Le conte du lundi : LES MOTS COMME DES PONTS

Une petite histoire sur les mots qui séparent… ou qui rassemblent.

C’est aujourd’hui mercredi et il n’y a pas d’école. Juliette se réjouit d’aller passer la journée chez sa grand-mère car elle va y retrouver son cousin Lucas. Ils vont bien s’amuser dans le jardin ! Dès qu’elle le voit, elle court joyeusement vers lui :

– Bonjour, Lucas !

Mais Lucas est de mauvaise humeur, il n’a pas envie de faire plaisir à sa cousine et il répond :

– Bjr, Jltt…

– Comment ? Je ne comprends pas ce que tu dis !

– J ds bjr…

– Alors, tu ne veux pas jouer avec moi ? demande la petite fille déçue.

Pour toute réponse, Lucas lui tourne le dos.

– Tant pis, j’irai toute seule sur la balançoire.

Juliette sait déjà se pousser toute seule et elle rit quand le vent soulève ses cheveux. Un petit oiseau s’amuse à monter et descendre à côté d’elle. Lucas s’ennuie et regrette sa mauvaise humeur. Il s’approche, les mains dans le dos :

– T vx jr vc m ?

– Tu continues ? Tu n’es vraiment pas gentil ! dit Juliette d’un air triste.

Lucas s’affole : il n’a pas fait exprès, cette fois… Il n’arrive plus à parler ! Il lance très vite des mots dans tous les sens :

– Vtr ! Msn ! Chclt ! Grnd-mr ! Jltt !

Chaque mot fait apparaître une brique et un mur s’élève, de plus en haut, devant le petit garçon.

– Scrs ! scrs !

Juliette a compris, surtout en voyant l’air paniqué de son cousin, ce qu’il essaie de lui dire !

– Oh, Lucas, tu as dit : « Au secours », n’est-ce pas ?

Il hoche la tête vigoureusement :

– Scrs ! scrs !

– Que faire ? Attends, j’ai une idée !

À son tour, elle lance des mots dans tous les sens :

– Amitié ! Joie ! Gentillesse ! Pardon ! Patience ! Partage !

Chaque mot fait apparaître une planche et un pont s’étend, de plus en plus long, devant le petit garçon.

– Lucas, viens vite !

Lucas s’élance sur le pont et franchit le mur. Ouf, le voilà revenu près de sa cousine.

– Merci, Juliette ! dit-il. Oh ! je reparle normalement.

– Mrc, tu veux dire ? plaisante la fillette.

– Je te demande pardon, murmure Lucas tout penaud, j’étais de mauvaise humeur. Merci de m’avoir sauvé !

– Tu sais, Lucas, les mots peuvent être beaucoup de choses : des murs qui séparent, des épées qui font mal, des cailloux qui frappent…

– Ou des ponts qui réunissent, des plumes qui caressent, des étincelles qui réchauffent ! Mais je n’ai pas besoin de mots pour te faire un gros câlin !

Et il pose un baiser plein de reconnaissance sur la joue de Juliette.

Texte d’Odile Haumonté, illustrations de Camille Patureau – Paru dans le numéro 507 du magazine Patapon de juin 2023

Le conte du lundi : TIC-TAC, VIVEMENT DEMAIN !

Une petite histoire pour les enfants qui veulent grandir trop vite…

Ce soir, Priscille se couche de mauvaise humeur. À l’école, sa meilleure amie Agathe est venue en classe avec un nouveau cartable. Elle en a parlé toute la journée. Et à la maison, son grand frère Émile a eu la permission d’aller dîner chez un camarade du foot. Priscille, elle, n’a pas de nouvelles affaires pendant l’année scolaire, c’est seulement à la rentrée. Et elle n’a pas le droit d’aller dîner chez des copines car elle se coucherait trop tard.

Sur la table de nuit, le réveil en forme de coccinelle fait tic-tac, tic-tac. Priscille regarde avec colère les aiguilles qui brillent dans le noir.

– Je déteste ma vie ! Vivement demain ! Ou plutôt vivement que je sois grande ! Je déteste mes journées !

Elle dort depuis longtemps quand un drôle de bruit la réveille. Elle entend sa maman dire :

– Émile, pas si tôt, ta guitare !

Depuis quand l’insupportable Émile joue-t-il de la guitare ? Priscille saute du lit et dévale l’escalier. Dans la cuisine, en effet, Émile joue de la guitare, mais que lui est-il arrivé ? Il n’a plus 11 ans, il a 19 ou 20 ans, les cheveux longs et un début de barbe. Et maman !! Maman a les cheveux gris, elle semble plus petite. Priscille s’aperçoit alors dans le reflet de la fenêtre. Elle est bien plus grande, elle arrive à la hauteur du réfrigérateur ; elle ressemble à sa cousine Sophie qui vient de fêter ses 15 ans. Elle étend ses mains devant elle : elle a de longs doigts fins et porte une jolie bague.

– Que se passe-t-il ? s’écrie-t-elle. Hier soir, j’avais 8 ans !

– Oui, le temps passe vite, répond maman en soupirant.

– Non, mais j’avais vraiment 8 ans, insiste Priscille.

– Tu nous fatigues, lance Émile, vivement que tu sois grande !

Oh ! Priscille comprend : son vœu a été exaucé. Les larmes lui montent aux yeux :

– J’ai souhaité que le temps passe et je n’ai pas profité de mon enfance, sanglote-t-elle. Mais ces moments perdus ne reviendront pas.

Maman vient vers elle et lui caresse doucement la joue :

– Aucun moment n’est perdu si nous l’avons rempli d’amour.

Au même instant, Priscille ouvre les yeux dans son lit. Sa maman, jeune et brune, lui caresse doucement la joue pour la réveiller. La fillette se jette dans ses bras :

– Comme je suis contente que nous soyons aujourd’hui, maman chérie ! Je vais bien profiter de cette journée et la remplir de joie !

Texte d’Odile Haumonté, illustrations de Cécile Guinement – Paru dans le numéro 504 du magazine Patapon de mars 2023

– LE MOT DU LUNDI – Une clef du bonheur : Se dépasser rend heureux

Clef 4 – Illustration by-bm © Téqui

Quand vous entreprenez une tâche difficile : une grande randonnée en montagne, la construction d’une cabane, une compétition sportive ou le rangement de votre chambre, vous passez par plusieurs étapes.

Il y a d’abord l’enthousiasme des débuts : vous vous voyez déjà au sommet ou sur le podium ! Puis vient le découragement : comme c’est long, comme c’est fatigant, vous n’en voyez pas la fin. Lorsque vos forces physiques s’épuisent, vous devez puiser à la source de votre courage, de votre détermination, de votre patience, de votre persévérance. Vous serrez les dents et vous continuez.

C’est alors l’arrivée : le beau paysage, la victoire, la chambre bien rangée. Bravo ! Quelle satisfaction ! Vous vous dites que cela valait la peine de tenir bon.

ASTUCE – Gardez un souvenir de vos réussites : une photo encadrée que vous accrocherez dans votre chambre, une médaille ou une coupe que vous poserez en bonne place sur une étagère, un caillou ramassé en chemin… Dans les moments difficiles, souvenez-vous des victoires passées : ce que vous avez pu faire, vous le réussirez à nouveau ; vous irez même plus loin et plus haut.

Extrait de : Les 10 clefs du bonheur, « Clef 4 », Téqui, 2023.

– LE MOT DU LUNDI – Sanctifier le temps

« Il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour[1]. » Dès le commencement, Dieu, qui est hors du temps, crée le temps ; la Création se construit selon un rythme qui est celui de la vie même : les pulsations de notre cœur, nos inspirations et expirations nous inscrivent dans un rythme biologique. Plantes, animaux, humains, chaque être vivant est créé « selon son espèce » et, pourrions-nous ajouter, selon son tempo.

Dieu nous inscrit dans le temps : « Le nombre de nos années ? Soixante-dix, quatre-vingts pour les plus vigoureux[2] ! » pour que nous remplissions ce temps de sa grâce et de sa présence.

Un jour consacré au Seigneur

Parmi les dix commandements donnés par Dieu à Moïse, les deux premiers concernent Dieu lui-même et les sept derniers les relations des hommes entre eux ; à la charnière se trouve le troisième commandement concernant le repos en Dieu, comme un sas entre la divinité et l’humanité : « Observe le jour du shabbat et fais-en un jour consacré au Seigneur, comme le Seigneur ton Dieu te l’a commandé. Tu travailleras pendant six jours et tu feras tout ce que tu as à faire. Mais le septième jour est le jour du repos consacré au Seigneur ton Dieu ; tu ne feras aucun travail ce jour-là[3]. »

Le shabbat nous invite à contempler les œuvres de Dieu dans notre vie et à nous en réjouir. Le dimanche est le jour de la Résurrection, le premier jour de la semaine et le huitième jour du monde à venir. Le mot dimanche vient du latin dies Domini ou dies dominica, « le jour du Seigneur ».

Les premiers chrétiens, issus du judaïsme, ont continué pendant trois siècles à célébrer à la fois le shabbat et le dimanche. Puis le dimanche, jour où était célébrée l’Eucharistie, prit le pas sur le shabbat : « Du shabbat, on passe au premier jour après le shabbat, du septième jour au premier jour : le dies Domini devient le dies Christi ! » nous dit saint Jean-Paul II[4].

Sanctifier nos dimanches

Tandis que le shabbat fait mémoire de la création, le dimanche évoque la nouvelle création obtenue par Jésus : « Le dimanche est, en effet, le jour où, plus qu’en tout autre, le chrétien est appelé à se souvenir du salut qui lui a été offert dans le baptême et qui a fait de lui un homme nouveau dans le Christ[5]. »

De même que Jésus est « le maître du Shabbat », qu’il soit aussi l’hôte de nos dimanches afin que nous les vivions comme un avant-goût de l’éternité heureuse où nous le contemplerons dans un jour sans couchant : « Nous avons besoin de cette rencontre qui nous réunit, qui nous donne un espace de liberté, qui nous fait regarder au-delà de l’activisme de la vie quotidienne vers l’amour créateur de Dieu, dont nous provenons et vers lequel nous sommes en marche[6]. »

Saint Jean-Marie Vianney, Curé d’Ars, savait bien que les jeunes avaient besoin de fêtes et de réjouissances pour oublier le rude travail de la semaine. Il organisa donc des fêtes chrétiennes et des processions le dimanche après-midi. « Le dimanche, c’est le bien du Bon Dieu, disait-il. De quel droit touchez-vous à ce qui ne vous appartient pas ? Le dimanche, le Bon Dieu ouvre ses trésors, à nous d’y puiser à pleines mains. »

Un dimanche où les blés qui venaient d’être fauchés attendaient d’être ramassés, un gros orage s’annonça. Les paysans, inquiets, voulurent renoncer au repos dominical pour aller sauver leur moisson. Jean-Marie les assura durant la messe que s’ils s’occupaient de leur âme durant ce jour, le Seigneur s’occuperait de leur blé. Tout se passa comme il l’avait prédit : il y eut encore quinze jours sans pluie.

Prier sans cesse

Dieu nous confie le temps pour que nous le remplissions de sa présence, par la prière et l’action de grâce : « Soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance[7]. » Prier sans cesse, c’est un défi pour tout chrétien ! Comment trouver le temps de prier dans nos journées tellement remplies, où chaque activité nous semble être une course contre la montre ?

Bien sûr, il peut être compliqué de prendre un temps dans une église ou dans notre chambre, mais nous disposons de nombreux moments « creux » que nous pouvons remplir par la prière plutôt que par du zapping sur notre téléphone : dans les transports en commun, en repassant ou en balayant, dans une file d’attente au supermarché, dans nos moments de sport ou de promenade, en regardant cuire une casserole de pâtes, au volant de notre voiture… Oui, nous sommes riches de tous ces instants « perdus », si nombreux dans une journée, que nous pouvons sanctifier ou gaspiller !

La Petite Thérèse disait : « Je crois que je n’ai jamais été plus de trois minutes sans penser au Bon Dieu. »

Notre pain de ce jour

Quand nous disons à Dieu dans le Notre Père : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour », nous ne prêtons pas toujours grande attention aux mots que nous prononçons : c’est le pain d’hier, de demain, du mois prochain, de la semaine dernière…

Nous ne savourons pas l’endroit ni le moment où nous sommes, nous nous dispersons dans un ailleurs qui ne nous satisfait pas parce que personne ne nous y attend, parce que personne ne nous y a donné rendez-vous. La grâce qui doit nous combler réside dans l’instant présent, mais, si nous n’y sommes pas, elle flétrira comme une fleur sans eau et nous serons mécontents de notre journée et de nous-mêmes.

Balayons donc nos regrets du passé et nos projections dans l’avenir : « Quand mes enfants étaient petits… », « Quand mes enfants seront grands… », « Quand je vivrai à tel endroit », « Quand j’exercerai telle mission »… pour vivre pleinement ce jour qui nous est donné. Goûtons la beauté et la bonté de cet instant unique que nous ne revivrons plus : maintenant.

Chaque matin

Le cardinal Suenens professait une spiritualité de la gratitude : « Je suis plein d’espérance car je crois que l’Esprit Saint demeure toujours l’Esprit Créateur et qu’il nous donnera chaque matin une nouvelle liberté et une nouvelle réserve d’espérance, si nous lui ouvrons notre âme. » Chaque matin ! Jour après jour, le Seigneur nous donne la mesure dont nous avons besoin de force ou de joie, de patience ou de bonté, de courage ou d’espérance. Jour après jour, il est avec nous.

Nous pouvons ainsi commencer notre journée en offrant au Seigneur cette opportunité sans cesse renouvelée dont il nous fait cadeau : « Merci, Jésus, pour ce jour que tu nous donnes pour t’aimer et te faire aimer. »

Pour aller plus loin

– Est-ce que je fuis la réalité présente en papillonnant sans cesse, en n’étant jamais vraiment présent(e) à ce que je fais ?

– Est-ce que je ressasse le passé ? Est-ce que je vis dans les regrets ou les remords ?

– Est-ce que je m’inquiète pour mon avenir ? Les psychologues nous le disent : 95 % de nos peurs de l’avenir ne se réalisent pas.

Je peux réciter chaque jour cette prière de Frère Roger de Taizé : « Toi le Christ, tu enfouis notre passé dans le Cœur de Dieu et de notre avenir, déjà tu prends soin. »

« Cette grappe d’amour, dont les grains sont des âmes

Je n’ai pour la former que ce jour qui s’enfuit

Ah ! donne-moi, Jésus, d’un Apôtre les flammes

            Rien que pour aujourd’hui. »

Sainte Thérèse, poésie Mon chant d’aujourd’hui, PN 5, § 10, printemps 1894

Le Décalogue de la sérénité

« 1. Rien qu’aujourd’hui, j’essaierai de vivre exclusivement la journée sans tenter de résoudre le problème de toute ma vie. […]

5. Rien qu’aujourd’hui, je consacrerai dix minutes à la bonne lecture en me souvenant que, comme la nourriture est nécessaire à la vie du corps, la bonne lecture est nécessaire à la vie de l’âme. […]

8. Rien qu’aujourd’hui, j’établirai un programme détaillé de ma journée. Je ne m’en acquitterai peut-être pas entièrement, mais je le rédigerai et me garderai de deux calamités : la hâte et l’indécision. […]

10. Rien qu’aujourd’hui, je ne craindrai pas. Et tout spécialement, je n’aurai pas peur d’apprécier ce qui est beau et de croire en la bonté. Je suis en mesure de faire le bien pendant douze heures, ce qui ne saurait me décourager, comme si je me croyais obligé de le faire toute ma vie durant. »

Saint Jean XXIII

  • Bulletin Vie d’oraison n° 64 d’octobre 2023

[1] Genèse 1, 5.

[2] Psaume 89, 10.

[3]. Deutéronome 5, 12-15.

[4]. Lettre apostolique Dies Domini sur la sanctification du dimanche, 31 mai 1998, § 18.

[5]. Saint Jean-Paul II, Lettre apostolique Dies Domini, 31 mai 1998, § 25.

[6]. Benoît XVI, « Le dimanche chez les premiers chrétiens », homélie du 9 septembre 2007, Vienne.

[7] 1 Thessaloniciens 5, 16-18.

Compte les étoiles !

Nous fêtons aujourd’hui saint Irénée de Lyon dont on peut dire qu’il est le saint patron de votre radio préférée RCF, qui fut fondée en 1982 par l’archevêque de Lyon. Depuis plus de 40 ans, au fil de ses différents slogans, RCF nous invite à aller à l’essentiel, à poser un regard chrétien sur le monde qui nous entoure, à partager la joie qui habite nos cœurs.

Si nous lisons les textes de ce jour, la première lecture tirée du livre de la Genèse nous montre Abraham à qui Dieu dit : « Compte les étoiles, si tu le peux, telle sera ta descendance. » Cela me donne l’opportunité de réfléchir avec vous sur les promesses de Dieu.

Première question que nous pouvons nous poser : Pourquoi les étoiles ?

Lointaines et mystérieuses tout autant qu’innombrables, les étoiles ont, de tout temps, fasciné l’humanité. Sont-elles des points dessinés sur la voûte des cieux ou, au contraire, des trous dans une toile derrière laquelle brillerait un immense soleil ? Contiennent-elles les secrets de notre destinée ? Ou, selon le triste regard de convoitise de l’homme d’aujourd’hui, cachent-elles des ressources dont nous pourrions nous emparer ?

Dans la Bible comme sur la mer, les étoiles nous guident, elles nous montrent le bon chemin, le chemin qui conduit vers Dieu. Elles nous invitent à nous décentrer de nous-mêmes pour lever la tête et chercher Dieu dans ce qui nous dépasse.

« Compte les étoiles », nous dit le Seigneur, c’est-à-dire contemplons la majesté, l’infini, le mystère. Ouvrons les yeux de notre cœur pour nous laisser surprendre.

Deuxième question : Pourquoi Dieu précise-t-il « Si tu le peux » ?

En entendant ces mots, Abraham sait bien qu’il ne peut pas établir un catalogue de ce foisonnement d’étoiles qui brillent au-dessus de lui, surtout lorsqu’on regarde vers la Voie Lactée. Dieu veut-il l’écraser ou le décourager par ces mots ? Reprend-il d’une main ce qu’il accorde de l’autre, en disant : je te donnerai une descendance si tu arrives à compter toutes les étoiles du ciel ? Non, Dieu ne nous veut pas abattus ou découragés, Dieu nous veut confiants et pleins d’espérance. Il nous invite à l’émerveillement : tant d’étoiles dans le ciel, et pourtant Dieu m’aime, moi, l’infiniment petit au regard de l’Univers, mais précieux et unique à ses yeux.

Abraham s’est impatienté parce que son plus grand désir n’avait pas été exaucé et qu’il s’en allait sans descendance. Nous aussi, nous nous sentons impatients, ou déçus, ou découragés quand Dieu semble tarder à tenir ses promesses. Avons-nous pris le temps de lever les yeux et de compter les étoiles ? Avons-nous compté les bienfaits de Dieu dans notre vie ? Avons-nous compté les merveilles que fit pour nous le Seigneur tout au long de notre vie jusqu’à maintenant ?

L’évangile du jour nous apprend que c’est à leurs fruits que nous reconnaîtrons les prophètes. Saint Irénée de Lyon fut le disciple de saint Polycarpe qui lui-même fut le disciple de l’apôtre saint Jean. C’est en nous inscrivant dans cette lignée de témoins que nous pourrons, à notre tour, porter du fruit, un fruit qui demeure.

« Ainsi, nous dit saint Paul, vous serez irréprochables et purs, vous qui êtes des enfants de Dieu sans tache au milieu d’une génération […] où vous brillez comme les astres dans l’univers » (Philippiens 2, 13).

Je vous souhaite un bel été, les yeux levés vers le Ciel !

Pour écouter cet article :

* À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du mercredi 28 juin 2023.

Crédits photo : Angeleses Balaguer © Pixabay

– LE MOT DU LUNDI – À Nazareth avec Marie

Après les rigueurs du Carême, nous nous étions habitués au Temps pascal, un temps de fête et de joie, un temps pour Dieu, qui nous a semblé facile à vivre, soutenu par l’arrivée des beaux jours. Le retour au Temps ordinaire après l’embrasement de la Pentecôte nous paraît alors un peu triste.

Heureusement, la Vierge Marie que nous fêtons mercredi en sa Visitation va nous aider à vivre cette spiritualité du quotidien, elle va nous apprendre comment faire naître l’extraordinaire au sein de notre existence ordinaire.

Premier point : l’importance des petits gestes

On peut faire beaucoup en accomplissant de tout petits gestes quotidiens ! C’est l’épingle de la Petite Thérèse, ramassée par amour ; c’est la goutte d’eau de Mère Teresa : nous savons que nous ne remplirons pas l’océan avec quelques gouttes d’eau, mais si chacun de nous, à son niveau, selon ses compétences et sa mission, verse quelques gouttes dans la mer – verse quelques gouttes d’amour dans la situation où il se trouve – alors oui, c’est un raz-de-marée d’amour qui déferlera sur notre société pour la laver.

« Il est une chose qui nous assurera toujours le Ciel, disait Mère Teresa : les actes de charité et de gentillesse dont nous aurons rempli notre vie. Nous ne saurons jamais quel bien peut provoquer un simple sourire. »

Deuxième point : l’humour

L’humour sur soi-même, et sur les événements qui nous arrivent, apporte en effet une touche de détachement et d’humilité qui permet de dédramatiser les situations les plus éprouvantes.

Ainsi, lorsque saint Thomas More se trouvait en prison, dans l’attente de sa condamnation à mort, l’officier chargé de sa surveillance s’excusa de ne pouvoir le traiter mieux. Thomas rétorqua : « Je vous assure que je ne suis pas mécontent du traitement que je reçois ; aussi bien, si je venais à l’être, jetez-moi à la porte ! »

Le pape saint Jean-Paul II était souvent agacé par les nombreuses mesures de sécurité dont on l’entourait. Un responsable lui dit un jour : « Comprenez que nous nous inquiétons pour vous, Votre Sainteté ! » Il répliqua du tac au tac : « Moi aussi, je m’inquiète pour ma sainteté. »

Troisième point : pratiquer la sainteté cachée avec la Sainte Famille

Vivre l’existence simple et cachée de la Sainte Famille de Nazareth, telle fut l’intuition de saint Charles de Foucauld, lui qui passa à Nancy quelques années de son enfance. Il écrivit cette méditation s’adressant à Jésus lors d’une retraite qu’il fit à Nazareth en novembre 1897 :

« [Jésus, votre vie] fut une vie d’humilité : Dieu, vous paraissez homme ; homme, vous vous faites le dernier des hommes : […] votre vie fut, comme celle de vos parents, pauvreté et travail, […] les aidant, les soutenant, les encourageant dans le labeur quotidien, en prenant pour vous la plus grande part possible pour les reposer, […] n’omettant rien de ce qui pouvait consoler vos parents et faire de leur petite maison ce qu’elle est, un ciel… Voilà ce que fut votre vie à Nazareth. »

Ce quotidien humble et simple est parfois traversé par des lumières extraordinaires, comme lorsque Charles de Foucauld se confesse et retrouve la foi de son enfance, comme quand Thérèse voit la Vierge Marie lui sourire pour la guérir, comme lorsque Marie se présente à sa cousine Élisabeth et que Jean-Baptiste en tressaille de joie. Nous pourrons alors reprendre avec Marie son cantique d’action de grâces :

 « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur » (Luc 1, 46-47).

Pour écouter cet article :

* À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du mercredi 31 mai 2023.

** Pour aller plus loin, lire : Vivre aujourd’hui avec les saints, éditions Salvator

Crédits photo : TheVirtualDenise © Pixabay

– LE MOT DU LUNDI – « Tu ne me connais pas »

Nous fêtons mercredi 3 mai les apôtres saint Philippe et saint Jacques le Mineur, et la liturgie du jour nous propose d’écouter ce passage de l’évangile de Jean (14, 6-14) où Jésus nous donne cette impressionnante promesse : « Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais, dit Jésus. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père, et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai. » 

C’est une parole qui me frappe à chaque fois que je l’entends car elle me dit qu’avec la foi, nous pourrions faire des miracles encore plus grands que ceux de Jésus puisque son activité s’est limitée à trois ans seulement de vie publique.

Le temps pascal dans lequel nous sommes encore est le temps de la foi, mais qu’en est-il de notre foi ? Croyons-nous que nous pouvons tout demander au Père au nom de Jésus, et l’obtenir ? Il y a deux étapes dans ce passage évangélique :

Première étape : la question de Philippe

N’est-il pas rempli de foi et de confiance, cet apôtre, quand il dit à Jésus : « Montre-nous le Père et cela nous suffit » ? Si souvent, les apôtres sont en décalage ou hors sujet ! Jésus leur reproche d’être « lents à croire » ou à comprendre. Or, cette fois, quand Jésus leur annonce qu’il est « le chemin, la vérité et la vie », et plus particulièrement le chemin vers son Père, Philippe a ce cri du cœur, cette audace que reprendront de nombreux mystiques après lui : « Je veux voir Dieu ! Montre-nous le Père ! » Pourtant, Jésus semble fâché par cette demande, il paraît déçu.

Deuxième étape : la réponse de Jésus

« Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! » Le pauvre, nous imaginons bien le choc qu’a pu représenter pour lui et pour ses compagnons cette réponse de Jésus. Alors qu’il vient de proclamer sa certitude – inimaginable pour un Juif de cette époque – que Jésus est celui qui peut nous montrer le Père, il reçoit ce reproche : « Tu ne me connais pas ! » 

L’explication vient au verset suivant : « Celui qui m’a vu a vu le Père », dit Jésus. Jésus est tellement rempli par la Présence de son Père, tellement façonné par sa Volonté qu’il ne fait qu’un avec lui. Celui qui voit Jésus contemple le Père. Finalement, cette parole est peut-être plus facile à comprendre pour nous aujourd’hui, puisque nous ne voyons ni Jésus ni son Père, que pour les apôtres qui côtoyaient Jésus et qui devaient percevoir sa filiation divine à travers son humanité tellement semblable à la leur. Juste après ce passage, Jésus leur annonce qu’il leur donnera un Défenseur, l’Esprit Saint, l’Esprit de vérité.

Qu’en est-il de notre foi lorsque Dieu se révèle à nous comme Père, comme Fils et comme Saint-Esprit ? Qu’en est-il de notre foi lors que nous sommes appelés à témoigner des merveilles de Dieu dans notre vie ? Qu’en est-il de notre foi quand nous sommes invités à mettre nos actions en conformité avec nos convictions ?

Que nous dira Jésus : « Il y a si longtemps que je suis avec toi, et tu ne me connais pas » ? Ou bien : « Toi qui me vois avec les yeux de la foi, entre dans la joie de ton Seigneur, cette joie que nul ne pourra t’enlever » ?

Que cette fête des apôtres Philippe et Jacques mette en nous un désir toujours plus grand de faire les œuvres de Jésus, et même d’en faire de plus grandes puisque nous allons recevoir dans quelques semaines la force de l’Esprit Saint !

Pour écouter cet article :

* À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du mercredi 3 mai 2023.

Crédits photo : D.R. Barbara Bonanno © Pixabay

– LE MOT DU JEUDI SAINT – Le mystère du pain et du vin

Ce récit biblique d’après 1 Corinthiens 11, 23-26, à la manière de la méditation ignacienne, nous emmène au temps de Jésus pour la Cène, son dernier repas avant d’entrer dans sa Passion.

Quelle joie d’être invitée avec mon ami Simon au repas qui nous fait entrer dans la grande fête juive de la Pâque ! Bien sûr, nous n’avons pas de place à table, mais nous pouvons nous glisser près de Jésus pour écouter ce qu’il dit à ses disciples. Nous sommes aussi ravis de rendre service. Je pose devant Jésus un beau plat de pains sans levain bien croustillants. Jésus en prend un, il récite une prière de bénédiction, puis il le rompt en disant : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Il donne alors les morceaux à ses apôtres qui les mangent avec un grand respect. « Que se passe-t-il ? » me souffle Simon. Je chuchote : « Je ne sais pas. Je ne crois pas qu’on fasse ça d’habitude pendant le repas pascal. » À la fin du repas, Jésus prend la coupe de vin et dit : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Puis il la donne à Jean assis près de lui, qui en boit une gorgée avant de la tendre à son voisin. Je me souviens alors d’une parole de Jésus qui avait choqué beaucoup de monde : « Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui*. » Je comprends ce que Jésus a voulu dire ce jour-là ! Ce pain est devenu son Corps, ce vin est devenu son Sang, mais ce mystère reste caché et nous le comprenons grâce à la foi. Quelle aventure, mes amis !

JE PRIE : Jésus, tu te caches dans une hostie de pain, toi qui es Dieu. Quel mystère ! Au moment de l’élévation, quand le prêtre redit tes paroles, je regarde avec amour l’hostie qui devient ton Corps. Je dis dans mon cœur : « Mon Seigneur et mon Dieu, Jésus, je t’aime. »

Cette histoire est extraite du numéro 505 d’avril 2023 de Patapon, le magazine « pour grandir en famille avec Jésus », à partir de 5 ans.

Illustration : Cécile Guinement

– LE MOT DU MERCREDI SAINT – Le malheur de Judas

Nous sommes à la veille du Triduum pascal et l’Église nous propose de méditer aujourd’hui sur l’évangile de la trahison de Judas. « Le Fils de l’homme s’en va », dit Jésus à ses Apôtres, « mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! » (Matthieu 26, 24). Quel mystère que cet affrontement de deux libertés : la liberté de Jésus qui accepte la coupe que le Père lui a donnée à boire et qui entre librement dans sa Passion ; et la liberté de Judas qui choisit le mal, qui trahit celui qu’il accompagne depuis trois ans, le voyant pourtant faire le bien partout où il passe. La différence entre eux est que Jésus est dans une grande paix malgré son angoisse : « Père, que ta volonté soit faite, et non la mienne » alors que Judas est profondément malheureux, tellement assailli par le remords qu’il ira se pendre.

Nous entendons dans l’évangile cet étrange dialogue entre eux au cours du dernier repas où Judas finit par dire : « Seigneur, serait-ce moi ? » Nous comprenons alors que Jésus n’a pas cessé de lui tendre des perches, de lui tendre la main : « Qu’as-tu fait ? Je connais ton cœur, je connais ton péché. Mais il n’est pas trop tard, tu peux encore avouer ta faute et te jeter dans les bras de ma Miséricorde ! Ne m’as-tu pas vu, à de nombreuses reprises, faire bon accueil aux pécheurs ? »

Judas n’écoute pas, il garde le cœur endurci, comme Adam qui se cache, comme Caïn, comme Pharaon. Il tourne le dos à la Miséricorde.

Et nous, où en sommes-nous ? Est-ce que ce Carême qui touche à sa fin nous a permis de regarder le fond de notre cœur à la lumière de l’Esprit Saint ? Avons-nous entendu Jésus nous dire : « Qu’as-tu fait ? »

Nous avons fait de belles choses, nous avons sans doute tenu certaines de nos résolutions : nous avons prié davantage, nous avons rejoint les propositions faites par notre paroisse, nous avons reçu le sacrement du pardon.

Mais la lumière de la Résurrection éclaire aussi nos zones d’ombre, tout ce qui a besoin en nous d’être converti, purifié, pardonné. Est-ce que nous avons pris un air innocent pour dire : « Serait-ce moi, Seigneur ? » Ou est-ce que nous avons accepté de nous laisser déranger, bousculer, humilier même par la découverte de ces ténèbres qui subsistent en nous malgré toute notre bonne volonté et nos efforts ?

Dans certaines communautés religieuses, le Mercredi saint est le jour de la « coulpe » où les consacrés se demandent pardon les uns aux autres pour les manquements à la vie communautaire et fraternelle, les agacements, les tensions qui naissent de la vie ensemble. Nous aussi, nous pouvons demander pardon – verbalement ou dans notre cœur – à ceux qui nous entourent pour nos duretés de cœur, nos manques d’amour, nos jugements.

Dans sa Passion qui commence demain soir, Jésus nous rappelle qu’il est venu pour sauver non pas les bien-portant, ceux qui n’ont pas besoin du salut, mais les pécheurs, les petits, les humiliés, ceux qui tombent sans cesse. Oublions nos résolutions de Carême, réussies ou ratées, pour vivre pleinement ces trois jours saints à la suite de Jésus jusqu’à la Lumière de Pâques, en mettant nos pas dans ses pas, en tournant nos cœurs vers son Cœur. Ayons le courage de lui dire, comme le brigand repenti, face à tous ceux qui l’insultaient et qui se moquaient de lui : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » (Luc 23, 42)

Pour écouter cet article :

* À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du mercredi 5 avril 2023.

** Pour rejoindre Jésus dans sa Passion en priant le Chemin de Croix avec nos enfants : Le Chemin de Croix médité pour les enfants, par Odile Haumonté et Laure Th. Chanal, Pierre Téqui éditeur.

Crédits photo : Lukas Baumert © Pixabay

– LE MOT DU LUNDI – Saint Joseph

Belle fête de saint Joseph !

C’est le moment de relire quelques pages de ce livre… pas parce qu’il est de moi 🙂 mais parce qu’il nous transmet quelques secrets du coeur plein d’amour de Joseph !

(La scène se passe à Nazareth, alors que Marie vient de partir à Jérusalem pour être élevée au Temple.)

Joseph voyait les hommes dans la campagne et le rythme cadencé de leurs gestes ancestraux, deux femmes qui redescendaient de la fontaine et le scintillement de l’eau claire qui clapotait dans leurs cruches, un petit garçon qui courait derrière un chien. Le soleil posait sa main d’or sur ces scènes quotidiennes et l’air chaud bruissait de chants d’oiseaux et de cris d’insectes.

Joseph sentit se desserrer lentement la main griffue de cette inexplicable tristesse qu’avait suscitée en lui le départ de Marie. Héli avait raison, il avait perdu sa compagne de jeux, sa soudaine solitude l’en persuada… Mais plus encore, c’était l’âme même de ce pays qui semblait avoir déserté cette terre déjà familière.

Il évoqua le visage de Marie telle qu’elle lui était apparue dans la cour de la maison, lors de ce trop bref adieu. Il se remémora sa gravité et ce bonheur dont elle rayonnait jusque dans l’angoisse de la longue séparation. Son père voyait juste… il était jaloux de cette joie… non pour en priver Marie, mais pour la partager avec elle. Ainsi qu’il est écrit dans le Livre des Psaumes : « Le zèle de ta maison me dévore», la pensée du Temple vivait en lui comme une brûlure. Une seule fois, il avait pénétré dans l’enceinte de l’édifice sacré, mais cette courte visite en compagnie d’Héli avait attisé le feu intérieur qui le consumait, dans un désir fait d’amour et de souffrance. « Un jour dans tes parvis vaut mieux que mille ailleurs… »

Il sentit monter dans son cœur ce même élan qui l’avait poussé, au seuil du sanctuaire, à donner sa vie à Dieu. Dans une offrande silencieuse, il renouvela la consécration au Seigneur de son âme pure et fervente, de son cœur avec toutes les émotions qui s’y bousculaient, de son corps et des forces vives qui y montaient comme une source enfouie.Il goûta alors une paix profonde. Il se coucha dans l’herbe rase, les mains sous la nuque, clignant des yeux dans la lumière vive. Le bleu du ciel était si intense qu’il semblait être à portée de main. L’enfant songea qu’en cet instant, Dieu aussi était à portée de main, à portée de cœur, et que la brise qui caressait son visage était la main du Seigneur agréant son offrande.

Pour en savoir plus : lire Joseph, le secret du juste, d’Odile Haumonté, collection « Aux quatre vents », EdB.