« Homme et femme il les fit »

C’est aujourd’hui la journée internationale des femmes et pour m’accompagner dans cette chronique, j’ai invité deux femmes bien différentes : sainte Zélie Martin et sainte Élisabeth de la Trinité.

1. Épouse modèle ou modèle des épouses : sainte Zélie Martin

Zélie Guérin, dentellière, essuie un refus quand elle veut entrer au couvent et elle épouse un jeune homme, Louis Martin, qui, ayant été lui aussi refusé au monastère du Grand-Saint-Bernard, est devenu horloger. 

Femme d’affaires, Zélie développe sa petite entreprise de point d’Alençon, si bien que son mari arrêtera son travail d’horloger pour la seconder. Elle veille comme une mère sur les ouvrières qu’elle fait travailler. Quand l’une d’elles tombe malade, elle lui vient en aide et lui promet que sa place lui sera gardée. 

Comme épouse, elle est entièrement dévouée à son cher Louis qu’elle aime tendrement : « Je suis très heureuse avec lui, dit-elle, il me rend la vie bien douce. C’est un saint homme que mon mari, j’en désire un pareil à toutes les femmes. » Cependant, bien qu’il soit doux et patient, venant d’une famille de militaires, Louis entend être obéi. Zélie nous semble vraiment contemporaine lorsqu’elle écrit avec humour à sa belle-sœur : « Quand je dis à quelqu’un : “Mon mari ne veut pas”, c’est que je n’ai pas plus envie que lui de la chose. Car sinon, je sais bien l’y décider », avec douceur et patience.

Enfin, c’est une mère tendre et joyeuse qui aime jouer avec ses filles : « Je me suis amusée comme un enfant aux jeux de patience, j’ai payé mon enfantillage : j’avais à faire un envoi de dentelles très pressé, il a fallu rattraper le temps perdu et veiller jusqu’à une heure du matin. » Elle fait à sa belle-sœur des récits pleins d’humour de leur vie quotidienne, comme cette scène d’un goûter animé : « Marie veut des beignets, les autres des gâteaux, d’autres des marrons ; moi, je voudrais bien la paix. »

Éducatrice hors pair, c’est d’abord la foi chrétienne qu’elle veut leur transmettre. Souvent, elle prend ses filles sur ses genoux et leur raconte des scènes d’Évangile ou des épisodes de la vie des saints. Le soir, la prière rassemble toute la famille.

2. Une femme du silence intérieur, sainte Élisabeth de la Trinité

Jeune fille passionnée, pianiste de talent, Élisabeth Catez entre au Carmel de Dijon à 21 ans. Sa vocation est d’être « une louange de gloire ».

En novembre 1904, elle écrit sa célèbre prière : Ô mon Dieu, Trinité que j’adore. Deux ans plus tard, elle tombe gravement malade. À sa prieure qui lui demande si, comme la Petite Thérèse, elle passera son Ciel « à faire du bien sur la terre », Élisabeth répond que non : comme une petite fusée, elle s’envolera tout droit prendre sa place au cœur de la sainte Trinité.

Elle ajoute : « Il me semble qu’au Ciel, ma mission sera d’attirer les âmes dans le recueillement intérieur ; de les garder en ce grand silence du dedans qui permet à Dieu de s’imprimer en elles, de les transformer en Lui. »

Que l’exemple de ces deux saintes puisse aider chaque femme à trouver sa mission dans le monde et dans l’Église. Au commencement, le sixième jour, Dieu créa l’homme ; « à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme » (Gn 1, 27), et il donna à chacun sa place, son rôle spécifique, sa mission unique.

Confions cette journée de la femme à Celle qui est « bénie entre toutes les femmes », la Vierge Marie, notre Mère et notre Reine.

Pour écouter cet article :

À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du mercredi 8 mars 2023.

Pour aller plus loin :

Odile Haumonté, Saint Louis et Zélie Martin – Aimer c’est tout donner, Pierre Téqui éditeur.

Odile Haumonté, Élisabeth de la Trinité et sa sœur Guite – Louange de gloire à quatre mains, EdB.

Crédits photo © PIXABAY D.R.

– LE MOT DU LUNDI – Vivre le Carême avec Benoît XVI

Alors que nous venons d’entrer dans le Carême, qui mieux que Benoît XVI peut nous aider à vivre ce temps de cœur à cœur avec Dieu ? Nous l’avions presque oublié après sa renonciation en 2013. Or, il a mené durant dix ans une vie de prière et de silence, à l’image de son patron saint Joseph, soutenu par la musique qu’il aimait tant, lui qui avait fait entrer un piano au Vatican. Sa mort le dernier jour de l’année 2022 a remis en lumière ses écrits nombreux et importants, nous rappelant quel grand théologien et quel chercheur de la vérité Benoît XVI fut – et resta jusqu’à la fin de sa vie. Il nous donne deux pistes pour vivre pleinement ce Carême de temps de crise.

Première piste : Que nous soyons des « coopérateurs de la Vérité »

Joseph Ratzinger était un spécialiste de saint Augustin, dont il admirait la quête sincère de vérité, alors même qu’il se fourvoyait dans une secte. Il connaissait l’œuvre de saint Augustin sur le bout des doigts, l’ayant étudiée et commentée, et pourtant, il fut touché par une légende que l’on attribue à saint Augustin, mais qui ne figure pas dans les écrits du saint évêque d’Hippone. Dans cette légende, un théologien rencontre, au bord de la mer, un enfant qui s’efforce de faire entrer tout l’océan dans un trou à l’aide d’un coquillage. L’homme veut faire remarquer à l’enfant combien sa tentative est vouée à l’échec, quand il réalise qu’il a sous les yeux l’image même de ce qu’il tente d’accomplir : faire entrer l’océan des mystères de Dieu dans le petit trou qu’est l’intelligence humaine. Benoît XVI, pour se souvenir de garder toujours l’humilité dans sa recherche de la vérité, fit mettre le coquillage de la légende sur son blason d’évêque, puis de pape. Il choisit comme devise : « coopérateurs de la Vérité ».

Que nous aussi, durant ce Carême, nous soyons des coopérateurs de la Vérité, des chercheurs de la Vérité dans une société où c’est, au contraire : « À chacun sa vérité », dans un relativisme qui est source d’angoisses et d’errances. « La vérité vous rendra libres », nous promet Jésus (Jean 8, 32).

Deuxième piste : Que nous soyons libres

Benoît XVI, quand il apparut au balcon de la basilique Saint-Pierre juste après son élection, fut effaré de voir la foule des fidèles lever vers lui leurs téléphones portables. Il interrogea un proche collaborateur : « Que font-ils ? » « Ils vous prennent en photo, Très Saint Père ! » Benoît XVI avait en effet cette naïveté émouvante : il se tenait au courant de tous les événements sociaux et politiques du monde, mais les avancées technologiques ne l’intéressaient guère.

Il nous invite ainsi à remettre à leur juste place les nouvelles technologies qui nous prennent tant de temps et même d’argent ! Mettons notre fréquentation des réseaux sociaux dans la lumière de la Vérité et demandons-nous si le temps que nous y passons est bien pour la Gloire de Dieu et pour l’évangélisation de ceux qui cherchent un sens à leur vie. Si ce n’est pas le cas, comment pourrions-nous remettre tout cela en place en profitant du temps propice du Carême ?

Après Jean-Paul Ier et saint Jean-Paul II, Benoît XVI fut lui aussi un « Pape du sourire », ce sourire doux, presque timide, enfantin, lumineux.

Et si notre Carême commençait cette année par la résolution du sourire, par le vœu de la joie, si cher à Mère Teresa ?

Pour écouter cet article : 

* À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du 8 février 2023.

– LE MOT DU LUNDI – Une rançon pour l’Enfant Jésus

Je m’apprêtais, alors que l’année nouvelle est déjà bien entamée, à vous parler des bonnes résolutions de janvier, un thème que j’aime bien développer, quand un fait divers a attiré mon attention.

Dans une ville de Catalogne, des voleurs se sont emparés du petit Jésus de la crèche paroissiale. Dans une vidéo où ils apparaissaient avec le visage masqué et la voix déformée, ils ont réclamé une rançon de dix mille euros en échange de la restitution du santon de l’Enfant Jésus.

Derrière l’anecdote à la fois insolite et navrante, je m’interroge : si nous devions monnayer notre foi, combien vaudrait l’entrée à la messe ? Et le tarif varierait-il en fonction du célébrant ? Combien aurions-nous à payer pour une heure d’adoration, pour un chapelet ? Quel serait le prix d’une hostie consacrée ?

Si l’offre crée la demande, peut-être qu’alors, nos églises se rempliront au point qu’il sera nécessaire de réserver nos places longtemps à l’avance ? Les rois mages que nous fêtions dimanche sont bien arrivés jusqu’à Jésus avec des cadeaux précieux : de l’or, de l’encens, de la myrrhe.

Est-ce que la communion nous semblerait plus précieuse si nous devions la payer ? Nous en sommes arrivés à ne mesurer la valeur des choses que par le prix qu’elles coûtent. Alors, combien sommes-nous prêts à verser pour une petite hostie dont nous croyons qu’elle est le pain de vie, le corps vivant du Christ ressuscité ?

Dans le même ordre d’idées, le saint Curé d’Ars disait que s’il n’y avait qu’une seule messe célébrée dans le monde, nous nous y précipiterions. Quel mystère que celui de la grandeur cachée de la foi catholique ! Comme Jésus qui vécut trente ans de vie cachée, l’Église vit les mystères de la foi de façon cachée et ordinaire, ce temps ordinaire dans lequel nous allons justement revenir à partir de demain, après la célébration du Baptême de Jésus en ce 9 janvier.

Le miracle de la messe se produit chaque jour dans toutes les paroisses de la terre ; le miracle de la rencontre entre Jésus et nous se produit à chaque fois que nous prions. Et pourtant, nous ne sommes pas émerveillés, subjugués, confondus devant tant de grandeur et tant d’amour.

Car c’est une histoire d’amour, bien sûr. L’amour d’un Dieu qui est venu nous rejoindre sur la terre parce que nous n’allions pas assez vite le retrouver au ciel. L’amour d’un Dieu qui s’est fait petit enfant parce que nous avions trop peur du Père tout-puissant.

Prenons Jésus en otage dans nos cœurs. Disons-lui comme Jacob à l’ange après sa nuit de combat : « Jésus, je te tiens et je ne te lâcherai pas avant que tu ne m’aies béni. » La Petite Thérèse appelait Jésus « le Divin Prisonnier » parce qu’il acceptait d’habiter dans l’espace étroit de son âme.

Tout au long de cette année qui commence, faisons mémoire des bienfaits de Dieu : une naissance ou un mariage, l’exaucement d’une prière, la guérison d’un malade, une réconciliation dans la famille. Et toutes ces grâces, ne les attendons pas passivement, sachons les provoquer ; c’est vrai, l’amour de Dieu ne s’achète pas. Mais nous pouvons le réveiller en nous par notre ardeur, par nos actes : une neuvaine, un pèlerinage, un entretien spirituel avec un prêtre ou une religieuse, une retraite. Organisons nos temps de ressourcement dans la foi avec autant de minutie et de motivation que nos vacances. Nous pourrons alors nous exclamer comme la Fiancée du Cantique des cantiques : « J’ai trouvé celui que mon âme désire ; je l’ai saisi et je ne le lâcherai pas » (Ct 3, 4).

Pour écouter cet article :

* À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du mercredi 11 janvier 2023.

** Crédits photo : Falco © Pixabay

– LE MOT DU LUNDI – Les mains vides

Nous voici déjà au milieu de l’Avent et nous avons certainement bien avancé dans nos achats de Noël et nos préparatifs.

Or, nous fêtions la semaine dernière saint Nicolas. Le saint patron des enfants a vécu comme un pauvre et s’est présenté devant Dieu les mains vides, car, contrairement au jeune homme riche de l’Évangile, il n’était pas parti tout triste en entendant l’appel du Seigneur. Au contraire, joyeux de suivre le Christ, il a tout distribué de ses immenses richesses pour faire le bien autour de lui, sans rien garder.

Sainte Odile, que nous fêtons dans deux jours, le mercredi 14 décembre, a tout donné, elle aussi. Sa vie ressemble à un roman d’aventures plein de rebondissements. À sa naissance, quand son père, le riche et puissant duc d’Alsace, découvre à la fois que c’est une fille et qu’elle est aveugle, il décide de la tuer.

Les prières de sa mère, fervente chrétienne, lui sauvent la vie et elle grandit dans le monastère de Baume-les-Dames, près de Besançon. À quinze ans, un évêque vient la baptiser et elle recouvre la vue. La petite fille qui n’a pas de nom est alors appelée Odile, ce qui signifie « lumière de Dieu ». Comme elle rêve de connaître sa famille, elle parvient à contacter son frère qui organise secrètement son retour. Voyant cela, son père tue le jeune homme et condamne Odile à vivre comme une servante. Un jour, il la voit s’occuper d’un malade et son cœur est touché, il veut sa fille aînée auprès de lui. Il la comble de richesses et d’honneurs. Lorsqu’un prince allemand demande la main de la jeune fille en mariage, le Duc accepte. Odile, qui veut consacrer sa vie à Jésus, s’enfuit.

Son père, cette fois, se convertit vraiment et lui promet de la laisser suivre sa vocation. Il remet ses richesses entre ses mains et Odile bâtit un premier monastère à Obernai, puis un deuxième au sommet de la montagne, qui deviendra plus tard le Mont-Sainte-Odile. Un jour, elle rencontre un pauvre aveugle tombé au bord du chemin. Les mains vides, elle ne peut pas lui venir en aide alors qu’il réclame un peu d’eau. Poussée par la foi, elle frappe un rocher et une source jaillit, qui coule encore de nos jours.

En ce milieu de l’Avent, qu’en est-il de nous ? Avons-nous les mains remplies de cadeaux et de décorations, la tête remplie de soucis et de To do lists – listes de choses à faire – mais le cœur vide ?

Redisons ces mots de la Petite Thérèse : « Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides, car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes œuvres. […] Je ne veux point d’autre Trône et d’autre Couronne que Vous, ô mon Bien-Aimé ! » (extrait de l’Acte d’offrande à l’Amour miséricordieux)

Les saints ont les mains vides, mais le cœur rempli de Dieu ! Dans notre marche vers Noël, mettons-nous à leur école : que nos mains soient vides pour pouvoir s’ouvrir devant le Seigneur dans la prière ; que nos mains soient vides pour pouvoir s’ouvrir devant nos frères dans un geste fraternel.

Bien sûr que nous offrirons des cadeaux à ceux que nous aimons ; bien sûr que nous leur préparerons un bon repas dans une maison chaleureuse et joliment décorée. Mais, surtout, nous leur apportons le plus beau cadeau, l’Enfant Jésus lui-même avec la paix et la joie qui n’ont pas de fin.

Belle préparation à Noël !

À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du mercredi 14 décembre 2022.

Illustration d’Armelle Talvande, tirée du conte de Noël Le brigand de la crèche, Pierre Téqui éditeur, 2022.

– LE MOT DU LUNDI – La sainteté est-elle pour moi ?

En entrant dans l’Avent, nous sommes peut-être habités par un questionnement sur la sainteté. Nous avons certainement l’habitude d’écouter ou de lire des vies de saints, des citations, des enseignements, des prières des saints, et nous essayons de les mettre en pratique, mais que représente vraiment la sainteté pour chacun de nous, pour vous, pour moi ? Si la sainteté n’est pas évidente à définir, il est du moins facile de dire ce qu’elle n’est pas.

Premier point : La sainteté n’est pas la perfection

Sainte Bernadette de Lourdes affirmait : « Je voudrais qu’on dise les défauts des Saints et ce qu’ils ont fait pour se corriger ; cela nous servirait bien plus que leurs miracles et leurs extases. » L’exemple des saints veut nous protéger du découragement : en effet, nous découvrons qu’ils ont été comme nous colériques, rancuniers, angoissés, tenaillés par le doute, envahis par la révolte. Nous pouvons retrouver en eux tous nos défauts. La sainteté ne consiste donc pas à être parfaits, irréprochables, à ne plus jamais pécher ; la sainteté est cette confiance en Dieu et en nos frères qui nous pousse à nous relever sans cesse et à revenir : revenir vers Dieu même si nous sommes dans le doute ou la sécheresse ; revenir vers nos frères même s’ils nous ont blessés ou rejetés. Sainte Thérèse d’Avila nous invite à demeurer dans cette confiance avec un cœur égal dans nos réussites comme dans nos échecs, dans nos joies comme dans nos chutes : « Que rien ne te trouble, que rien ne t’effraie. Tout s’en va. Dieu demeure. » C’est nous qui nous éloignons de Dieu ; le Seigneur, lui, est toujours là pour nous et il nous attend. « Revenons à lui de tout notre cœur. »

Deuxième point : La sainteté n’est pas réservée à une élite

« Tous sont appelés à la sainteté », nous dit le Catéchisme de l’Église catholique (§ 2013). La sainteté est notre mission et c’est dans notre vie de tous les jours que nous accomplirons cette mission. Regardons les saints : certains ont été appelés à fonder des ordres religieux, d’autres à partir pour évangéliser la Chine ou la Russie, d’autres enfin à devenir de grands théologiens. Ce sont ceux que la Petite Thérèse appelle « les grands aigles ». À côté d’eux, il y a « les petits oiseaux », ceux qui n’ont pas laissé d’œuvres grandioses, mais qui ont mis un amour de Dieu extraordinaire dans leur vie ordinaire. Sainte Élisabeth de la Trinité disait du fond de son Carmel de Dijon : « Je fais tout avec Dieu, que je balaye, que je travaille ou que je sois à l’oraison. »

Et saint Jean de la Croix recommandait : « Que vous mangiez, que vous buviez […], que vous parliez, ou que vous fassiez toute autre chose, entretenez constamment en vous le désir de Dieu. » Nous pouvons trouver Dieu dans nos casseroles, comme sainte Thérèse d’Avila, ou dans notre ordinateur, comme le bienheureux Carlo Acutis. Alors, qu’est-ce qui distingue les saints, quel est le « petit plus » de cette vie tout ordinaire, sinon « la joie parfaite » de saint François d’Assise ? Le bienheureux Pier Giorgio Frassati, donné en exemple aux jeunes par le pape Jean-Paul II, disait à sa sœur : « Tu me demandes si je suis joyeux, mais comment ne pas l’être, tant que la foi me donne de la force ? Je suis toujours joyeux ! La tristesse ne devrait pas exister dans l’âme des catholiques ! » À l’école des saints, motivés par leur exemple et soutenus par leur prière, recevons, nous aussi, le secret de la vraie joie qui est la clé de la sainteté.

Pour aller plus loin : voir le livre d’Odile Haumonté, Vivre aujourd’hui avec les saints, Salvator, 2022.

Pour écouter cet article en podcast sur RCF Lorraine Nancy : émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du mercredi 16 novembre 2022.

Crédits photo : Bruno/Germany © Pixabay

– LE MOT DU LUNDI – Trouver sa place, avec le saint Curé d’Ars

Nous fêterons le 4 août saint Jean-Marie Vianney, le célèbre Curé d’Ars, dont on connaît l’esprit de pauvreté – ses confrères prêtres n’aimaient guère être invités chez lui pour manger des pommes de terre pourries et des croûtes de pain moisies, tant il se souciait peu de ce qu’il y avait dans son assiette – et l’extraordinaire rayonnement : les foules faisaient la queue jour et nuit à la porte de l’église pour le voir célébrer la messe ou pour se confesser à lui. Pourtant, il souffrait du complexe de l’imposteur. Il ne se reconnaissait pas dans cette célébrité. Humble et petit, il avait l’impression d’usurper cette place de prédicateur brillant, de confesseur exceptionnel qu’on lui reconnaissait. Aujourd’hui, que peut-il nous dire pour nousaider à trouver notre place ?

D’abord, que nous nous sentions appelés

Jean-Marie, né en 1786, a grandi sous la Révolution. À onze ans, il ne s’était encore jamais confessé quand il rencontra l’abbé Groboz, un missionnaire pourchassé qui s’était caché pour quelques jours dans la famille Vianney. Cette première confession le marqua tellement qu’il ressentit le désir de devenir prêtre pour annoncer aux gens, et surtout aux grands pécheurs, la miséricorde de Dieu. Sa vocation était née. Commença alors un dur chemin, celui des études. Jean-Marie n’était pas doué pour apprendre, notamment le latin, il était même « d’une nullité décourageante » comme le lui dit son supérieur de Lyon en le renvoyant du séminaire. Alors qu’il s’apprêtait à renoncer sous le poids du désespoir, une voix résonna aux oreilles de son cœur : « Tu seras prêtre. » Jean-Marie s’accrocha et, avec l’aide de son vieux curé qui l’avait pris sous sa protection, il parvint à passer les examens et à être ordonné prêtre le 13 août 1815.

Ensuite, que nous nous laissions envoyer

En 1818, l’abbé Vianney est envoyé comme chapelain dans un petit village de l’Ain, Ars. Cette commune de 230 habitants n’est même pas une paroisse à part entière. Le vicaire général de Lyon lui confie cette mission en lui disant : « Il n’y a pas beaucoup d’amour du Bon Dieu dans cette ancienne paroisse. Vous en mettrez. » Le « petit Curé » comme on l’appelle affectueusement se met au travail. Il embellit l’église, insiste sur la nécessité des sacrements, se fait proche des habitants qu’il visite dans les champs et dans leurs fermes. Il dort très peu, mange encore moins, tout son temps est donné pour Dieu et pour ses paroissiens. Ceux-ci, peu à peu, se laissent toucher et reviennent à l’église. Puis, à partir de 1830, ce sont des foules de plus en plus nombreuses qui viennent à Ars, attirées par sa réputation de sainteté. L’année de sa mort, ce furent 80 000 personnes qui vinrent à Ars chercher, auprès de l’humble curé de campagne, la révélation de l’amour infini de Dieu.

Enfin, que nous acceptions de durer

« Laissez-moi partir ! » suppliait-il en pleurant. Plus les gens l’adulaient comme un saint, plus il sombrait dans l’abattement car il se croyait destiné à l’enfer. « Ma tentation, disait-il, c’est le désespoir. » Il pensait que si ses fidèles le voyaient tel qu’il était, ils se détourneraient aussitôt de lui. Il se croyait indigne de la confiance de ses supérieurs et incapable d’accomplir la mission qui lui était confiée. À plusieurs reprises, il tenta de s’enfuir à la faveur de la nuit, mais il y avait toujours quelqu’un pour le reconnaître et le ramener au presbytère. En août 1859, quand il tomba malade d’épuisement, tout le village se mit à prier pour sa guérison. Il faisait chaud et lourd, et le malade souffrait terriblement. Les villageois eurent l’idée, pour le rafraîchir, d’envelopper le presbytère dans de grands draps et de les mouiller avec des seaux d’eau ; tous les hommes faisaient la chaîne et se relayaient comme pour un incendie. Le 4 août, il bénit depuis son lit tous ceux qui se trouvaient dehors, puis s’échappa paisiblement dans la mort.

Demandons-lui de nous aider à trouver notre place dans ce monde et dans l’Église comme Jean-Marie Vianney a trouvé la sienne : le jeune homme renvoyé du séminaire en 1813 a été proclamé en 1929 « le saint patron de tous les curés de l’univers ».

Pour écouter cet article : Trouver sa place avec le saint Curé d’Ars

* À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du vendredi 5 août 2022

** Pour aller plus loin : Odile Haumonté, Le chemin du Ciel, Saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars, collection « Les Sentinelles » n° 24, Pierre Téqui éditeur.

– LE MOT DU LUNDI – Mon âme se repose en paix

Voici venu l’été, le joli temps des vacances. Pour certains, il signifie la solitude parce que leurs voisins et amis sont partis en vacances, ou parce que les activités habituelles des paroisses et des associations sont suspendues jusqu’à la rentrée. Pour d’autres, il représente des contraintes professionnelles qui s’exercent dans des conditions rendues plus difficiles par la chaleur, par l’afflux de vacanciers, par la présence des enfants. Pour d’autres enfin, si la maison se remplit pour des retrouvailles familiales ou simplement le retour des ados pensionnaires ou étudiants, cela nécessite une organisation quotidienne faite de courses à prévoir et de repas à préparer. Combien se disent, à la fin du mois d’août : « Ouf, c’est la fin des vacances, on va pouvoir se reposer ! » Mais qu’est-ce que le repos, au fond ?

Prenons d’abord le repos du corps

Bien sûr, nous avons besoin de faire une coupure et de décompresser. Flâner dans le marché du village pour y trouver de bons produits du terroir, se remplir les yeux de beaux paysages, de ciel bleu et de verdure, découvrir un nouveau sport, tout cela est très bénéfique. Cependant, pour ne pas laisser filer le temps entre nos doigts et rentrer déçus, cela ne suffira pas. Le repos viendra de nos projets, de nos réalisations, de ce que nous aurons accompli pour marquer notre passage. Ce peut être une activité artistique, un journal de famille, un grand jeu qui se poursuit de jour en jour ; ou bien repeindre la cuisine des grands-parents, installer une balançoire dans le jardin, planter un arbre… quelque chose qui nous rendra fiers et qui nous rappellera ce bel été, année après année. Fabriquons des souvenirs heureux, des souvenirs comiques, des souvenirs émouvants que nous nous raconterons aux repas de famille comme un héritage précieux. Nous aurons peut-être des ampoules aux mains, mais nous éprouverons un sentiment de bien-être et d’accomplissement.

Voyons ensuite le repos du cœur

Si nous nous apprêtons à vivre de grandes retrouvailles familiales ou autres cousinades, nous avons sans doute une certaine appréhension à l’idée de cohabiter avec notre belle-fille, notre belle-sœur ou notre belle-mère ! Je le dis au féminin, mais il en va de même bien sûr pour un insupportable neveu ou un grand-oncle grincheux… Bref, nous les adorons, mais passer une semaine avec eux n’est jamais de tout repos et nous savons que la tension peut monter jusqu’à l’affrontement dont on ne sort pas indemne. Alors ? Faut-il serrer les dents et afficher un sourire de façade en se disant : « Plus que quatre jours » ? Et si nous mesurions la chance que nous avons d’appartenir à une famille, même si elle est imparfaite ? De recevoir des amis, même s’ils sont bruyants ou bavards ? D’accueillir nos petits-enfants, même s’ils nous font parfois tourner en bourrique ? C’est en profitant de ceux que nous aimons que nous nous reposerons vraiment ; c’est en goûtant leur présence, leur amitié, leur amour que nous referons nos forces, nos réserves de joie et de sérénité.

Et qu’en est-il enfin du repos de l’âme ?

Durant cet été, nous laisserons-nous conduire par l’Esprit Saint « sur des prés d’herbe fraîche pour y refaire notre âme », comme nous dit le Psaume 22, le psaume du Bon Berger ? Refaire notre âme, c’est ce dont nous avons le plus besoin ! Invitons Dieu dans nos vacances, peut-être d’une façon différente du reste de l’année. Si nous n’avons jamais récité le chapelet devant un beau paysage, nous pouvons tenter l’expérience. Si nous ne sommes pas familiers de la Liturgie des Heures, pourquoi ne pas réciter les laudes dans une petite chapelle de campagne, alors que tout le monde dort encore ? Si nous résidons à proximité d’un sanctuaire ou si nous avons simplement repéré un beau calvaire à l’orée de la forêt, nous pouvons lancer l’idée d’un pèlerinage en famille. Ne serait-ce pas l’occasion de nous confier les uns aux autres nos intentions de prière, ce qui nous tracasse, ce qui nous réjouit, nos espérances et nos projets pour la rentrée ? En devenant dans la prière des intercesseurs pour nos proches, nous goûterons le vrai repos, celui du disciple bien-aimé qui repose sur le cœur de son Seigneur.

Bel été, chers auditeurs, et que la paix du corps, du cœur et de l’âme soit au rendez-vous de vos vacances !

* À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du vendredi 8 juillet 2022

Crédits photo © Steve Bidmead-Pixabay

– LE MOT DU LUNDI – Une Église de communion

Nous fêterons ce mercredi 29 juin la solennité des saints apôtres Pierre et Paul, et j’ai eu une distraction en lisant les textes de la Liturgie des Heures : je me suis demandé comme ils auraient pris, de leur vivant, la nouvelle qu’ils allaient être fêtés ensemble jusqu’à la fin des temps.

J’aime le fait qu’il y ait eu des tensions entre Pierre et Paul, qu’ils se soient montrés tellement différents l’un de l’autre et qu’ils soient pourtant « les deux piliers de l’Église », comme on les appelle. Pierre était un simple pécheur de Galilée, Paul un pharisien lettré qui avait étudié les Écritures dans l’une des meilleures écoles de Jérusalem ; Pierre annonçait l’Évangile aux juifs, Paul s’est tourné vers les païens ; Pierre a vaincu son caractère emporté et sa volonté propre, Paul est resté jusqu’au bout « tout feu tout flamme ». Ce sont ces deux hommes, différents et complémentaires, qui ont bâti l’Église des premières années sur des fondations si solides qu’elles tiennent encore, deux millénaires plus tard. Quel enseignement pouvons-nous en tirer ? J’y vois une vérité fondamentale : nos différences sont une richesse !

Trop souvent, en couple ou en paroisse, nous sommes effrayés de constater qu’il y a entre nous des divergences de point de vue, de besoin et même de désir. Nous avons en tête que «toute ville ou maison divisée contre elle-même sera incapable de tenir», comme nous le dit Jésus en Matthieu 12, 25. Mais toute discussion n’est pas division !

Quand Pierre et Paul s’affrontent violemment sur les règles de base à imposer aux nouveaux convertis, comment se comportent-ils ? Paul nous l’explique, au début du chapitre 2 de sa lettre aux Galates, en trois points :

Premier point : « Ayant reconnu la grâce qui m’a été donnée »

Reconnaissons-nous la grâce qui repose sur notre conjoint, sur notre curé, sur le responsable de tel ou tel ministère ? Et nous, de notre côté, expliquons-nous suffisamment à notre entourage pourquoi nous avons décidé d’agir de telle manière ou de nous charger de telle mission ? Il y a tant à faire dans l’Église qu’il y a de la place pour tout le monde ! Quand nous lorgnons une place bien précise, nous ne voyons pas l’immense vide tout autour de nous où nous pourrions trouver notre juste place.

Deuxième point : « ils nous ont tendu la main »

Tendre la main, c’est faire un pas vers l’autre, c’est parcourir une partie du chemin plutôt que de tourner les talons dans le découragement ou de tourner le dos dans la bouderie. Et prendre la main que l’autre nous tend, c’est reconnaître que nous sommes tous en chemin. Celui qui campe sur ses positions s’est installé dans ses certitudes et n’entend plus bouger. Au contraire, celui qui tend la main ou qui reçoit la main tendue vers lui accepte de se mettre ou de se remettre en route.

Troisième point : « en signe de communion »

Cherchons-nous à faire grandir la communion ou à avoir raison ? Dans notre couple, notre famille, notre paroisse, quel est le témoignage le plus important que nous puissions donner, sinon celui de la communion ? « Que tous soient un, prie Jésus, qu’ils soient un afin que le monde croie. » (Jean 17, 21) Il ne s’agit plus de savoir si nous sommes de l’équipe de Pierre ou de la spiritualité de Paul, il s’agit de changer le monde ! Nous le savons bien, quand nous voyons un couple qui communique avec tendresse, une paroisse où tout le monde se salue avec de grands sourires, nous sommes attirés, nous avons envie de nous rapprocher d’eux. Demandons à saint Pierre et saint Paul, fêtés ensemble par l’Église, de nous aider à être, comme eux, malgré nos différences, des artisans de communion.

Pour écouter cet article : Une Église de communion, saint Pierre et saint Paul

* À écouter également en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du jeudi 30 juin 2022

** Pour aller plus loin : Odile Haumonté, Saint Paul, l’ambassadeur enchaîné, Téqui.

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– LE MOT DU LUNDI – Esprit Saint, Esprit de tendresse

Dans cette octave de la grande fête de la Pentecôte, profitons encore un peu de l’Esprit Saint qui nous est donné car ensuite, durant le reste de l’année, nous avons tendance à le laisser de côté.

Durant la messe de la Pentecôte, nous avons chanté la séquence Veni sancte spiritus et j’aimerais revenir sur trois versets de cette hymne, qui constituent la strophe 4 :

Premier verset :

Dans le labeur, [tu es] le repos

Nous sommes fatigués. Notre vie quotidienne est une course après le temps, que ce soit pour notre travail, pour nos loisirs ou pour notre famille. J’ai le cœur qui se serre quand je promène mon chien le soir dans le quartier et que je vois ces petits bouts de chou que leur maman ramène à la maison dans leur poussette, à moitié endormis, mais pas encore couchés. Je sais qu’elle ne peut pas faire autrement, mais je réalise que c’est l’organisation de notre société tout entière qui ne lui permet pas de faire autrement. L’Esprit Saint nous invite à lever le pied, à réfléchir à nos priorités ; il nous procure le vrai repos qui est celui d’une âme sans angoisse, d’un cœur sans souci et d’un corps sans stress. L’Esprit Saint nous accompagne de sa force dans tout ce que nous vivons, il sait que nous avons besoin de travailler pour subvenir aux besoins de ceux que nous aimons, mais aussi aux besoins de l’Église, des pauvres, des organisations caritatives. Cependant, il nous rappelle discrètement que, si nous avons de multiples occupations, il n’existe qu’un véritable labeur : faire advenir le Royaume de Dieu au milieu du monde. De tout ce que nous entreprenons, il ne restera rien – ou pas grand-chose –, mais ce que nous avons fait au service de l’annonce de l’Évangile restera.

Deuxième verset :

Dans la fièvre, [tu es] la fraîcheur

Ces mots évoquent pour moi la main d’une maman sur le front de son enfant malade. Ce simple geste, par l’intérêt qu’il exprime, par la compassion qu’il apporte, est déjà un apaisement. Nous sommes souvent pris de fièvre : nous avons l’envie soudaine d’acheter telle ou telle chose, nous sommes saisis d’angoisse en pensant à telle ou telle situation, nous avons l’impression d’avoir échoué dans un domaine de notre vie, par rapport à notre couple ou dans l’éducation de nos enfants, par exemple, ou bien de nous être trompés dans nos choix, d’avoir manqué notre vocation. Dans ces moments de doute, de colère, de tristesse, le Saint-Esprit descend dans nos cœurs pour nous soutenir et nous relever. Il ouvre nos yeux pour que nous puissions voir tout ce qu’il y a de bon et de beau dans notre vie, dans notre famille, dans ce que nous avons construit en nous et autour de nous. Il nous ouvre à l’action de grâce, à ce « merci » à la vie qui nous permet de relire toute notre existence sous le regard de Dieu.

Troisième verset :

Dans les pleurs, [tu es] le réconfort

Ce verset me fait penser à cette promesse du livre de l’Apocalypse : « Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur » (Ap 21, 4). Nous avons le droit de pleurer, de nous sentir faibles, pauvres, petits, de regretter ce qui n’est pas ou ce qui n’est plus. Puis vient le moment de laisser la main de Dieu sécher nos pleurs et de permettre à l’amour de Dieu de ramener doucement la joie au fond de nous.

Accueillons le Saint-Esprit comme le Consolateur, le Défenseur qui se tient sans cesse à nos côtés pour nous soutenir et nous guider. Viens, Esprit Saint, et donne-nous la joie éternelle. Amen !

* À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du vendredi 10 juin 2022

** Pour aller plus loin : Odile Haumonté, Au quotidien avec l’Esprit Saint, EdB.

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– LE MOT DU LUNDI – L’art de dire bonjour

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Chers internautes, bonjour !

Bonjour… voilà un petit mot que nous prononçons toute la journée. Il est le même pour nos proches, pour nos voisins, pour la boulangère, pour notre banquier, pour un passant croisé dans la rue.

Bonjour… cela m’évoque une scène d’anthologie dans le film Itinéraire d’un enfant gâté, de Claude Lelouch, où l’on voit Jean-Paul Belmondo qui enseigne au jeune Richard Anconina l’art de bien dire bonjour : « Non ! Là, tu as l’air de me dire au revoir ! Dis-moi vraiment bonjour ! »

Nous donnons certainement à nos enfants les trois conseils suivants pour bien dire bonjour, mais les mettons-nous toujours en pratique ? Nous pouvons d’ailleurs appliquer ces trois conseils à l’église quand nous échangeons la paix du Christ !

Premier conseil : regarder la personne dans les yeux.

Il n’y a rien de plus agaçant que quelqu’un qui vous dit bonjour sans vous regarder, comme s’il était déjà passé à autre chose. Montrons à notre interlocuteur que nous sommes vraiment là pour lui, manifestons-lui de l’intérêt.

Deuxième conseil : tendre une main ferme.

Comme le recul de la pandémie nous permet de retrouver ce geste de la poignée de mains, reprenons conscience de ce que nous faisons. À l’origine, ce geste servait à montrer que l’on était désarmé, que l’on ne cachait pas une arme dans sa manche ou sa poche. En tendant la main au niveau du cœur, on se donne, on se livre à l’autre.

Troisième conseil : parler distinctement et appeler la personne par son nom ou au moins par un « monsieur » ou « madame ».

Aujourd’hui, on n’entend plus dire : « Bonjour, docteur ! » ou « Bonjour, mon Père ! », c’est pour tout le monde pareil, un simple « bonjour » qui nous évite finalement de réfléchir ; on n’a pas besoin de retenir son prénom, on n’a pas besoin de savoir ce qu’il ou elle fait, un simple « bonjour » suffit. Pourtant, quelle différence entre un ado qui marmonne un vague « b’jour » et un jeune qui prononce clairement : « Bonjour, Madame ! » Que vous soyez enseignante, directrice des ressources humaines ou examinatrice au permis de conduire, c’est vers le deuxième que votre sympathie ira spontanément, dans un a priori favorable.

Bonjour… c’est le commencement de toute relation humaine, de tout échange social, c’est le premier contact et c’est sur lui que se basera la première impression. Par la suite, heureusement, cette opinion pourra changer. Une personne timide au premier abord se révèlera pleine de charme alors qu’un beau parleur pourra paraître décevant quand on voudra creuser un peu.

Demain, le 31 mai, nous ferons mémoire du plus beau « bonjour » de l’histoire de l’humanité : la Visitation. Marie est tellement remplie de la présence de l’Esprit Saint qui habite son cœur et de la présence de Jésus qui habite son corps que lorsqu’elle salue sa cousine Élisabeth, celle-ci est tout inondée de cette onction divine. Nous aussi, si nous le voulons, nous pouvons être des porteurs de Dieu, des porteurs de lumière et de joie dans chacune de nos rencontres.

Je laisse le mot de la fin à Jean-Paul Belmondo dans le film déjà cité : « Dire bonjour, c’est la chose la plus importante dans la vie. Si tu dis bien bonjour, tu as fait la moitié du chemin. » Comme Marie, partons en hâte à la rencontre des autres et faisons en sorte que notre « bonjour » nous fasse parcourir déjà la moitié du chemin.

* À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », mardi 10 mai 2022