Le recensement
Il était déjà question d’un recensement dans l’Ancien Testament. Le roi David, pour une fois mal inspiré, décida de compter son peuple : « Satan se dressa contre Israël et il incita David à dénombrer Israël[1]. » Mais Dieu n’était pas d’accord à cause de l’orgueil qui motivait la démarche : « Cette affaire déplut à Dieu, et il frappa Israël. »
À Rome, au contraire, le recensement était une pratique courante qui avait lieu tous les cinq ans. Le but était double, d’une part la taxation et d’autre part le classement des citoyens en trois ordres : sénateurs, chevaliers, plébéiens.
L’empereur Auguste ordonna trois recensements généraux de tout l’Empire et celui dont parle saint Luc est le deuxième, qui eut lieu dans les années 7 et 6 av. J.-C. Il voulait connaître « le nombre des citoyens et des alliés en armes, celui des flottes, des royaumes, des provinces » (Tacite, Annales, 1, 11). Le troisième, le plus connu, commence en l’an 6. Jusqu’au xxe siècle, c’était le seul recensement connu des historiens, c’est pourquoi on datait la naissance de Jésus à cette époque, ce qui contredisait d’autres éléments historiques ou astronomiques (voir ci-dessous à « Rois mages » la question de l’étoile). Ainsi, en supputant que Jésus est né en l’an 7 ou 6 av. J.-C., nous avons une convergence des sources.
Le but est de déterminer et de percevoir des impôts sur chaque famille. Il semblerait, d’après les historiens (mais il est très difficile de retrouver les détails concernant l’organisation complexe et éloignée de nous qu’était l’Administration romaine), qu’il s’agissait de recenser toutes les propriétés terriennes et immobilières ; « conformément à cela, nous dit le pape émérite Benoît XVI, nous pouvons supposer que Joseph, de la maison de David, disposait d’une propriété terrienne à Bethléem, si bien que, pour le recouvrement des impôts, il devait s’y rendre. » Pourtant, à son arrivée, il n’a pas trouvé d’endroit pour se loger.
Il n’y a pas de hasard ! « La naissance de Jésus dans la ville de David se situe dans le cadre de la grande histoire universelle, même si l’empereur [Auguste] ne sait rien du fait qu’à cause de lui, ces gens simples sont en voyage à un moment difficile ; et ainsi, apparemment par hasard, l’Enfant Jésus naîtra dans le lieu de la promesse[2]. »
[1] Premier Livre des Chroniques, chapitres 21-22.
[2] Benoît XVI, L’enfance de Jésus, ch. 3 « La naissance de Jésus à Bethléem », op.cit.
Pour aller plus loin :
Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.
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