– LE MOT DU LUNDI – Des foules de futurs baptisés

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Le week-end du 1er au 3 avril, alors que les Nancéiens retrouvaient enfin le chemin de la Foire avec ses manèges à sensations et ses odeurs de barbapapa, je me trouvais au Printemps du Livre de Montaigu, près de Nantes, l’équivalent vendéen de notre Livre sur la Place.

Derrière mon petit stand de livres religieux, je regardais les files d’attente qui grandissaient et s’allongeaient sur toute la longueur du chapiteau devant Anthony Delon, Anny Duperey ou Mireille Dumas venus dédicacer leurs derniers ouvrages.

En les regardant, je me disais : imaginons un renversement complet des valeurs, dans un autre lieu ou dans une autre époque. On aurait pu alors entendre ce dialogue :

« Vous avez lu le dernier livre sorti sur Charles de Foucauld ? »

« Charles de Foucauld, mais non ?!? »

« Si, si, je vous assure, je l’ai tout de suite réservé ! »

« En revanche, moi j’ai pu avoir le dernier livre du pape François ! »

« Oh vous avez de la chance ! Je l’attends depuis 3 semaines, je guette le facteur tous les jours ! »

« Et la ruée sur les chapelets, vous avez vu ça ? »

« Mais oui ! Tous ces jeunes qui ont passé la nuit sur place et malheureusement, il n’y en a pas eu pour tout le monde ! »

Chers internautes, que faudrait-il pour que ce dialogue devienne réalité ? Pour que nos contemporains s’arrachent la vie des saints, pour que les livres de prière circulent entre toutes les mains, pour que nos églises soient prises d’assaut par des personnes assoiffées d’entendre une parole de vérité, de réconciliation et de paix ? Puisque cela ne dépend que de nous, que pouvons-nous mettre en place pour devenir des ambassadeurs de l’Évangile qui attireront des foules de futurs baptisés ?

Peut-être trois choses :

Premièrement, que l’on puisse dire de nous : « Voyez comme ils s’aiment », selon le mot de Tertullien à l’époque des premiers chrétiens.

Essayons d’être attentifs aux autres, accueillants, bienveillants. Évitons les critiques, fuyons la médisance ! Construisons des relations véritablement fraternelles en voyant dans chaque homme, chaque femme, chaque enfant, un frère ou une sœur, et le visage du Christ.

Deuxièmement, que nous soyons des porteurs de sens.

Nous sommes remplis d’une Espérance qui donne un sens à tout ce que nous vivons, à tout ce que nous traversons, et nos contemporains ont besoin de cette Espérance, de ce sens qui consiste à savoir d’où nous venons : nous venons du Cœur de Dieu, et où nous allons : nous allons vers l’Amour de Dieu, vers sa Miséricorde, vers la Joie sans fin qu’il veut nous donner.

Troisièmement, que nous soyons des témoins de la Résurrection.

Alors que notre Chemin de Carême touche à sa fin avec la fête des Rameaux et l’entrée dans la Semaine sainte, comment allons-nous vivre la fête de Pâques ? Saurons-nous accueillir comme une nouveauté la bonne nouvelle de la Résurrection ? Saurons-nous être des témoins de vie, de joie et de lumière qui s’émerveillent du don de Dieu ?

C’est de cette façon que nous pourrons donner envie à ceux qui nous côtoient de découvrir à leur tour le bonheur d’être croyant.

Pour finir, savez-vous ce que je me suis dit au Printemps du Livre de Montaigu, devant ces milliers de livres et de visiteurs ? Je me suis dit que la Bible reste le livre le plus vendu au monde !

* À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », vendredi 8 avril 2022

– LE MOT DU LUNDI – Vivre le Carême avec saint Joseph

Illustration de Laure Th. Chanal

Alors que nous venons de fêter saint Joseph, j’ai envie de faire un petit bilan de l’année que le pape François a consacrée à saint Joseph. Avons-nous mieux découvert saint Joseph et avons-nous eu envie de le prier davantage ? Je suis sûre que oui. À mon petit niveau, grâce à mon livre Joseph, le secret du juste, j’ai été invitée à de nombreuses émissions et même à donner une conférence à La Rochelle. Cependant, la fin de cette année riche en grâces de toutes sortes ne signifie pas que nous devons abandonner saint Joseph et, encore moins, qu’il va nous abandonner.

Il peut au contraire nous aider à vivre ce Carême 2022 à trois niveaux :

Premier niveau : Joseph est le protecteur des familles

À cause du recensement obligatoire ordonné par les Romains, Joseph a dû quitter tout ce qu’il possédait à Nazareth, son métier, sa maison, ses amis, tout ce qu’il avait préparé pour la naissance de Jésus. Il sait ce que c’est que de manquer de tout – un toit, la sécurité, la nourriture, les vêtements, les fournitures scolaires, les loisirs… –, de s’inquiéter du lendemain, il connaît l’humiliation de ne pas parvenir, en tout cas dans un premier temps, à subvenir aux besoins de sa famille. Pensons à ces familles, surtout des femmes et des enfants pendant que les hommes sont au front, qui fuient l’Ukraine et qui se retrouvent démunies de tout. Demandons à Joseph, parce qu’il a vécu cela, de répandre sa protection sur tous les pères et mères de famille qui souffrent de ne pas pouvoir offrir à leurs enfants la sécurité et le confort dont toute famille a besoin.

Deuxième niveau : Joseph est l’homme du silence

Nous vivons dans un monde de bruit incessant où le silence doit être combattu. Regardons les jeunes autour de nous : dès qu’ils ont une minute de battement, dans les transports en commun ou dans une file d’attente, ils mettent leur casque et écoutent de la musique ou regardent des vidéos en ligne. Or, le Carême est le temps où nous partons spirituellement dans le désert, lieu de la solitude et du silence. Joseph, qui s’est mis à l’école de Jésus, qui a été le premier disciple de Jésus avec Marie, nous apprend à construire une relation avec Dieu qui commence par le silence, par la contemplation. Il nous faut faire taire les bruits du monde en nous mettant avec Joseph à l’école de Jésus, en relisant ses paroles, en l’écoutant dans le silence de nos cœurs.

Troisième niveau : Joseph nous protège de l’angoisse

Les Évangiles nous rapportent trois épisodes où Joseph a connu une grande angoisse : quand il a découvert que Marie était enceinte ; quand il a dû fuir en Égypte parce que le roi Hérode voulait faire tuer l’enfant Jésus ; quand il a cherché pendant trois jours Jésus âgé de douze ans avant de le retrouver dans le Temple. Quand notre esprit est rempli d’idées noires et de frayeurs, invoquons saint Joseph qui a protégé la Sainte Famille et l’a conduite en lieu sûr. Joseph, par sa présence forte et paternelle, nous rappelle que nous ne sommes pas seuls et que Dieu veille sur nous.

Avec saint Joseph, continuons dans la confiance et dans la joie notre chemin de Carême, car nous savons que nous avançons vers la Vie.

Pour aller plus loin :

* Joseph, le secret du juste, roman, EdB, 2018.

** À écouter en podcast sur RCF Nancy Lorraine, émission « Un regard chrétien sur le monde », mardi 22 mars 2022

*** Merci à Laure Th. Chanal pour son illustration de saint Joseph.

– LE MOT DU LUNDI – La sagesse des dirigeants

Merci à Laure Th. Chanal pour son illustration de la colombe de la Paix.

Après deux Carêmes de pandémie, nous voici entrés dans un Carême de guerre. Nous nous sentons écrasés : quand pourrons-nous nous poser et reprendre souffle ? J’avais imaginé que, dans l’ambiance de fatigue et de lourdeur de ce début d’année, le Carême ouvrirait une parenthèse rafraîchissante où nous partirions en Église, d’un seul élan, « sur des prés d’herbe fraîche pour y refaire notre âme », comme nous le fait miroiter le Psaume 22 sous la houlette du Bon Berger.

La guerre est à nos portes en Ukraine, mais nous réalisons aussi qu’il n’y a jamais eu autant de pays en guerre dans le monde : le Mexique, la Colombie, le Nigeria, l’Éthiopie, le Soudan, l’Afghanistan, la Syrie, l’Irak, la République Démocratique du Congo, la Birmanie, Israël, la Palestine, le Liban, l’Inde… et j’en oublie.

Le premier tour de l’élection présentielle en France tombe le dimanche des Rameaux et de la Passion, et le deuxième tour pour la fête de la Divine Miséricorde. Cela nous incite à crier vers Dieu : « SOS, troupeau de brebis cherche bon berger qui ne soit pas un mercenaire fuyant dès que le loup montre ses crocs. »

La prière du roi Salomon pour obtenir la sagesse, que nous pouvons lire dans la Bible au chapitre 9 du Livre de la Sagesse, nous donne trois pistes de réflexion sur les qualités du dirigeant idéal.

Première qualité : l’esprit de service

Salomon pria ainsi : « Je suis ton serviteur, le fils de ta servante ». Le dirigeant idéal garde un esprit de service : il ne défend pas ses intérêts propres, il n’agit pas pour son propre bien, mais pour le bien de ceux qui lui sont confiés, que ce soit en famille, dans l’entreprise ou au niveau de l’État. Il ne cherchera pas la reconnaissance à tout prix ; parfois même, il se rendra impopulaire, comme un père qui gronde son enfant pour le remettre dans le droit chemin. Il se montrera fier et heureux de tout ce qui se fait de bon et de beau autour de lui.

Deuxième qualité : les valeurs

Salomon pria ainsi : « Tu m’as ordonné de bâtir un temple sur Ta montagne sainte ». Le dirigeant idéal ne s’appuie pas sur des opinions ou des sentiments, mais sur une base de solides valeurs morales et, encore mieux, spirituelles, s’accordant aux dix commandements, dans le respect de la justice et du droit.

Troisième qualité : la vision

Salomon pria ainsi : « Nous avons peine à nous représenter ce qui est sur terre […] et ce qui est dans les cieux, qui donc l’a découvert ? » Le dirigeant idéal voit plus loin, plus haut que lui. Il accepte le passé qui constitue l’histoire du pays à la tête duquel il a été placé, et il prépare l’avenir. Il sait vers quel but il veut conduire ceux qui lui sont confiés et il sait par quel chemin il faut passer.

Est-ce que ce portrait du dirigeant idéal est totalement utopique ? Il est difficile à atteindre, c’est vrai, mais nous pouvons prier pour que notre futur président et les dirigeants du monde entier s’en approchent le plus possible.

Redisons souvent ce passage sur les responsables des pouvoirs publics, dans la grande prière d’intercession du Vendredi saint : « Dieu éternel et tout-puissant, le cœur humain et les droits des peuples sont dans ta main ; regarde avec bienveillance ceux qui exercent le pouvoir sur nous ; que, par ta grâce, s’affermissent pour tous, partout sur la terre, la sécurité et la paix, la prospérité des nations et la liberté religieuse. Amen. »

* À écouter en podcast sur RCF Nancy Lorraine, émission « Un regard chrétien sur le monde », lundi 7 mars 2022

** Merci à Laure Th. Chanal de m’avoir permis d’utiliser son illustration « La colombe de la Paix ».

– LE MOT DU LUNDI – Lourdes, la pédagogie d’une Mère

Illiustration de © Laure Th. Chanal

Avec la fête de Notre-Dame de Lourdes le 11 février et la Sainte-Bernadette le 18 février, j’ai eu envie de réfléchir avec vous, chers amis internautes, sur la pédagogie de Marie à travers ses apparitions.

On recense des centaines d’apparitions de Marie dans le monde entier, mais l’Église dans sa prudence n’en retient actuellement que 18. Bien sûr, cela ne veut pas dire que les autres apparitions sont trompeuses ou mensongères ! De toute façon, ne soyons pas inquiets : là où Marie est priée avec foi, il y a forcément des fruits de conversion.

Mais pourquoi Marie est-elle venue nous parler à toutes les époques de l’Histoire alors qu’elle a si peu parlé dans les Évangiles ?

Si je prends pour exemple les apparitions de Lourdes, je peux en tirer trois points de réflexion.

Premier point : Marie nous rappelle le respect dû à chaque personne

En 1858, la petite Bernadette Soubirous est considérée avec mépris ou, au mieux, avec pitié. Elle vit avec sa famille dans un lieu appelé le Cachot, une ancienne prison transformée en un logement sombre et insalubre. Son père, un ancien meunier, a été acquitté d’une accusation de vol, mais à cause de cela, il ne trouve plus de travail. À 14 ans, Bernadette en fait à peine 10, elle est asthmatique, et, n’allant pas à l’école, elle ne sait ni lire ni écrire.

C’est cette pauvre fillette que Marie va choisir pour être la messagère de la plus importante de ses apparitions. Bernadette ne connaît que quelques mots de français ; or, Marie va lui parler en patois. Elle nous montre l’importance de nous adresser aux personnes avec un langage et une façon de parler qu’elles puissent comprendre, pour mieux les rejoindre. Dans la troisième apparition, Marie parle pour la première fois et elle le fait avec délicatesse et respect : « Voulez-vous avoir la grâce de venir ici pendant quinze jours ? » Elle nous rappelle ainsi que chaque personne, même la plus négligeable aux yeux des hommes, est précieuse devant Dieu.

Deuxième point : Marie nous rappelle l’importance de la foi pour mener une vie meilleure

Dans les lieux de ses apparitions, Marie demande toujours que l’on construise une chapelle ou que l’on vienne en pèlerinage pour prier. Elle insiste sur l’importance des sacrements et d’une vie de prière authentique afin d’entrer en relation avec Dieu. Elle nous invite aussi à faire pénitence, mais pénitence ne veut pas dire punition ! La pénitence est un retour à Dieu quand nous avons pris conscience que certaines habitudes nous tirent vers le bas au lieu de nous faire du bien et qu’il vaudrait mieux les abandonner. Marie veut ce qu’il y a de mieux pour chacun de ses enfants et elle nous donne des conseils, comme les font toutes les mamans.

Troisième point : Marie nous conduit à Jésus

Marie n’attire jamais l’attention sur elle, elle parle sans cesse de Dieu le Père ou de son Fils Jésus. Dans l’Évangile, nous la voyons retenir tous les événements de la vie de Jésus et les méditer dans son cœur. Aujourd’hui, elle veut nous parler de son Fils. Elle nous prend par la main pour nous conduire à Jésus. Comme à Bernadette, elle ne nous promet de nous rendre heureux selon l’esprit du monde, mais de nous donner le bonheur qui vient du Ciel.

Merci à Laure Th. Chanal pour son illustration de sainte Bernadette.

– LE MOT DU LUNDI – Évangéliser avec saint François de Sales

Illustrations de Jean-Marie Woehrel BD TOUT FAIRE PAR AMOUR ET RIEN PAR FORCE © Pierre Téqui éditeur

Nous fêtons aujourd’hui François de Sales, saint patron des écrivains et des journalistes, et docteur de l’Église. Quel étrange destin que celui de cet évêque de Genève qui n’a pas pu vivre dans son diocèse parce que Genève était alors tenue par les calvinistes !

Nous sommes en mars 1595 et François se trouve à Thonon. Il voudrait à la fois soutenir et encourager les quelques catholiques de la région qui subissent des brimades et des persécutions, et ramener dans l’Église les brebis perdues que sont à ses yeux les huguenots. Le dialogue est impossible, François se fait même attaquer à coups de poignards et s’en sort de justesse. Il réfléchit :

– Ceux qui ont peur de nous écouter, peut-être ne refuseront-ils pas de nous lire ?

Il se met alors à rédiger des feuillets où il rappelle les vérités de l’Église catholique. Ces feuillets, distribués en cachette dans les maisons, font beaucoup de bien, mais François s’épuise à les recopier à la main en plusieurs exemplaires.

– Seul, je n’y arriverai jamais, se dit-il. Il faut que je trouve un autre moyen. J’ai entendu dire qu’il existe une imprimerie à Chambéry.

Il s’y rend et commande l’impression de cent exemplaires. C’est ainsi qu’est né le premier journal catholique et même le premier périodique de l’histoire du monde, car François s’efforce de diffuser un feuillet chaque semaine. Au total, ce sont environ dix mille lettres qui furent ainsi imprimées et distribuées de nuit dans les maisons et les villages. Peu à peu, le dialogue s’instaure, les cœurs s’ouvrent.

Et nous, comment témoignons-nous de notre foi ? Sommes-nous suffisamment des ambassadeurs de l’Évangile ? Ce n’est pas toujours facile de parler de notre foi dans notre milieu professionnel, en famille, avec nos amis. Pourtant, quand on a découvert un bon restaurant, on a envie de partager cette adresse avec nos proches. Et nous garderions pour nous la joie de la foi, la force du Pain de Vie, la puissance consolatrice de l’espérance chrétienne, sans les partager avec ceux que nous côtoyons ?

François de Sales prononça un discours pour la reconquête de Genève. « Il faut, disait-il, renverser les murs de Genève par des prières ardentes, et livrer l’assaut par la charité fraternelle. […] Tout cède à la charité ; […] et à celui qui aime, rien n’est difficile. »

Sa méthode est donc simple : prier quand nous ne pouvons rien faire d’autre et, lorsque nous pouvons agir, le faire avec beaucoup d’amour.

La meilleure façon d’évangéliser est d’être là pour les personnes qui ont besoin de nous, dans les moments de détresse, dans les jours d’épreuve, pour offrir notre présence et, peut-être, une parole d’espérance et de foi.

Il ne s’agit pas d’en faire trop, au risque de lasser nos interlocuteurs, mais de donner à bon escient un témoignage de foi qui peut changer la vie de la personne se trouvant en face de nous.

En fêtant saint François de Sales ce 24 janvier, demandons-nous de nous inspirer le mot juste, le geste juste ou même le silence par lesquels nous pourrons apporter le Christ à ceux qui nous entourent.

D’après ma chronique « Un regard chrétien sur le monde » à écouter sur RCF LORRAINE NANCY :

https://rcf.fr/actualite/un-regard-chretien-sur-le-monde?episode=192160

– LE MOT DU LUNDI – Il était une crèche…

Illustration de © Laure Th. Chanal Illustrations

Nous approchons déjà du troisième dimanche de l’Avent, les rues sont illuminées, nos maisons sont décorées. Comme vous sans doute, au début de l’Avent, j’ai descendu du grenier le carton contenant la crèche. Pour l’instant, la mangeoire est vide, l’Enfant Jésus est bien caché et les santons tournent le dos à l’étable, petit peuple qui vaque à ses occupations sans savoir qu’un événement extraordinaire se prépare dans le secret. Je sais bien que Joseph et Marie avec leur petit âne ne sont pas encore arrivés à Bethléem, mais je les place quand même dans la crèche. Je regarde tous les personnages avec tendresse et émotion. Quelle chance nous avons de pouvoir installer une crèche dans nos maisons !

Comme nous le disait le pape François en décembre 2019 dans sa lettre apostolique sur la signification et la valeur de la crèche, « le merveilleux signe de la crèche, si chère au peuple chrétien, suscite toujours stupeur et émerveillement. […] La crèche, en effet, est comme un Évangile vivant. »

Et il ajoute : « Du berger au forgeron, du boulanger au musicien, de la femme qui porte une cruche d’eau aux enfants qui jouent… : tout cela représente la sainteté au quotidien, la joie d’accomplir les choses de la vie courante d’une manière extraordinaire, lorsque Jésus partage sa vie divine avec nous. »

Je regarde le berger entouré de ses moutons, le meunier qui porte son sac de farine, la lavandière à genoux, le musicien avec sa guitare, le ravi qui lève les bras en signe de joie, le vieux curé en soutane, la marchande de poissons, la femme à l’ombrelle si élégante. Je contemple leur vie toute simple, faite de joies et d’épreuves, tissée de courage, de persévérance, d’amitié. Et je pense que Dieu regardait ainsi le monde qu’il avait créé avant de se dire : « Allons-y ! Devenons l’un d’entre eux et allons partager cette existence humble et laborieuse. » Mais quelle idée, mon Dieu, quelle folie d’amour ! Comme tu nous aimes pour venir nous rejoindre dans notre quotidien, dans notre vie de famille, dans notre travail de tous les jours, dans nos nuits chargées d’angoisses, dans la fatigue, dans la souffrance, dans la joie d’une rencontre, dans la convivialité d’un repas, dans l’innocence d’un rire d’enfant ! Il était une fois l’humanité, et Dieu a voulu la découvrir de l’intérieur. Vous connaissez peut-être l’émission « Patron incognito » où un patron se mêle à ses employés pour savoir ce qu’ils vivent ; Noël, c’est Dieu qui vient incognito dans notre monde, dans notre histoire, dans notre cœur.

Chers internautes, dans notre marche vers Noël, prenons le temps de bien arranger notre crèche, cet « Évangile vivant » qui témoigne du plus grand amour. Devenons à notre tour, avec les bergers, les témoins de l’Évangile, comme nous y invite le pape François dans sa lettre :

« En regardant la scène de la crèche, nous sommes appelés à réfléchir sur la responsabilité de tout chrétien à être évangélisateur. Chacun de nous devient porteur de la Bonne Nouvelle pour ceux qu’il rencontre. »

Chronique « Un regard chrétien sur le monde » à écouter sur RCF LORRAINE NANCY :

https://rcf.fr/actualite/un-regard-chretien-sur-le-monde?episode=183479

Dieu parmi nous

« Jésus était assis au bord de la mer » © Odile Haumonté

« Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison et il était assis au bord de la mer. » (Matthieu 13, 1)

En lisant cette phrase toute simple dans la parabole du semeur, qui était l’évangile du dimanche 12 juillet, je suis frappée par ce qu’elle représente : Jésus, qui est Dieu, accomplit ce geste familier : il sort de la maison où, peut-être, les gens s’affairent, mangent, parlent, et vient s’asseoir au bord de la mer, comme certains le font en ce temps de vacances, sereins, recueillis ou simplement pensifs devant le doux mouvement du ressac qui les bercent.

Les hommes dans toutes les cultures et toutes les époques ont inventé des dieux qui se manifestent avec puissance et grandeur, des dieux vengeurs, des dieux jaloux, mais qui pouvait imaginer un Dieu sortant de la maison et venant s’asseoir au bord de l’eau, tranquillement ?

Je médite beaucoup en ce moment sur le mystère de l’Incarnation qui fait l’objet de mon prochain livre, et je m’en émerveille de plus en plus.

Dès la Genèse, on trouve cette notion de la proximité de Dieu avec sa Création : « Ils entendirent la voix du Seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour. » (Genèse 3, 8) Dieu crée l’univers et il s’y promène ; Dieu crée l’homme et il parle avec lui, veille sur lui, donne sa vie pour lui.

Quand j’y pense, je me sens remplie d’effroi, qui n’est pas la peur, mais la crainte de Dieu, un don du Saint-Esprit qui nous conduit à l’admiration et à la vénération. Dieu est si humble que nous pouvons facilement le laisser de côté, hors de nos journées, hors de notre vie ! Dieu est si proche, « plus intime à moi que moi-même » selon le mot de saint Augustin, que nous risquons de le confondre avec notre propre pensée, notre intuition, notre inconscient selon les écoles. Combien de fois reprochons-nous à Dieu de ne pas intervenir dans notre vie quand quelque chose va mal… mais l’avons-nous consulté pour telle décision, telle parole, tel geste ?

Mettons nos pas dans les pas de Jésus, lui qui est venu par amour fouler la poussière de nos chemins. Demandons-lui son regard pour voir comme lui le monde qu’il nous a confié, la magnificence des montagnes, la beauté d’une fleur des champs, la persévérance d’une plante potagère, la chatoyance des ailes d’un papillon. Demandons-lui ses oreilles pour entendre comme lui le chant de la nature, les mots d’amour et d’amitié, les cris de détresse, les rires qui niassent au milieu des épreuves. Demandons-lui ses mains pour accueillir comme lui l’enfant qui se jette dans nos bras, pour redresser la plante qui courbe la tête, pour soigner les plaies et les blessures, pour jeter un pont vers les solitudes.

Sortons de la maison, asseyons-nous et bénissons Dieu pour le monde devant nos yeux, ce monde qu’il est venu remplir de son amour et habiter de sa présence.

Belles vacances à chacun !

 

« Je veux fêter ce renouveau »

© 2013 Walt Disney Pictures - droits réservés

© 2013 Walt Disney Pictures – droits réservés

Encore !!! Et bonne année, et bonne santé, et meilleurs vœux, et gnia gnia gnia… c’est toujours la même chose ! Mes bonnes résolutions : alimenter ce blog plus souvent, être à jour dans mon repassage, faire du sport trois fois par semaine… les mêmes chaque année ! Je sais déjà que je ne les tiendrai pas, alors à quoi bon ? Jusqu’à la galette qui me trahit : je n’ai jamais la fève.

Oh la la, à la mi-janvier, je suis victime du Nouvel An blues, moi qui aime tant célébrer la fête de Noël, avec ses douces lumières éclairant l’hiver. C’est grave, docteur ?

Attention, c’est très contagieux, comme la morosité et la déprime ; il faut donc agir rapidement avec trois remèdes simples :

Savourer le présent

Pourquoi chercher sans cesse à comparer nos journées ou nos années avec celles d’autrefois ? « Le passé est passé », dit la reine Elsa avec bon sens. Nous avons vécu en 2013 un Noël exceptionnel ? Tant mieux, gardons-en précieusement le souvenir ébloui, mais cela ne rend pas les suivants moins beaux ou ratés.

« Je n’ai rien qu’aujourd’hui », nous dit une autre princesse, la petite Thérèse de Lisieux. Mon passé m’a construite à travers les bons et les moins bons moments, mais il est derrière moi ; mon avenir, je le rêve ou je l’appréhende, mais il ne sera pas comme je l’imagine ; seul le présent est réel, seul le présent m’appartient et c’est maintenant que je peux agir, rire, chanter, danser, aimer, partager, prier, vivre.

Seigneur, aide-moi à habiter le présent comme un pays où il fera bon vivre si je m’y installe vraiment, avec ceux que j’aime et dans ta grâce.

Cueillir les petites joies

Nos sociétés occidentales souffrent de sur-célébration. Le moindre événement doit être grandiose, démesuré, dans une surenchère perpétuelle. De nos jours, organiser un mariage ou fêter un diplôme est un challenge qui relève du parcours du combattant, et attention au détail oublié !

Si nous revenions à la simplicité et à la spontanéité ? Je ne dis pas qu’il ne faut rien prévoir et je déteste moi-même l’improvisation, mais est-ce que nous devons vraiment faire appel à une société d’événementiel pour célébrer les 20 ans de notre fille ? Un lieu sympa, un brain-storming de bonnes idées farfelues, une grande dose de fou-rires, une tireuse à bière dans une orgie de bonbons et une famille aimante, des amis fidèles, des copains rigolos… cela ne suffirait-il pas pour passer un moment inoubliable ?

La mode est au minimalisme, tant mieux. Ne passons pas à côté de ces petites joies qui sont à notre portée chaque jour et que nous ne voyons plus, obnubilés que nous sommes par la préparation d’une fête qui doit rester dans les mémoires.

Le bonheur est si simple, si discret, il se niche dans une promenade, dans une visite, dans une rencontre inattendue, dans un goûter improvisé, dans un échange sincère.

Seigneur, aide-moi à retrouver le goût des petites joies quotidiennes, à voir l’univers dans un brin d’herbe, à profiter de la présence de ceux que j’aime, à ponctuer mes journées de petits moments de prière, de cœur à cœur avec toi, pour mieux me recentrer en toi.

Dire merci

En boudant la galette, les illuminations trop kitsch et les bons vœux, est-ce que je ne me conduit pas en enfant gâtée, oublieuse de la chance que j’ai à bien des égards ? Une famille, un toit, un travail, la santé, des amis… Oh, il y a certainement un domaine qui se présente moins bien : j’ai perdu mon travail, j’ai un problème de santé, mon ado va mal. La vie n’est pas toujours rose, elle est même très dure pour certaines personnes de mon entourage. Les épreuves vont et viennent, on ne s’y attend jamais.

Et pourtant, je l’affirme : je peux dire MERCI. J’ai même mille et une raisons de dire merci, quelles que soient les galères que j’ai traversées, que je traverse ou que je traverserai.

Merci à la vie, merci pour l’air, l’eau, le vent. Merci à mes proches, à mes amis. Merci pour les arbres et les oiseaux, merci pour les fleurs et les couleurs, merci pour les chants et les voix.

Merci pour ce qu’il y a de bon et beau autour de moi. Merci pour la gentillesse du facteur, ce matin. Merci pour le sourire de cette petite fille que je croise. Merci pour le doux regard de mon chien fidèle. Merci pour le mail réconfortant de cette amie.

Merci à vous qui m’avez, sincèrement, amicalement, souhaité une belle année 2020.

Seigneur, merci pour ceux que j’aime, garde-les tout au long de cette année. Merci pour ton amour qui me renouvelle sans cesse et qui renouvelle toute chose en moi et autour de moi. Mon Dieu, tout au long de cette année, donne-moi la grâce de l’émerveillement.

Montre-moi la lumière !

© D.R.

Clive S. Lewis, l’auteur de Narnia, a raconté l’histoire de Robin, un garçon aveugle de naissance. Devenu adulte, il bénéficie d’une opération chirurgicale qui lui rend la vue. Il découvre le monde autour de lui, mais quelque chose lui manque.

– Montre-moi la lumière ! demande-t-il à sa femme.

– Mais elle est là, la lumière ; elle est partout.

– Non, montre-moi la lumière !

Sa femme prend une lampe de poche :

– Regarde, j’allume, j’éteins, j’allume, j’éteins, voici la lumière. Elle chasse la nuit, elle nous éclaire.

– Non, pas celle-là. La vraie lumière.

Robin ne sait pas expliquer ce qu’il ressent : il imaginait autre chose quand on lui parlait de lumière. Il est déçu.

La lumière, comme l’amour, n’existe que dans la rencontre : elle éclaire l’objet qu’elle touche, le fait sortir de l’ombre, l’amène au monde. L’amour n’existe qu’au contact de l’autre. On n’aime pas en théorie, on n’aime pas de façon abstraite : l’amour est une rencontre.

Imaginons deux suites possibles à l’histoire.

La première : Robin voit deux amoureux qui s’embrassent. Quand ils se séparent, en regardant leurs visages heureux tournés l’un vers l’autre, Robin s’écrie :

– Cette fois, je vois la lumière !

L’amour donne un sens à notre vie, nous justifie : nous comprenons que nous sommes là, ici et maintenant, pour ce moment d’amour reçu et donné. L’amour sincère, l’amour fidèle – en anglais, c’est le même mot : True Love – nous éclaire et nous réchauffe, il nous révèle à nous-mêmes. Combien d’hommes et de femmes ont été capables de réaliser des exploits pour leur bien-aimée, pour leur époux, pour leur enfant ? Des exemples me viennent à l’esprit en écrivant ces lignes : ma mère a mis entre parenthèses la carrière qu’elle aurait pu avoir pour que mon père puisse pleinement développer la sienne ; inversement, une amie a repris un travail après des années passées à la maison pour que la famille qui traversait des difficultés financières puisse retrouver une plus grande sécurité ; un homme parvient à renoncer à une addiction qui met son couple en danger ; des parents vont parcourir des kilomètres et passer des heures à l’hôpital pour faire soigner un de leurs enfants… Vous qui me lisez, avez-vous en tête une personne que l’amour de sa famille ou l’amour des autres fait rayonner ? Dans votre entourage, dans les médias, dans un film… Une Mère Teresa de Calcutta dont la silhouette voûtée se penche sur un mourant pour inonder d’amour ses derniers instants, ou qui serre contre son sari blanc et bleu un petit enfant malade… Un Jean Vanier qui a su redonner aux personnes handicapées une vraie dignité… Un Nelson Mandela qui a renoncé à sa juste vengeance pour construire l’unité et la paix dans son pays déchiré… Accueillez l’image qui vous vient et demandez-vous : quelle qualité ai-je envie d’acquérir pour ressembler à cette personne ?

La deuxième suite possible à cette histoire : Robin, désespéré, ne comprend pas ce qui lui manque jusqu’au jour où il aperçoit un homme en prière. Devant son visage serein et pacifié, il s’écrie :

– Cette fois, je vois la lumière !

Car il y a une rencontre qui nous dépasse. Il y a un amour qui nous renouvelle. Il y a une espérance qui nous justifie. « Par ta lumière, nous voyons la lumière », lisons-nous dans la Bible, au Psaume 35. Tous les désirs de notre cœur, ce sentiment de vide ou de manque qui nous habite parfois, sont la marque laissée en nous, comme en creux, de la présence de Dieu. Nous cherchons cette rencontre, nous cherchons cet amour. Voulez-vous savoir quel est le sens de votre vie ? Vous êtes choisi, attendu, aimé de toute éternité par un Dieu d’amour qui veut vous combler de joie. Reprenez doucement ces mots du Psaume 35 :

« Qu’il est précieux ton amour, ô mon Dieu !

À l’ombre de tes ailes, tu abrites les hommes.

En toi est la source de vie ;

par ta lumière, nous voyons la lumière. »

Invitez Dieu dans votre vie et vous verrez : comme un aveugle qui recouvre la vue, votre existence nouvelle va commencer.

Le sens de la fête

Une mangeoire vide dans laquelle on ne mettra jamais l’Enfant Jésus : n’est-ce pas cela, la fête de Noël sans la foi en la Nativité ? Devant le débordement des cadeaux, je ne peux m’empêcher de me demander comment les personnes vraiment athées expliquent la fête de Noël à leurs enfants. Il n’y a aucun jugement dans mes propos, c’est juste une interrogation.

De nombreux jours fériés basés sur une fête chrétienne peuvent s’expliquer autrement : Pâques est aussi la « résurrection » de la nature après le long sommeil hivernal, la fête du printemps ; la Pentecôte est la fête des moissons ; la Toussaint est le devoir de mémoire envers nos morts, le souvenir de ceux qui nous ont précédés.

Mais je vois deux fêtes – Noël et l’Assomption de la Vierge Marie le 15 août – qui ne peuvent s’appuyer sur rien d’autre que sur la foi chrétienne.

À six mois d’intervalle, ces deux événements semblent bien incongrus dans le calendrier résolument laïc de notre République : l’accueil par Marie de Jésus sur la terre ; l’accueil par Jésus de Marie dans le Ciel.

Beaucoup d’homélies du temps de Noël nous ont invités à revenir au dépouillement qui représente le vrai sens de cet événement spirituel : le manque de place dans la salle commune pour accueillir une famille exilée, la pauvreté de la grotte, les parents démunis, la simplicité de la paille et le souffle d’un bovin pour réchauffer l’enfant. Cependant, dans le contexte social agité qui a marqué décembre, les commerçants crient à l’aide : les gens n’ont pas dépensé suffisamment et le chiffre d’affaires est fortement en baisse, menaçant la survie des petits commerces de proximité. Que faire ?

Peut-être que nous avons à continuer la mission qui fut celle des bergers après leur visite à la grotte :« Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé. » (Luc 2)

Peut-être qu’il ne dépend que de nous de pouvoir rendre à Noël son sens le plus profond : un Sauveur nous est né, Dieu vient nous visiter !

Envoyons une image de la crèche à nos voisins, nos collègues, nos amis, que ce soit par Facebook ou dans une belle enveloppe. Posons une petite crèche sur notre bureau. Partageons les chants de Noël qui proclament cette bonne nouvelle : Dieu nous aime tellement qu’il s’est fait l’un de nous.

Que nos invités voient d’abord la crèche quand ils entrent chez nous.

Qu’ils puissent nous questionner : qui sont ces gens ? Je n’ose imaginer le pourcentage de jeunes qui ne sont plus capables de nommer Marie, Joseph et l’Enfant Jésus quand on leur montre une crèche.

Enfilons un gilet en (fausse) peau de mouton pour rappeler autour de nous le mystère – mieux, le miracle de Noël : Dieu s’est fait famille !

Notre pays en crise a besoin de témoins, d’apôtres. Quand on fait une grande découverte, on a envie de la partager, n’est-ce pas ? Alors comment garder pour nous la plus grande joie, la plus grande espérance ? « Mes yeux ont vu le salut ! »s’écrie Syméon. Nous aussi, qui avons entendu, qui avons vu de nos yeux, qui avons contemplé, qui avons touché de nos mains l’Incarnation de Dieu par amour pour l’humanité, (1 Jean 1), annonçons que notre vie a désormais un sens en Jésus : le sens de la fête, le sens de la joie.

Bonne et sainte Année 2019 !

Odile