Anne Leflaive (1899-1987)

La renaissance de la consécration des vierges

Paru dans la revue Feu et Lumière, Juin 2004

Depuis sainte Geneviève, les vierges consacrées font monter vers Dieu, du cœur du monde, le don de leur vie offerte. Mais sait-on que cette consécration fut interdite par Rome de 1927 à 1970 et qu’Anne Leflaive fut l’humble ouvrière de cette renaissance ? La petite Thérèse comparait les religieuses à « Moïse sur la montagne » (Ex 17,9) ; les vierges consacrées dans le monde seraient alors comme Josué dans la plaine pour « collaborer magnifiquement au travail divin dans la société présente. »

 

La vie d’Anne Leflaive semble placée sous le signe de l’Épiphanie : elle naît le 6 janvier 1899 et reçoit la consécration des vierges le 6 janvier 1924. Elle est amenée plusieurs fois, comme les mages, à prendre « une autre route », écartée des responsabilités qu’elle exerce ; mais, comme par une étoile, Anne est guidée par sa vocation : Ma mission, c’est de vivre si intensément la Consécration des vierges du pontifical romain que, par le fait même, la dignité de cette Consécration soit remise en honneur dans l’Église.

 

Fille de patron et ouvrière

 

Anne Leflaive, première d’une famille de six enfants, naît le 6 janvier 1899 à Saint-Étienne où son père dirige une usine métallurgique. Mais le lieu qui comptera dans sa vie est le château familial de Cuirieu, près de La-Tour-du-Pin dans l’Isère. Instruite à domicile par des professeurs particuliers, elle avoue qu’elle a peu travaillé malgré ses qualités littéraires indéniables. Elle révèle pourtant une nature enthousiaste, effervescente, joyeuse, même si elle reste capable de prudence, de rigueur et de réserve.

 

Fille de patron, elle est très tôt sensibilisée au problème social chaque jour plus menaçant. Dès l’âge de 12 ou 13 ans, elle est admise à prendre part aux repas où étaient invitées de nombreuses personnalités de l’industrie, de l’armée, de la marine, de la politique dont elle écoute les conversations avec attention. Anne fait même, à 20 ans, dans une usine de tulle, un bref apprentissage « pour mieux comprendre les problèmes de vie des jeunes filles travaillant dans l’industrie textile ».

 

« Comme une carmélite dans le monde »

 

Très jeune, à cinq ou six ans, elle fait l’expérience de la présence divine ; devant la beauté d’un coucher de soleil, elle entend une voix lui dire : Viens à moi, je suis la Beauté qui ne passe pas. Elle cherche souvent la solitude pour prier. Elle lit à 13 ans la vie de sainte Thérèse de Lisieux et s’offre à Jésus pour être bien à Lui et à Lui seul. Pendant la nuit de Noël 1915 – elle va avoir 16 ans – elle entend ces paroles comme si elles étaient prononcées par quelqu’un qui se trouverait à côté de moi : Va en paix, tu es à moi pour toujours. Elle connaît trois ans de sécheresse et d’aridité avant de recevoir, en la fête du Sacré-Cœur 1918, la certitude qu’elle sera « comme une carmélite dans le monde ».

 

Deux rencontres sont déterminantes pour la vocation d’Anne : celle de l’évêque de Montpellier, Mgr de Cabrières, et celle de Marie Reynès qui avait été consacrée en 1916 par le rite de consécration des vierges, selon le cérémonial attribué au pape saint Léon le Grand. Les consacrées des premiers siècles, à l’image de sainte Geneviève, s’engageaient à titre définitif dans leur état virginal, entièrement vouées à Dieu et menant une vie de prière et de service, isolées, groupées ou en famille. Elles se raréfièrent au cours des siècles au profit des ordres religieux, mais Mgr de Cabrières voulait la renaissance de cette vie de consacrées en plein monde.

 

Devenu le père spirituel d’Anne en mai 1920, il lui parle de cette consécration. Anne hésitait entre la virginité au Carmel et l’action sociale. Dès lors, sa décision est prise. Mais elle n’a que 22 ans et l’âge minimum requis est de 25 ans. Qu’à cela ne tienne ! Anne décide de se consacrer le jour de ses 25 ans. Des obstacles se dressent : la mort du cardinal de Cabrières en 1921 puis celle de la jeune sœur d’Anne, Magdeleine, en août 1922. Mais Anne continue à se préparer par un emploi du temps rigoureux, par une vie de prière et un travail intellectuel et théologique. Le 6 janvier 1924, à Paray-le-Monial, elle est consacrée par Mgr Chassagnon, évêque d’Autun.

 

Quinze ans pour la jeunesse féminine

 

Anne souhaite servir l’Église en se mettant au service des associations et fédérations de jeunes filles qui naissent et se multiplient à cette époque. Elle songe à un service diocésain, mais Mgr Chassagnon lui demande en 1926 de créer un Secrétariat national des fédérations diocésaines qui veillerait à préserver, dans chaque diocèse, l’initiative et l’autorité de l’évêque sur la jeunesse féminine. Anne accepte avec l’appui de Mgr Chollet, évêque de Cambrai.

 

Quelques exemples parmi les sujets traités nous montrent le réalisme et l’ouverture de la formation donnée aux jeunes filles de cette époque : le salaire féminin (pourquoi est-il inférieur, à travail égal, à celui de l’homme ?) ; l’équilibre du budget familial ; les critères d’un choix professionnel (valeur et avenir d’une profession) ; le vote des femmes, un droit « injustement refusé » ; la crise de la conscience professionnelle, causes et remèdes.

 

Malgré le soutien de Mgr Chollet, Anne est perpétuellement contestée et entravée pour la création et la vie de cet organisme, jusqu’à la réunion de juin 1945 où le Secrétariat est dissout : À la suite de cette décision, mes amies et moi avons détruit les archives de ce Secrétariat. Cela m’a fait très mal. Quinze années de travail anéanties.

 

Parallèlement, depuis 1927 où un décret de Pie XI réserve la consécration des vierges aux seules religieuses, Anne travaille à une étude sur la Consécration afin de contribuer à ce que celle-ci puisse à nouveau être dispensée à des femmes vivant dans le monde. Elle est appuyée par Mgr Chassagnon : Faites connaître vos idées, vous aurez toute l’aide nécessaire. Elle publie donc en 1933, sans signature, son Étude sur la Consécration des Vierges du Pontifical romain et la distribue aux évêques et cardinaux : C’est ainsi qu’elle vint entre les mains de Son Éminence le Cardinal Pacelli [le futur Pie XII] qui l’apprécia, appréciation qui est à la base de cette sorte d’affection que veut bien me témoigner le pape actuel, écrit Anne en 1941.

 

Un « séminaire féminin »

 

Mgr Feltin (Sens) lui propose alors de créer une sorte de pépinière de futures vierges consacrées, un organisme ouvert aux âmes de bonne volonté éprises de cet idéal, dans l’espoir que soit levée l’interdiction de Rome. Ce projet est désigné sous le nom de Missionnaires séculières d’action catholique. Anne s’y consacre à partir de 1939. Pour Mgr Feltin, il s’agit de créer un véritable séminaire féminin, estimant que les évêques ne seront vraiment forts que lorsqu’ils auront en main un personnel féminin comme ils ont un personnel masculin avec le clergé séculier. En juin 1943, Anne commence des sessions de formation sur la base de 14 conférences.

 

Mais elle est en butte à l’hostilité de « personnalités importantes ». Une équipe nationale de 14 membres est constituée en août 1946, mais une réunion qui a lieu à Paris le 30 novembre 1946 décide l’éviction d’Anne : C’est affreux d’avoir à vous demander cela, lui annonce la déléguée de l’équipe, d’autant plus que nous n’avons rien à vous reprocher. Le 1er décembre, cette décision lui est annoncée officiellement : Toutes pleuraient en m’embrassant. Cette porte qui s’est refermée devant moi a été le moment le plus affreux de mon sacrifice. C’est elle qui doit réconforter Mgr Chollet, durement ébranlé par la nouvelle.

 

Biographe et romancière

 

Dès sa jeunesse, Anne manifestait des qualités littéraires certaines. En 1922, après la mort de Magdeleine, elle rédige une courte biographie de sa sœur et écrit en 1934 son Étude sur la Consécration des Vierges. En 1943, pour subvenir aux besoins des Missionnaires Séculières, elle retrace l’histoire de Valérie Mazuyer, dame d’honneur de la reine Hortense, intitulée Sous le signe des Abeilles et couronnée par l’Académie française. Anne Leflaive après 1946 décide donc de se consacrer à l’écriture.

 

C’est une autre biographie, Stéphanie de Virieu, la sœur du grand ami de Lamartine, qui paraît en 1947, où l’on relève cette phrase de Stéphanie à l’abbé Dupanloup et qui correspond bien à la pensée d’Anne elle-même : La femme est faite pour l’homme, sans doute, mais avant d’être faite pour l’homme, elle est faite pour elle-même et pour Dieu. Féministe, Anne le fut très tôt, à sa manière c’est-à-dire à la fois exigeante, lucide, mesurée et raisonnable.

 

Son seul roman, Armes de Lumière, relate l’expérience des Missionnaires séculières. On y lit, dans l’homélie de l’un des personnages, l’évêque du lieu : Demeurez avec votre prochain. Acceptez le sort commun des hommes. Le Christ a vécu parmi les gens de son temps. Huit ouvrages suivront, dont cinq biographies, mais Anne va chercher à s’employer autrement.

 

Au service du patronat

 

En 1946 est créé le C.N.P.F., conseil national du patronat français, dans le but de représenter les chefs d’entreprise auprès des pouvoirs publics et d’étudier les moyens permettant d’améliorer les conditions de la vie économique et sociale du pays. Anne s’engage à son service en 1949 : J’ai beaucoup appris à n’être qu’une salariée. Jusqu’en 1972, sa tâche consiste à dépouiller un grand nombre de publications et à préparer les contacts que le président du C.N.P.F. a à prendre avec des personnalités catholiques ; bien que ce soit un organisme neutre, il doit connaître les évolutions des milieux religieux sur les questions sociales.

 

Anne se rend donc chaque année à Rome. Mgr Montini (le futur Paul VI) en 1952 l’encourage à réfléchir sur les questions sociales : Dans la doctrine sociale de l’Église, en dehors des points qui s’imposent à tous les fidèles au nom de l’obéissance, un assez vaste champ est laissé à la libre discussion. En même temps, elle s’entretient avec les plus hauts dignitaires romains du renouveau possible de la consécration des vierges accordée aux femmes vivant dans le monde. Pie XII l’assure en 1952 de son intérêt pour la question : Je vous suis avec affection.

 

Une « étoile dans le soir »

 

En 1962, au cours de la première session du concile Vatican II, un évêque demande que soit révisé le rituel de la consécration des vierges. Le 31 mai 1970, le rite est révisé. Le nouveau texte affirme sans équivoque la possibilité de sa dispensation aux femmes vivant dans le monde : l’interdiction de 1927 est levée. Anne est comblée de joie.

 

L’arthrose dont elle souffre depuis longtemps s’aggrave, limitant de plus en plus ses possibilités de déplacement : Je vis au ralenti. Son dernier livre, Madame Swetchine, est une méditation sur la vieillesse et la fin de la vie : Le troisième âge est celui où grâce à la lecture et aux contacts avec les autres on découvre mille facettes des réalités au milieu desquelles on marchait sans en avoir conscience.

 

Deux jours avant l’Assomption, le 13 août 1987, Anne ferme les yeux sur ce monde. Marquée par le mystère de l’Épiphanie, elle fut durant 88 ans, comme Madame Swetchine, une sorte d’étoile qui brille dans le soir pour orienter le chemin de ceux qui avancent à tâtons dans la nuit.

 

Pour en savoir plus, lire :

Anne Leflaive, une vie pour la renaissance d’une vocation oubliée, de Jacqueline Roux, éd. F-X de Guibert Paris 2004.

 

 

L’Athlète de Dieu, le bienheureux Jean-Paul II

La vie de ce grand Pape du XXe siècle

« Nous avons un pape qui a pris le nom de Jean-Paul II. » Ces mots résonnent sur la place Saint-Pierre le 16 octobre 1978. Vingt-six ans plus tard, le 2 avril 2001, sur cette même place s’élève une clameur : Santo subito, « saint tout de suite » ! Jean-Paul II est mort et le monde entier garde de lui l’image d’un infatigable voyageur, d’un athlète brisé, d’un homme de paix… d’un saint. Lire la suite

Le Grand Livre des saints

La vie d’un ami de Dieu pour chaque jour de l’année

Véritables compagnons de route sur le chemin qui mène à Dieu, les saints sont des hommes, des femmes, des enfants comme les autres qui ont confiés leur vie à Dieu.

Destiné à être lu chaque jour, seul ou en famille, par exemple à la prière du soir, chaque récit de la vie d’un saint ou d’un bienheureux est accompagné d’une oraison qui fait écho au saint du jour.

Le Grand Livre des Saints est publié aux Presses de la Renaissance.

Ismaël, le berger de Bethléem

Un conte de Noël sur la Paix et la réconciliation

Après « Michaelo », Joëlle d’Abadie a illustré « Ismaël ».

Magnifiquement illustré, ce conte de Noël nous montre qu’il y a toujours un choix possible entre la guerre et la paix, la haine et la réconciliation, le rejet et l’amour.

Cet article vous a été proposé par : odile

« Ismaël » est publié aux Editions du Triomphe.

La vie du Frère Jean de Dieu de Magallon

En 1819, Paul de Magallon est un officier démobilisé de 35 ans qui cherche sa vocation dans la France de Napoléon Bonaparte. Il deviendra le restaurateur de l’Ordre Hospitalier en France. Cet Ordre des Frères de la Charité, fondé à Grenade en 1537 par saint Jean de Dieu (1495-1550) a disparu à cause de la Révolution française. Il œuvre aujourd’hui au service des « blessés de la vie » sur les cinq continents.

Ce petit livre illustré de photos et de gravures d’époque apporte un éclairage nouveau sur cette œuvre de restauration et sur Paul de Magallon, devenu frère Jean de Dieu, ce personnage hors du commun qui professait une fidélité absolue à l’intuition de son fondateur, saint Jean de Dieu.

Paru aux Editions du Signe

Le Guide Spirituel des chemins de Saint-Jacques

 » Un voyage de mille lieux commence par un pas.  » (Lao Tseu)

Ce compagnon de route est à consulter avant le départ, tout au long du chemin et au retour.

Vingt chapitres évoquent les différentes étapes spirituelles et psychologiques du pèlerinage.

Odile Haumonté a rédigé les épisodes des vies de saints de la rubrique « le chemin des hommes », ainsi que les légendes de Saint-Jacques dans la rubrique « à lire sous les étoiles ».

L’ambassadeur enchaîné, Saint Paul

Dans le cadre de l’Année saint Paul, redécouvrons le message de cet évangélisateur hors du commun.

En l’an 8 de notre ère naît à Tarse en Cilicie un jeune juif nommé Saul. Par amour de la Loi, il pourchassera les chrétiens ; par amour du Christ, après une extraordinaire rencontre sur le chemin de Damas, devenu Paul, il subira le fouet et la prison, la lapidation et les injures, la persécution et la mort sans jamais cesser de proclamer : « Jésus est le Seigneur, à la Gloire de Dieu le Père. »

Ce roman nous entraîne à la suite de Paul sur les routes et dans les synagogues, de Damas à Rome, d’Antioche à Jérusalem, pour un voyage au cœur de l’homme : cœur endurcis de ceux qui refusent de croire en Jésus, cœurs ouverts de ceux qui se convertissent et croient à l’Evangile, cœur donné et transpercé d’amour de celui qui a dit : « Malheur à moi si je n’évangélise pas », bonheur à ceux qui écoutent son témoignage.

Collection « Les Sentinelles » n°27, Téqui 2008.

Joseph Le Secret du Juste

Saint Joseph est, selon le mot de Jean-Paul II, un « père pour le troisième millénaire ». Ce roman est une méditation sur la sainteté cachée de l’époux de Marie, personnage admirable de l’histoire du salut. Levons le voile pour en savoir davantage sur le mystère de Joseph, sur le secret du Juste.

Jeune garçon serein et travailleur, Joseph grandit en marge de ses frères et sœurs jusqu’au jour où une rencontre déterminante va bouleverser le cours de son existence. C’est alors un extraordinaire destin qui l’attend.

Quel peut bien être le parcours de ce fils de charpentier, par quelles épreuves peut-il bien être passé pour finalement devenir le père adoptif de Jésus ? Que cache Joseph pour rayonner d’une telle force et quel mystérieux secret garde t-il si précieusement ?

Paru en janvier 2008 aux Editions des Béatitudes !

Le Chemin d’Hélène

En 2002, Jean-Paul II a béatifié Hélène de Chappotin, devenue Mère Marie de la Passion, fondatrice des Franciscaines Missionnaires de Marie.

C’est la vie de la petite Hélène que raconte ce livre, dont les différents épisodes ont paru dans la revue Patapon et qui avaient enchanté les lecteurs. C’est à leur demande que ce petit livre voit le jour dans la collection des « Petits Pâtres ».

Paru en janvier 2008

« Saint Tarcisius, martyr de l’Eucharistie »

L’Eucharistie… Comme ce sacrement est grand, si grand qu’un garçon de onze ans a offert sa vie pour le protéger.

Le roman Saint Tarcisius, martyr de l’Eucharistie vient de paraître aux Editions Téqui, dans la collection « Sentinelles ».

Un livre fort et émouvant à offrir à des premiers communiants ou à de nouveaux baptisés pour les faire entrer plus profondément dans le mystère de l’Eucharistie !