, soit répandues dans les champs pour garantir des récoltes abondantes.

La disparition progressive des cheminées a entraîné à la fin du xixe siècle la confection de ce gâteau en forme de morceau de bois, traditionnellement fait de génoise roulée et recouverte de crème au beurre. On la décorait de lutins bûcherons, de haches, de scies, de champignons, de feuilles d’arbre pour évoquer son origine sylvestre.

Aujourd’hui, on en trouve de toutes sortes, souvent plus légères, avec une préférence marquée pour la bûche glacée.

Au plus noir de l’hiver – le solstice est la nuit la plus courte de l’année –, ce feu de joie vient repousser les ténèbres, comme la venue de Jésus qui fait reculer les ténèbres du péché et de la solitude humaine.

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Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 14 –

Bethléem

Dans la Bible, c’est la ville de Rachel : l’épouse bien-aimée de Jacob meurt à Bethléem, appelée aussi Ephrata, en mettant au monde son deuxième fils, Benjamin. « Rachel mourut et on l’enterra sur la route d’Éphrata, c’est-à-dire Bethléem[1]. » Son tombeau, à l’entrée de la ville, est un lieu saint pour les juifs.

C’est aussi la ville de David. Dans la Bible, le livre de Ruth, écrit au ixe ou viiie siècle avant Jésus-Christ, nous raconte l’histoire de cette femme de Moab, devenue veuve, qui a suivi sa belle-mère Noémi pour retourner en Judée : « Où tu iras, j’irai ; où tu t’arrêteras, je m’arrêterai ; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu[2]. » Toutes deux, seules et pauvres, s’installent à Bethléem, berceau de la famille de Noémi. Ruth se fera aimer de Booz, un riche propriétaire, parent de son défunt mari, qui l’épousera. Elle lui donne un fils, Obed, qui aura un fils nommé Jessé : « Le Seigneur dit au prophète Samuel : Je t’envoie auprès de Jessé de Bethléem, car j’ai vu parmi ses fils mon roi[3]. » Il s’agit de David, dont le nom signifie « le bien-aimé », qui deviendra le plus grand roi d’Israël.

C’est enfin la ville du Messie, du Christ (Messie est le mot hébreu et Christ est le terme grec), comme l’a annoncé le prophète Michée : « Et toi, Bethléem Éphrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël. […] Dieu livrera son peuple jusqu’au jour où enfantera… celle qui doit enfanter, et ceux de ses frères qui resteront rejoindront les fils d’Israël. Il se dressera et il sera leur berger par la puissance du Seigneur, par la majesté du nom du Seigneur, son Dieu. Ils habiteront en sécurité, car désormais il sera grand jusqu’aux lointains de la terre, et lui-même, il sera la paix[4] ! » 

Cette prophétie sera reprise par les grands prêtres et les scribes de Jérusalem quand Hérode, au moment de la visite des mages, leur demandera « où devait naître le Christ[5] ».


[1] Livre de la Genèse 35, 19.

[2] Livre de Ruth 1, 16.

[3] Premier Livre de Samuel 16, 1.

[4] Livre de Michée 5, 1-3.

[5] Évangile de Matthieu 2, 4.

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Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 13 –

L’âne et le boeuf

L’Évangile ne mentionne pas la présence de ces deux animaux dans la crèche. D’où vient donc la représentation qu’on en fait couramment où l’âne et le bœuf soufflent sur l’enfant pour le réchauffer ?

La version grecque du livre du prophète Habaquc, six siècles avant Jésus, fait mention de deux animaux : « L’œuvre que tu as projetée, Seigneur, fais-la surgir au milieu de deux animaux[1]. »

En rapprochant cette prophétie de celle d’Isaïe, comme deux silex que l’on frotte pour en faire jaillir une étincelle, on peut déduire que ces deux animaux sont un bœuf et un âne : « Le bœuf connaît son propriétaire, et l’âne, la crèche de son maître. Israël ne le connaît pas, mon peuple ne comprend pas[2]. » Les animaux reconnaissent la venue de Jésus, le Fils de Dieu au milieu de nous, mieux que les hommes qui refusent d’accueillir Dieu.

Par un raisonnement logique, on peut également déduire la présence de l’âne et du bœuf au moment de la naissance de Jésus. L’âne à l’époque de Jésus est en effet le moyen de transport le plus courant avec le chameau – les chevaux étant réservés aux officiers romains. Marie, proche du terme, n’aurait jamais pu parcourir à pied la distance de 156 kilomètres qui sépare Nazareth de Bethléem ; on peut donc penser qu’elle a voyagé à dos d’âne durant ces cinq ou six jours de trajet. Quant aux grottes que l’on trouvait aux environs de Bethléem, elles servaient le plus souvent d’étables, parfois même d’habitations pour les familles pauvres, il n’est donc pas étonnant d’y trouver un bœuf. Au plan symbolique, le bœuf représente les croyants et l’âne les païens, les incroyants.

Enfin, au plan étymologique, le bœuf en hébreu se dit shor, que l’on peut rapprocher du verbe schour qui signifie « célébrer, contempler » ; l’âne se dit chamor qui veut aussi dire « foule ». Alors que le taureau symbolise la puissance et la fécondité, le bœuf représente la force tranquille. L’âne, contrairement au cheval plus noble et plus fougueux, évoque quant à lui l’humilité, la patience, la fidélité, l’animal de bât parfois entêté, mais doux et dévoué.


[1] Habaquc 3, 2 dans l’ancienne traduction de la Septante.

[2] Isaïe 1, 3.

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Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 12 –

Le sapin

Qu’il soit en pot ou en plastique, Nordmann ou épicéa, en bois ou en tissu, le sapin de Noël est le fleuron de la décoration de la maison.

Cette tradition de mettre un sapin décoré dans sa maison est née vers 1521 en Alsace et dans la région de Bâle avant de gagner l’Allemagne. Marie Leszczynska, la fille du roi de Pologne et duc de Lorraine Stanislas, qui était aussi l’épouse du roi de France Louis XV, fit installer un sapin à Versailles en 1738 ; mais l’habitude en fut réellement prise lorsque la princesse de Mecklembourg érigea un arbre décoré aux Tuileries en 1837.

Avec son feuillage persistant qui reste vert au cœur de l’hiver, le sapin, ou l’épicéa qui était plus répandu avant son éviction par le sapin de Nordmann, symbolise la vie. Au début, il était décoré uniquement de pommes rouges et de noix, puis on lui ajouta des bougies, des rubans, des fleurs en papier, des fruits, des confiseries, des biscuits… Aujourd’hui, ce sont les guirlandes électriques, les cheveux d’anges, les boules, avec un retour aux décorations plus naturelles.

L’étoile brillante que l’on place au sommet du sapin rappelle l’étoile qui a guidé les rois mages vers la crèche. Les premiers sapins artificiels étaient en plume d’oie, mais, de nos jours, ils sont en PVC et importés de Chine ; cependant, on note là aussi un désir de matières plus naturelles : sapins en carton, en tissu, en verre, avec un arôme synthétique ou des huiles essentielles qui évoquent l’odeur des pins.

Le sapin représenterait l’arbre du paradis perdu, décoré des pommes rouges de la tentation – le fruit défendu. En certains lieux, il remplace la crèche, mais, le plus souvent, celle-ci est installée à son pied.

À travers le sapin ou les autres plantes qui décorent nos intérieurs à Noël, c’est toute la création réconciliée qui est invitée à s’associer à la joie de Noël : « Les arbres des forêts dansent de joie », chante le Psaume 95.

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Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 11 –

Le recensement

Il était déjà question d’un recensement dans l’Ancien Testament. Le roi David, pour une fois mal inspiré, décida de compter son peuple : « Satan se dressa contre Israël et il incita David à dénombrer Israël[1]. » Mais Dieu n’était pas d’accord à cause de l’orgueil qui motivait la démarche : « Cette affaire déplut à Dieu, et il frappa Israël. »

À Rome, au contraire, le recensement était une pratique courante qui avait lieu tous les cinq ans. Le but était double, d’une part la taxation et d’autre part le classement des citoyens en trois ordres : sénateurs, chevaliers, plébéiens.

L’empereur Auguste ordonna trois recensements généraux de tout l’Empire et celui dont parle saint Luc est le deuxième, qui eut lieu dans les années 7 et 6 av. J.-C. Il voulait connaître « le nombre des citoyens et des alliés en armes, celui des flottes, des royaumes, des provinces » (Tacite, Annales, 1, 11). Le troisième, le plus connu, commence en l’an 6. Jusqu’au xxe siècle, c’était le seul recensement connu des historiens, c’est pourquoi on datait la naissance de Jésus à cette époque, ce qui contredisait d’autres éléments historiques ou astronomiques (voir ci-dessous à « Rois mages » la question de l’étoile). Ainsi, en supputant que Jésus est né en l’an 7 ou 6 av. J.-C., nous avons une convergence des sources.

Le but est de déterminer et de percevoir des impôts sur chaque famille. Il semblerait, d’après les historiens (mais il est très difficile de retrouver les détails concernant l’organisation complexe et éloignée de nous qu’était l’Administration romaine), qu’il s’agissait de recenser toutes les propriétés terriennes et immobilières ; « conformément à cela, nous dit le pape émérite Benoît XVI, nous pouvons supposer que Joseph, de la maison de David, disposait d’une propriété terrienne à Bethléem, si bien que, pour le recouvrement des impôts, il devait s’y rendre. » Pourtant, à son arrivée, il n’a pas trouvé d’endroit pour se loger.

Il n’y a pas de hasard ! « La naissance de Jésus dans la ville de David se situe dans le cadre de la grande histoire universelle, même si l’empereur [Auguste] ne sait rien du fait qu’à cause de lui, ces gens simples sont en voyage à un moment difficile ; et ainsi, apparemment par hasard, l’Enfant Jésus naîtra dans le lieu de la promesse[2]. »


[1] Premier Livre des Chroniques, chapitres 21-22.

[2] Benoît XVI, L’enfance de Jésus, ch. 3 « La naissance de Jésus à Bethléem », op.cit.

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Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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