Dans l’Ancien Testament, quand il est question de « la coupe », il s’agit de la colère de Dieu contre le péché des hommes, il s’agit d’une punition. Avec Jésus, dans son agonie au Jardin des Oliviers, la coupe s’approche de ses lèvres et il la reçoit dans une angoisse mortelle, au point que sa sueur se change en « grosses gouttes de sang qui tombent jusqu’à terre » (Luc 22, 44), les médecins nous disent que cela peut arriver dans des moments de très profonde angoisse. Jésus prie son Père pour que cette coupe s’éloigne de lui… s’il est possible.
Pendant un instant, une seconde dans laquelle il est pleinement homme, abandonné comme il nous semble l’être parfois, Jésus cherche une autre possibilité pour qu’advienne le salut de l’humanité. Puis il se reprend, se raccroche à la raison d’être de son Incarnation : faire la volonté de son Père, lui être uni en toutes choses. « Non pas ma volonté, mais ta Volonté. » La Volonté du Père est son point d’ancrage, sa nourriture, sa joie sans fin ! Et ses lèvres pures se posent sur la coupe immonde de nos péchés. Il embrasse nos chutes comme il embrasse l’éponge chargée de vinaigre, après avoir refusé le vin mêlé de myrrhe, plus doux et parfumé, et qui est surtout anesthésiant. Oh ! baiser de Dieu qui vient nous relever ! Dieu a cherché Adam dans le jardin de la trahison : « Où es-tu ? » Il a espéré que l’homme déchu vienne se jeter à ses pieds : avec quelle joie il lui aurait accordé le baiser du pardon. Mais l’homme et la femme se sont cachés. Ils ont peur de la miséricorde, peur du regard trop pur et trop innocent de leur Père se posant sur leur nudité dévoilée, sur leur humanité avilie.
Jésus est venue dans notre nature humaine pour nous donner ce baiser et le perpétuer jusqu’à la fin des siècles : « Prenez et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui sera versée pour vous et pour la multitude, en rémission des péchés. » (Paroles de la consécration du vin)
La coupe de l’amertume est devenue le calice de la rédemption, la coupe du salut devant laquelle nous nous inclinons à chaque Eucharistie. Quel mystère ! Entrons dans cette Semaine sainte en accompagnant Jésus chaque jour dans son agonie à Gethsémani, comme nous le pourrons, au milieu de nos obligations professionnelles et familiales : une heure, vingt minutes, trois minutes… mais de tout notre cœur.
Belle marche vers la joie de Pâques, car la Passion n’existe que pour et par la Résurrection !
Odile







