EN AVENT – Jour 10 –

La Lumière

En allumant les guirlandes, les bougies, les lumignons de Noël, nous proclamons qu’il existe une espérance : les ténèbres n’ont pas remporté la victoire, car l’aube d’un jour nouveau se lève en nous et sur le monde.

« C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière », écrivait Edmond Rostand dans Chantecler. C’est dans l’épreuve et le doute qu’il est beau de croire en Dieu.

Dans l’hémisphère nord, Noël tombe au moment du solstice d’hiver, quand la nuit est la plus longue et que, peu à peu, minute par minute, les jours vont recommencer à s’allonger. Pouvons-nous, nous aussi, pas à pas, entrer dans l’espérance, non pas en courant dans un grand élan de foi, mais à pas de souris, un pied après l’autre, en tâtonnant, en hésitant ? Chaque pas sera une victoire sur les ténèbres, même un pas de souris.

Pour le dictionnaire Le Robert, l’espérance est le « sentiment qui fait entrevoir comme probable la réalisation de ce que l’on désire ». Ai-je envie de miser ma vie sur une réalité « probable » ? En revanche, voici une définition intéressante, elle concerne l’espérance mathématique : « Elle est, intuitivement, la valeur que l’on s’attend à trouver, en moyenne, si l’on répète un grand nombre de fois la même expérience aléatoire. » (Wikipédia) Eh bien, oui ! c’est exactement cela ! Dans ma prière, je m’attends à trouver Dieu. Dans les autres, mes frères et sœurs en humanité, je m’attends à trouver Dieu. Au bout du chemin, je m’attends à trouver Dieu.

L’espérance est cette lumière qui me guide : parfois, elle ne sera guère plus forte qu’une flamme vacillant au vent ; parfois, elle brillera comme un grand feu qui attire et réchauffe, ces feux que l’on allumait jadis en haut des phares pour guider les navires dans la tempête. « L’Espérance est une petite fille de rien du tout, nous dit Charles Péguy. Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière[1]. »

Sommes-nous suffisamment des témoins de l’espérance de Noël autour de nous ?

Nous sommes porteurs d’une très grande nouvelle – la certitude d’avoir été voulus, désirés, et d’être aimés tels que nous sommes ! Soyons des phares pour guider tous ceux qui errent sans but, sans sens, sans espoir, afin de les conduire vers le Christ, Soleil levant et Étoile du matin : « Je suis la Lumière du monde[2]. »


[1] C. Péguy, Le Porche du Mystère de la Deuxième Vertu, 1912.

[2] Évangile de Jean 8, 12.

Pour aller plus loin :

Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 9 –

L’Incarnation

Ce mystère de l’Incarnation est si beau et si grand que nous en faisons mémoire trois fois par jour dans la prière de l’Angélus :

– Et le Verbe s’est fait chair.

– Et il a habité parmi nous.

S’incarner veut dire « prendre chair » et même « devenir viande ». Dieu, qui préexistait à tout le créé, Dieu qui fit le Ciel et la terre et tout ce qu’ils contiennent, s’est fait embryon, s’est fait fœtus, s’est fait nouveau-né. S’est fait homme. Il a traversé trente-trois ans de notre histoire « en faisant le bien[2] ». Est-ce une assez grande preuve d’amour que Dieu nous donne là ?

« L’Incarnation, où Dieu a pris une âme et un corps d’homme, est le plus beau chef-d’œuvre de la grâce. » (Saint Augustin)

Dans une homélie du iie siècle, Méliton de Sardes explique ainsi le mystère de l’Incarnation :

« La Loi est devenue le Verbe, et, d’ancienne, elle est devenue nouvelle ; le commandement s’est transformé en grâce, la figure en vérité, l’agneau est devenu fils, la brebis est devenue homme et l’homme est devenu Dieu. […] Le Seigneur, étant Dieu, revêtit l’homme, souffrit pour celui qui souffrait, fut enchaîné pour celui qui était captif, fut jugé pour le coupable, fut enseveli pour celui qui était enseveli. »

On retrouve cette même idée chez saint Athanase : « Le Fils de Dieu s’est fait homme pour nous faire Dieu » ; chez saint Irénée de Lyon : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » ; chez saint Thomas d’Aquin : « Le Fils unique de Dieu, fait homme, fit les hommes Dieu », et chez bien d’autres théologiens.

« Comme Jésus » : voici la résolution que nous pourrions prendre pour ce temps de l’Avent et de Noël. « Que ferait Jésus à ma place ? » « Comment puis-je accueillir cette personne comme Jésus l’aurait accueillie ? » « Comment puis-je écouter cette personne comme Jésus l’aurait écoutée ? » « Comment puis-je aimer mes proches et ceux qui me sont confiés comme Jésus les aime ? »

En accueillant dans notre cœur les sentiments qui habitaient le Cœur de Jésus, en cherchant à lui ressembler et à lui correspondre, en mettant nos pas dans les siens, nous avancerons sans nous tromper jusqu’aux portes de son Royaume qu’il nous ouvrira toutes grandes : « Venez, les bénis de mon Père[5] ! »


[2] Actes des Apôtres 10, 38.

[5] Évangile de Matthieu 25, 34.

Pour aller plus loin :

Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 8 –

Le Gloria

Nous savons que cette acclamation est celle des anges à Noël pour l’avoir clamée ou fredonnée dans le chant Les anges dans nos campagnes.

Pour mieux le savourer lors de la veillée de Noël, le Gloria liturgique est supprimé à la messe pendant toute la durée de l’Avent, avec une exception : on le chante pour la solennité de l’Immaculée Conception le 8 décembre.

La gloire et la puissance

Le terme « gloire » est très présent dans la Bible. Il est associé à la puissance, la célébrité, l’honneur, le renom, la majesté, le succès… En hébreu, la gloire se dit kavôd qui signifie « être lourd, peser » alors qu’en grec, doxa signifie « la renommée, l’honneur ».

Dans l’Ancien Testament, la gloire de Dieu se manifeste toujours de façon spectaculaire : « Seigneur mon Dieu, tu es si grand ! Revêtu de magnificence, tu as pour manteau la lumière ! Comme une tenture, tu déploies les cieux, tu élèves dans leurs eaux tes demeures ; des nuées, tu te fais un char, tu t’avances sur les ailes du vent ; tu prends les vents pour messagers, pour serviteurs, les flammes des éclairs[1]. »

À Noël, le changement est radical : la gloire de Dieu, c’est sa petitesse, son humilité, sa fragilité : « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité[2]. » « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu[3]. »

Or, qu’ont vu les Apôtres de cette gloire à travers les actes de Jésus ? Pendant trois ans, ils ont vu des miracles, ils ont reçu ses enseignements. Au bout de trois ans, Jésus commença à leur annoncer sa Passion. Ses plus proches apôtres ont été les témoins de sa Transfiguration : « Jésus fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière[4]. »

Puis ce fut l’Agonie au jardin des Oliviers, sa Passion et sa mort. La gloire de Dieu prend soudain le visage du Serviteur souffrant qu’annonçait le prophète Isaïe. « La gloire de Dieu se révèle à travers l’humanité blessée de Jésus », nous dit Mgr Claude Dagens[5].


[1] Psaume 103(104), 1-4.

[2] Évangile de Jean 1, 14.

[3] Évangile de Jean 11, 40.

[4] Évangile de Matthieu 17, 2.

[5] Enseignement donné aux jeunes lors d’un pèlerinage à Lourdes, site BellocetUrt.org.

Pour aller plus loin :

Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 7 –

L’étoile

Si les décorations de Noël comportent autant d’étoiles, c’est parce que, depuis les temps anciens, le Messie est annoncé comme « l’astre de Jacob ». En Mésopotamie, en effet, le prophète Balaam prophétisa : « Ce héros, je le vois – mais pas pour maintenant – je l’aperçois – mais pas de près : Un astre se lève, issu de Jacob, un sceptre se dresse, issu d’Israël[1]. »

Puis, au moment de la naissance de Jésus, les rois mages voient « son étoile à l’orient » et se mettent en route pour le trouver et se prosterner devant lui.

Le langage de l’étoile

Il y eut au moment de la naissance de Jésus un phénomène astronomique, une conjonction des planètes (voir le passage sur les rois mages dans le chapitre « Personnages historiques »). Mais comment cette curiosité céleste – si exceptionnelle soit-elle – pouvait-elle pousser des hommes à se mettre en marche ?

C’est qu’il y a un langage de l’étoile, comme il y a un langage de la Création ! La nature n’est pas muette, elle nous parle de Dieu. Toutes les créatures gardent un lien avec leur Créateur qui veille sur elles avec tendresse et attention :

« Il compte le nombre des étoiles. Il donne à chacune un nom[2]. »

Mais avons-nous encore des oreilles pour entendre et des yeux pour voir, comme les mages qui n’ont pas hésité à suivre l’étoile, convaincus qu’elle les conduirait vers la vérité et vers la vraie foi ?

« Et vous, le soleil et la lune, bénissez le Seigneur, Et vous, les astres du ciel, bénissez le Seigneur[3]. »

Les étoiles nous parlent, mais elles ne règlent pas notre destinée ! Ne cherchons pas dans leur course le fiancé que nous attendons, le travail dont nous avons besoin, la rencontre qui va changer notre vie. Pour saint Grégoire de Naziance, en effet, l’adoration des mages signifie la fin de l’astrologie : le destin de l’humanité s’arrache aux croyances qui entendent le soumettre aux astres. Ces planètes qui portent les noms de divinités romaines : Jupiter, Saturne, Mars, Vénus… sont définitivement éclipsées par « l’astre de Jacob » qu’est Jésus ! Vous pouvez donc sans aucune crainte jeter votre horoscope à la poubelle… Aucune planète n’a d’influence sur votre vie, sur vos rencontres, sur vos échecs et votre réussite, encore moins sur vos amours. Votre existence n’est pas écrite dans les cartes, dans le marc de café ou dans les feuilles de thé, elle n’est écrite que dans le Cœur de Dieu qui connaît tout ce qui va advenir, mais qui nous laisse libres.

Cherchons l’étoile ! Car Dieu ne nous abandonne jamais, il ne nous laisse pas errer dans la nuit. Dès que, perdus et effrayés, nous crions vers Dieu – enfin ! –, lui qui nous attendait se précipite pour nous secourir, pour nous rattraper. Nous le cherchons, mais c’est lui qui nous attend depuis une éternité. Nous le trouvons, mais c’est lui qui est heureux de nous recevoir enfin dans ses bras.


[1] Livre des Nombres 24, 17.

[2] Psaume 146, 4.

[3] Livre de Daniel 3, 62-63.

[4] Lettre de saint Paul aux Éphésiens 4, 22-24.

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Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 6 –

Saint Nicolas

Nicolas est né de parents riches et très âgés, vers l’an 270, à Patara, ancien port d’Asie Mineure situé en Lycie, une province grecque rattachée à l’Empire romain, qui se trouve aujourd’hui en Turquie. Son nom, en grec Nikolaos, veut dire « la victoire du Peuple de Dieu ». Connu dans la région pour sa piété et sa générosité, Nicolas est nommé en l’an 300 évêque de Myre. Il meurt le 6 décembre 343 ou 345. De son tombeau coule une eau miraculeuse appelée « manne » qui accomplit des guérisons et des miracles. Rapidement, son culte se répand dans toute l’Europe.

Le 9 mai 1087, en raison d’une profanation possible du tombeau, les reliques de saint Nicolas sont transportées depuis Myre jusqu’à Bari en Italie.

Très nombreuses sont les légendes qui célèbrent ses miracles, accomplis de son vivant ou après sa mort.

« Ils étaient trois petits enfants… » La plus belle histoire est celle des trois petits enfants qui se sont perdus le soir en glanant dans les champs. Ils se réfugient chez le boucher, un homme cruel qui les tue et les met dans son saloir. Sept ans plus tard, Nicolas entre chez le boucher. Il s’approche du saloir et ressuscite les trois enfants. Selon la tradition, pour sa punition, le boucher devra accompagner Nicolas quand il rendra visite aux enfants chaque année. Il est devenu le père Fouettard !

De saint Nicolas au Père Noël : Saint Nicolas va traverser l’Océan et conquérir le Nouveau Monde grâce aux colons hollandais qui s’installent en 1624 à la Nouvelle-Amsterdam, c’est-à-dire New York. La première église chrétienne construite au sud de Manhattan est dédiée à saint Nicolas.Les premiers Américains gardent l’habitude de fêter saint Nicolas, mais l’imaginaire populaire vient s’emparer de leur tradition pour la déformer : saint Nicolas perd ses attributs d’évêque, l’âne se transforme en renne, santa Claus (saint Nicolas) devient seulement « Santa ». Il est vêtu de rouge, de vert et d’or. En 1931, Coca-Cola lance une campagne publicitaire à l’approche de Noël et transforme alors l’évêque Nicolas en un bon vieillard souriant, vêtu d’un manteau et d’un bonnet rouges bordés de fourrure blanche, puisant généreusement dans sa hotte garnie de jouets.

Cependant, saint Nicolas n’est pas oublié dans l’Est de la France et dans l’Est de l’Europe où il est toujours joyeusement fêté. Et ses visites dans les écoles font la joie des petits !

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Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 5 –

La Couronne de l’Avent

La couronne de l’Avent est confectionnée le premier dimanche de l’Avent ; traditionnellement, elle est faite de branches de sapin (restant vert, il symbolise la vie) et de rubans de satin rouge, et garnie de quatre bougies : une pour chaque dimanche de l’Avent, que l’on allumera à mesure que l’on approche de Noël. On trouvera la couronne de l’Avent à la maison comme dans nos églises, bien qu’elle ne constitue pas un ornement liturgique.

Aujourd’hui, la couronne est devenue un élément de la décoration de Noël : en branchages ou en osier, elle est souvent accrochée à la porte d’entrée en signe de bienvenue.

Elle fut inventée en 1839 par un pasteur allemand. Il avait fondé une œuvre pour s’occuper d’enfants pauvres et d’orphelins ; comme ils étaient impatients de voir arriver Noël et lui demandaient sans cesse s’il restait encore beaucoup de temps, il fabriqua une grande couronne avec des petites bougies pour les jours et quatre grosses bougies pour les dimanches ; chaque matin, il allumait une bougie et les enfants comprenaient combien de jours les séparaient encore de Noël. L’usage s’en est répandu en ne gardant que les quatre grosses bougies dès 1860 dans toute l’Allemagne, puis peu à peu dans tous les pays.

Les quatre bougies représentent les quatre dimanches de l’Avent. Nous pouvons également y voir les quatre étapes par lesquelles nous passons pour être sauvés :

– le pardon ;

– la foi ;

– la joie ;

– la paix.

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Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 4 –

La Crèche

D’un lieu d’habitation, la crèche est devenue un objet : c’est l’ensemble des personnages et des éléments de décor que l’on dispose chaque année pour représenter la scène de la Nativité. Ce sont les Jésuites qui ont répandu au xvie siècle ces crèches miniatures car ils y voyaient un bon moyen d’évangéliser et de parler de la naissance de Jésus.

Le mot crèche vient du latin cripia qui veut dire « mangeoire ». C’était donc à l’origine la mangeoire dans laquelle Marie a couché Jésus. Aujourd’hui, le mot désigne le lieu tout entier, une grotte qui servait d’étable.

La crèche provençale que l’on trouve dans les marchés de Noël date du xixe siècle. Les personnages furent d’abord fabriqués en mie de pain, puis on les fit en argile pour mieux les conserver. On a alors commencé à appeler ces figurines des santons, c’est-à-dire des « petits saints », santouns.

« Dans nos crèches, nous dit le pape François, nous avons l’habitude de mettre de nombreux santons symboliques. Tout d’abord, ceux des mendiants et des personnes qui ne connaissent pas d’autre abondance que celle du cœur. Eux aussi sont proches de l’Enfant Jésus à part entière, sans que personne puisse les expulser ou les éloigner du berceau improvisé, car ces pauvres qui l’entourent ne détonnent pas au décor. Les pauvres, en effet, sont les privilégiés de ce mystère et, souvent, les plus aptes à reconnaître la présence de Dieu parmi nous. […] Dans ce monde nouveau inauguré par Jésus, il y a de la place pour tout ce qui est humain et pour toute créature. Du berger au forgeron, du boulanger au musicien, de la femme qui porte une cruche d’eau aux enfants qui jouent… : tout cela représente la sainteté au quotidien, la joie d’accomplir les choses de la vie courante d’une manière extraordinaire, lorsque Jésus partage sa vie divine avec nous[2]. »

Ce monde en miniature reflète l’humanité en marche vers l’Enfant qui lui apporte le message d’un amour infini.

Le Noël de Greccio

La première crèche vivante a été inventée par saint François d’Assise à Greccio, dans le centre de l’Italie, en 1223. Cette année-là, François souhaite vivre la fête de la Nativité avec une ferveur encore plus grande qu’à l’accoutumée. Il médite longuement sur la naissance de Jésus à Bethléem.

– Je veux le voir, dit-il, de mes yeux, tel qu’il était, couché dans une mangeoire et dormant sur le foin, entre un bœuf et un âne.

En entendant ces mots, un riche habitant du pays et ami fidèle de François, nommé Jean, se précipite et met en place tout ce qu’il faut dans une grotte des environs : « On prépare une crèche, on apporte du foin, on conduit un bœuf et un âne[4]. » La nuit venue, chacun est invité à se rendre sur le lieu de la célébration : « Les frères furent convoqués de plusieurs lieux : les hommes et les femmes de ce pays, chacun comme il le peut, préparent en exultant des cierges et des torches pour illuminer la nuit, elle qui a illuminé tous les jours et toutes les années de son astre scintillant. » Quand François entre dans l’église, il est envahi par une grande joie :

– Greccio est devenu un nouveau Bethléem !


[1] La Pastorale des Santons de Provence, texte d’Yvan Audouard, 1960.

[2] Pape François, Lettre apostolique Admirabile signum, « Un signe merveilleux », 1er décembre 2019, § 6.7.

[3] Odile Haumonté, « Le mot du mois », Des fourmis et des hommes, site : odilehaumonte.wordpress.com, 29/01/2018.

[4] Thomas de Celano, Vie du Bienheureux François, ch. 30, «La crèche qu’il fait le jour de Noël».

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Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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EN AVENT – Jour 3 –

Le Calendrier de l’Avent

On en trouve à l’effigie de La reine des neiges ou même proposés par des parfumeurs. Pourtant, avant de devenir un objet commercial rempli de cadeaux, de chocolats, de thé, de bières… le calendrier de l’Avent avait vocation à aider les enfants à attendre Noël de manière à la fois pédagogique et spirituelle : cases à colorier en suivant le temps liturgique, éléments à ajouter dans la crèche, prières ou bonnes résolutions… Mais, pour manger des chocolats, on attendait Noël.

Cette tradition remonte à 1908 lorsqu’un éditeur allemand eut l’idée de commercialiser des images pieuses à mettre sur un décor en carton du 1er au 25 décembre. En 1920, les petites fenêtres à ouvrir apparaissent. C’est en 1958 qu’on y met des chocolats.La patience qu’il faut pour ouvrir une fenêtre par jour sans tricher (qui a déjà vidé son calendrier dès le 2 décembre ?) nous rappelle que l’Avent est le temps de l’attente et du désir.

Savoir attendre… C’est l’attente de Marie qui a senti son enfant grandir en elle pendant neuf mois. C’est l’attente du peuple d’Israël qui aspire au salut. C’est l’attente de toute la Création qui veut retrouver la pleine communion avec son Créateur. C’est l’attente de toute l’humanité qui cherche un sens, qui tâtonne dans les ténèbres en quête de la lumière, qui veut rencontrer l’amour que son cœur appelle désespérément.

Savoir attendre… Quand on attend, c’est que quelqu’un doit arriver. C’est un avant-goût du bonheur.

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EN AVENT – Jour 2 –

Les bergers

Dans l’Évangile, Jésus se présente comme « le Bon Berger », pris de compassion pour l’humanité qui erre tel un troupeau abandonné, sans guide, sans protection, à la merci des loups, des ours et des voleurs ; mais, dès l’Ancien Testament, Dieu est considéré comme ce berger attentionné qui prend soin de ses brebis : « Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre[1]. »

Les mauvais garçons à la Crèche

Abel, le fils d’Adam et Ève, fut le premier berger de l’histoire de l’humanité : « Abel devint berger, et Caïn cultivait la terre[2]. »

« Les patriarches et les premiers Hébreux furent nomades et bergers ; Abraham, Isaac, Jacob et ses douze fils voyagent, conduisant après eux de nombreux troupeaux de chèvres, de brebis, de bœufs, d’ânes et de chameaux, qu’ils mènent paître dans les steppes solitaires de Canaan, de l’Égypte ou de l’Arabie », nous apprend le Dictionnaire Biblique de Jean-Augustin Bost (1865).

Moïse fut berger lui aussi pour son beau-père après avoir fui l’Égypte, et le jeune David gardait les troupeaux de son père Jessé quand le prophète Samuel vint le choisir comme roi.

Au temps de Jésus, on trouve deux sortes de bergers : d’une part, le troupeau familial de quelques bêtes – une ou deux chèvres, deux moutons, un mulet ou une vache – est mené par un enfant du foyer, généralement le plus jeune fils ; d’autre part, les grands troupeaux des riches exploitants sont conduits vers les étendues non-cultivables – ce que la Bible appelle « le désert », mais qui n’est pas forcément aride – et gardés par des mercenaires. Ces bergers professionnels sont considérés comme des marginaux, prompts à la bagarre et de réputation douteuse : « Nous pourrions comparer la situation des bergers du temps de Jésus à celle des célèbres cow-boys du Far West au début du xxe siècle. Solides garçons agiles et efficaces, parfois un peu trop primaires et violents, dont il convenait de se méfier[3]. »

Employés pour garder plusieurs milliers de bêtes – moutons ou chèvres –, ils ne manquent ni de compétences ni de savoir-faire, ne s’étonnant et ne s’effrayant de rien ; cependant, à la parole de l’ange, ils n’hésitent pas à laisser les troupeaux pour venir jusqu’à la ville « voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous fait connaître[4] ».

De nos jours, la crosse des évêques rappelle le bâton des bergers, arrondi au bout pour leur permettre de mieux ramener au cœur du troupeau la brebis qui s’éloigne. Comme le pasteur qui veille sur ses brebis, les évêques veillent au nom de Jésus sur les fidèles de leur diocèse et sur les prêtres qu’ils envoient en mission.


[1] Psaume 22, 1-3.

[2] Livre de la Genèse 4, 2.

[3] Étienne Dahler, Une terre et des hommes, EdB, 2001, chapitre « Les bergers ».

[4] Évangile de Luc 2, 15.

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EN AVENT – Jour 1 –

L’Avent

L’Avent est la période qui précède Noël, fêté le 25 décembre. Sa durée peut être variable, contrairement au Carême qui est toujours de quarante jours.

L’Avent compte forcément quatre dimanches, donc il est le plus court quand le 25 décembre tombe un lundi : en effet, on fête alors, le samedi soir et le dimanche matin, le quatrième dimanche de l’Avent, puis, le soir même, c’est la veillée de Noël. L’Avent est le plus long quand le 25 décembre tombe un dimanche (ce qui est le cas en 2022), car il y a alors une semaine entière entre le quatrième dimanche de l’Avent et Noël, ce qui n’arrive pas quand Noël tombe un mercredi (2024) ou un vendredi (2026).

L’Avent marque le début d’une nouvelle année liturgique. Il commence au plus tôt le 27 novembre et au plus tard le 3 décembre ; il se termine toujours le 24 décembre avec la veillée de Noël.

Le mot Avent ne vient pas du mot « avant [Noël] » mal orthographié, mais du mot latin adventus, qui signifie « avènement, ce qui doit venir, ce qui arrive ». L’Avent est le temps de l’attente : l’attente de Noël, mais surtout l’attente de l’avènement du Christ à la fin des temps. Comme nous le proclamons à chaque messe : « Nous attendons ta venue dans la gloire[1]. »

Un temps de conversion

Les religieux appellent ce temps « le petit Carême » car il présente des points de ressemblance avec le Carême, au sens où nous sommes invités à purifier nos cœurs pour nous préparer à la grande fête de Noël. La dimension de pénitence[2] et de conversion est moins présente dans l’Avent que dans le Carême : c’est le temps de l’espérance. Pourtant, aux dires de certains moines, c’est une période de « décapage » spirituel : « Tandis que le Carême est une période rude où nous sommes conduits au désert, mais marquée de grandes grâces et de consolations, l’Avent est au contraire le moment où les moines sont le plus tentés de faire leur valise et de s’enfuir ! » me confia une sœur consacrée lors d’une retraite.

Concernant la liturgie, pendant l’Avent comme pendant le Carême, on ne chante plus le Gloria – pour mieux faire retentir celui des anges dans la nuit sainte ! Mais c’est le seul élément qui est omis : l’Alléluia est toujours chanté. La couleur liturgique de l’Avent est le violet, comme pendant le Carême.


[1] Anamnèse.

[2] L’Église a d’ailleurs supprimé les jours de jeûne obligatoire pendant l’Avent, qui existaient autrefois.

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Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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