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A propos Odile Haumonté

Écrivain et journaliste, je travaille dans l'édition et la presse catholique depuis 2003.

EN AVENT – Jour 3 –

Le Calendrier de l’Avent

On en trouve à l’effigie de La reine des neiges ou même proposés par des parfumeurs. Pourtant, avant de devenir un objet commercial rempli de cadeaux, de chocolats, de thé, de bières… le calendrier de l’Avent avait vocation à aider les enfants à attendre Noël de manière à la fois pédagogique et spirituelle : cases à colorier en suivant le temps liturgique, éléments à ajouter dans la crèche, prières ou bonnes résolutions… Mais, pour manger des chocolats, on attendait Noël.

Cette tradition remonte à 1908 lorsqu’un éditeur allemand eut l’idée de commercialiser des images pieuses à mettre sur un décor en carton du 1er au 25 décembre. En 1920, les petites fenêtres à ouvrir apparaissent. C’est en 1958 qu’on y met des chocolats.La patience qu’il faut pour ouvrir une fenêtre par jour sans tricher (qui a déjà vidé son calendrier dès le 2 décembre ?) nous rappelle que l’Avent est le temps de l’attente et du désir.

Savoir attendre… C’est l’attente de Marie qui a senti son enfant grandir en elle pendant neuf mois. C’est l’attente du peuple d’Israël qui aspire au salut. C’est l’attente de toute la Création qui veut retrouver la pleine communion avec son Créateur. C’est l’attente de toute l’humanité qui cherche un sens, qui tâtonne dans les ténèbres en quête de la lumière, qui veut rencontrer l’amour que son cœur appelle désespérément.

Savoir attendre… Quand on attend, c’est que quelqu’un doit arriver. C’est un avant-goût du bonheur.

Pour aller plus loin :

Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

Crédits photo © Pixabay

EN AVENT – Jour 2 –

Les bergers

Dans l’Évangile, Jésus se présente comme « le Bon Berger », pris de compassion pour l’humanité qui erre tel un troupeau abandonné, sans guide, sans protection, à la merci des loups, des ours et des voleurs ; mais, dès l’Ancien Testament, Dieu est considéré comme ce berger attentionné qui prend soin de ses brebis : « Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre[1]. »

Les mauvais garçons à la Crèche

Abel, le fils d’Adam et Ève, fut le premier berger de l’histoire de l’humanité : « Abel devint berger, et Caïn cultivait la terre[2]. »

« Les patriarches et les premiers Hébreux furent nomades et bergers ; Abraham, Isaac, Jacob et ses douze fils voyagent, conduisant après eux de nombreux troupeaux de chèvres, de brebis, de bœufs, d’ânes et de chameaux, qu’ils mènent paître dans les steppes solitaires de Canaan, de l’Égypte ou de l’Arabie », nous apprend le Dictionnaire Biblique de Jean-Augustin Bost (1865).

Moïse fut berger lui aussi pour son beau-père après avoir fui l’Égypte, et le jeune David gardait les troupeaux de son père Jessé quand le prophète Samuel vint le choisir comme roi.

Au temps de Jésus, on trouve deux sortes de bergers : d’une part, le troupeau familial de quelques bêtes – une ou deux chèvres, deux moutons, un mulet ou une vache – est mené par un enfant du foyer, généralement le plus jeune fils ; d’autre part, les grands troupeaux des riches exploitants sont conduits vers les étendues non-cultivables – ce que la Bible appelle « le désert », mais qui n’est pas forcément aride – et gardés par des mercenaires. Ces bergers professionnels sont considérés comme des marginaux, prompts à la bagarre et de réputation douteuse : « Nous pourrions comparer la situation des bergers du temps de Jésus à celle des célèbres cow-boys du Far West au début du xxe siècle. Solides garçons agiles et efficaces, parfois un peu trop primaires et violents, dont il convenait de se méfier[3]. »

Employés pour garder plusieurs milliers de bêtes – moutons ou chèvres –, ils ne manquent ni de compétences ni de savoir-faire, ne s’étonnant et ne s’effrayant de rien ; cependant, à la parole de l’ange, ils n’hésitent pas à laisser les troupeaux pour venir jusqu’à la ville « voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous fait connaître[4] ».

De nos jours, la crosse des évêques rappelle le bâton des bergers, arrondi au bout pour leur permettre de mieux ramener au cœur du troupeau la brebis qui s’éloigne. Comme le pasteur qui veille sur ses brebis, les évêques veillent au nom de Jésus sur les fidèles de leur diocèse et sur les prêtres qu’ils envoient en mission.


[1] Psaume 22, 1-3.

[2] Livre de la Genèse 4, 2.

[3] Étienne Dahler, Une terre et des hommes, EdB, 2001, chapitre « Les bergers ».

[4] Évangile de Luc 2, 15.

Pour aller plus loin :

Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

Crédits photo © Pixabay

EN AVENT – Jour 1 –

L’Avent

L’Avent est la période qui précède Noël, fêté le 25 décembre. Sa durée peut être variable, contrairement au Carême qui est toujours de quarante jours.

L’Avent compte forcément quatre dimanches, donc il est le plus court quand le 25 décembre tombe un lundi : en effet, on fête alors, le samedi soir et le dimanche matin, le quatrième dimanche de l’Avent, puis, le soir même, c’est la veillée de Noël. L’Avent est le plus long quand le 25 décembre tombe un dimanche (ce qui est le cas en 2022), car il y a alors une semaine entière entre le quatrième dimanche de l’Avent et Noël, ce qui n’arrive pas quand Noël tombe un mercredi (2024) ou un vendredi (2026).

L’Avent marque le début d’une nouvelle année liturgique. Il commence au plus tôt le 27 novembre et au plus tard le 3 décembre ; il se termine toujours le 24 décembre avec la veillée de Noël.

Le mot Avent ne vient pas du mot « avant [Noël] » mal orthographié, mais du mot latin adventus, qui signifie « avènement, ce qui doit venir, ce qui arrive ». L’Avent est le temps de l’attente : l’attente de Noël, mais surtout l’attente de l’avènement du Christ à la fin des temps. Comme nous le proclamons à chaque messe : « Nous attendons ta venue dans la gloire[1]. »

Un temps de conversion

Les religieux appellent ce temps « le petit Carême » car il présente des points de ressemblance avec le Carême, au sens où nous sommes invités à purifier nos cœurs pour nous préparer à la grande fête de Noël. La dimension de pénitence[2] et de conversion est moins présente dans l’Avent que dans le Carême : c’est le temps de l’espérance. Pourtant, aux dires de certains moines, c’est une période de « décapage » spirituel : « Tandis que le Carême est une période rude où nous sommes conduits au désert, mais marquée de grandes grâces et de consolations, l’Avent est au contraire le moment où les moines sont le plus tentés de faire leur valise et de s’enfuir ! » me confia une sœur consacrée lors d’une retraite.

Concernant la liturgie, pendant l’Avent comme pendant le Carême, on ne chante plus le Gloria – pour mieux faire retentir celui des anges dans la nuit sainte ! Mais c’est le seul élément qui est omis : l’Alléluia est toujours chanté. La couleur liturgique de l’Avent est le violet, comme pendant le Carême.


[1] Anamnèse.

[2] L’Église a d’ailleurs supprimé les jours de jeûne obligatoire pendant l’Avent, qui existaient autrefois.

Pour aller plus loin :

Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

Crédits photo © Pixabay

Saint Nicolas, l’ami des enfants

Saint Nicolas est incontournable à la période de Noël. On le voit passer dans son vêtement rouge, accompagné d’un petit âne. Son visage orné d’une longue barbe blanche est doux et souriant, il est coiffé d’une mitre et tient à la main une crosse dorée, car il est évêque.

Sa vie est jalonnée de faits merveilleux. Peut-être ne sont-ils pas tous vrais ou peut-être ne se sont-ils pas déroulés exactement comme on les raconte, mais ils constituent la belle légende de saint Nicolas.

Entre folklore, vérité historique, spiritualité et ambiance de Noël, cet album est une mine d’informations et on y découvrira avec intérêt que saint Nicolas a inspiré le personnage du Père Noël, d’ailleurs appelé Santa Klaus aux États-Unis.

Illustrations de Laure Th. Chanal

Ce livre est publié aux éditions Téqui dans la collection « Les Petits Pâtres ».

– LE MOT DU LUNDI – La sainteté est-elle pour moi ?

En entrant dans l’Avent, nous sommes peut-être habités par un questionnement sur la sainteté. Nous avons certainement l’habitude d’écouter ou de lire des vies de saints, des citations, des enseignements, des prières des saints, et nous essayons de les mettre en pratique, mais que représente vraiment la sainteté pour chacun de nous, pour vous, pour moi ? Si la sainteté n’est pas évidente à définir, il est du moins facile de dire ce qu’elle n’est pas.

Premier point : La sainteté n’est pas la perfection

Sainte Bernadette de Lourdes affirmait : « Je voudrais qu’on dise les défauts des Saints et ce qu’ils ont fait pour se corriger ; cela nous servirait bien plus que leurs miracles et leurs extases. » L’exemple des saints veut nous protéger du découragement : en effet, nous découvrons qu’ils ont été comme nous colériques, rancuniers, angoissés, tenaillés par le doute, envahis par la révolte. Nous pouvons retrouver en eux tous nos défauts. La sainteté ne consiste donc pas à être parfaits, irréprochables, à ne plus jamais pécher ; la sainteté est cette confiance en Dieu et en nos frères qui nous pousse à nous relever sans cesse et à revenir : revenir vers Dieu même si nous sommes dans le doute ou la sécheresse ; revenir vers nos frères même s’ils nous ont blessés ou rejetés. Sainte Thérèse d’Avila nous invite à demeurer dans cette confiance avec un cœur égal dans nos réussites comme dans nos échecs, dans nos joies comme dans nos chutes : « Que rien ne te trouble, que rien ne t’effraie. Tout s’en va. Dieu demeure. » C’est nous qui nous éloignons de Dieu ; le Seigneur, lui, est toujours là pour nous et il nous attend. « Revenons à lui de tout notre cœur. »

Deuxième point : La sainteté n’est pas réservée à une élite

« Tous sont appelés à la sainteté », nous dit le Catéchisme de l’Église catholique (§ 2013). La sainteté est notre mission et c’est dans notre vie de tous les jours que nous accomplirons cette mission. Regardons les saints : certains ont été appelés à fonder des ordres religieux, d’autres à partir pour évangéliser la Chine ou la Russie, d’autres enfin à devenir de grands théologiens. Ce sont ceux que la Petite Thérèse appelle « les grands aigles ». À côté d’eux, il y a « les petits oiseaux », ceux qui n’ont pas laissé d’œuvres grandioses, mais qui ont mis un amour de Dieu extraordinaire dans leur vie ordinaire. Sainte Élisabeth de la Trinité disait du fond de son Carmel de Dijon : « Je fais tout avec Dieu, que je balaye, que je travaille ou que je sois à l’oraison. »

Et saint Jean de la Croix recommandait : « Que vous mangiez, que vous buviez […], que vous parliez, ou que vous fassiez toute autre chose, entretenez constamment en vous le désir de Dieu. » Nous pouvons trouver Dieu dans nos casseroles, comme sainte Thérèse d’Avila, ou dans notre ordinateur, comme le bienheureux Carlo Acutis. Alors, qu’est-ce qui distingue les saints, quel est le « petit plus » de cette vie tout ordinaire, sinon « la joie parfaite » de saint François d’Assise ? Le bienheureux Pier Giorgio Frassati, donné en exemple aux jeunes par le pape Jean-Paul II, disait à sa sœur : « Tu me demandes si je suis joyeux, mais comment ne pas l’être, tant que la foi me donne de la force ? Je suis toujours joyeux ! La tristesse ne devrait pas exister dans l’âme des catholiques ! » À l’école des saints, motivés par leur exemple et soutenus par leur prière, recevons, nous aussi, le secret de la vraie joie qui est la clé de la sainteté.

Pour aller plus loin : voir le livre d’Odile Haumonté, Vivre aujourd’hui avec les saints, Salvator, 2022.

Pour écouter cet article en podcast sur RCF Lorraine Nancy : émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du mercredi 16 novembre 2022.

Crédits photo : Bruno/Germany © Pixabay

Agnès de Nanteuil et Sophie Scholl – Les jeunes dans la Résistance

Agnès est française, Sophie est allemande. Elles n’ont pas encore fêté leurs 22 ans quand elles donnent leur vie pour leur pays et pour leur foi. Comme bien des jeunes chrétiens de leur époque, elles se sont engagées dans la lutte contre le nazisme : : Sophie Scholl dans le mouvement de « La Rose Blanche » ; Agnès de la Barre de Nanteuil en devenant agent de liaison dans la Résistance du Nord de la France.

Ce récit complété par de nombreux témoignages veut rendre un vibrant hommage à Agnès, Sophie et tous ces jeunes qui firent le choix de mourir pour leur foi et pour la liberté, de chaque côté de la frontière, avec l’espoir de construire un monde de paix et de fraternité.

EXTRAIT [Sophie Scholl] :

Dans le silence de la chambre, sa décision est prise : Sophie se rangera à ses côtés dans cette lutte qui, elle le sait bien, peut les conduire tous les deux à la mort.

Enfin, elle entend ses pas, s’élance à sa rencontre :

– Hans, regarde les tracts qui circulent à l’université ! Sais-tu d’où ils viennent ?

Le frère et la sœur se connaissent si bien que le jeune homme n’a pas besoin de répondre ; d’ailleurs, Sophie tient le recueil de Schiller dans l’autre main. Cependant, il tente d’esquiver la discussion :

– Non, Sophie, je ne te dirai rien. Je dois me taire pour ne mettre personne en danger.

– Hans, c’est trop compliqué pour un seul homme. Laisse-moi t’aider !

EXTRAIT [Agnès de Nanteuil] :

Sabine [la mère d’Agnès] met en place un réseau d’évasion des aviateurs français ou anglais pour leur permettre de regagner Londres. Les enfants sont impliqués dans cette action : qui se méfierait d’une jeune fille ou d’un adolescent ayant l’air d’attendre un voyageur dans le hall de la gare de Vannes ? Pourtant, quelle audace ! Il faut en effet passer devant les locaux de la Gestapo qui sont situés dans la même rue que l’appartement familial, rue Jeanne d’Arc : la famille de Nanteuil se trouve au numéro 35 et la Gestapo au numéro 43 ! Si leurs camarades s’étonnent un peu du nombre de « cousins », venus pour une nuit, que compte la famille, ils n’en disent rien.Grâce à sa bonne connaissance de la langue anglaise, Agnès peut communiquer avec les rescapés anglais, et des relations amicales se nouent entre les combattants et leurs sauveteurs. Après les avoir mis à l’abri à la campagne dans une ferme non loin du château de Runiac, leur ancienne demeure, Agnès et ses frères et sœurs les remettent ensuite entre les mains du réseau pour la suite du voyage. Une trentaine de fugitifs seront ainsi exfiltrés.

Agnès de Nanteuil et Sophie Scholl – Les jeunes dans la Résistance, collection « Les Sentinelles » n° 65, Téqui, septembre 2022.

– LE MOT DU LUNDI – Trouver sa place, avec le saint Curé d’Ars

Nous fêterons le 4 août saint Jean-Marie Vianney, le célèbre Curé d’Ars, dont on connaît l’esprit de pauvreté – ses confrères prêtres n’aimaient guère être invités chez lui pour manger des pommes de terre pourries et des croûtes de pain moisies, tant il se souciait peu de ce qu’il y avait dans son assiette – et l’extraordinaire rayonnement : les foules faisaient la queue jour et nuit à la porte de l’église pour le voir célébrer la messe ou pour se confesser à lui. Pourtant, il souffrait du complexe de l’imposteur. Il ne se reconnaissait pas dans cette célébrité. Humble et petit, il avait l’impression d’usurper cette place de prédicateur brillant, de confesseur exceptionnel qu’on lui reconnaissait. Aujourd’hui, que peut-il nous dire pour nousaider à trouver notre place ?

D’abord, que nous nous sentions appelés

Jean-Marie, né en 1786, a grandi sous la Révolution. À onze ans, il ne s’était encore jamais confessé quand il rencontra l’abbé Groboz, un missionnaire pourchassé qui s’était caché pour quelques jours dans la famille Vianney. Cette première confession le marqua tellement qu’il ressentit le désir de devenir prêtre pour annoncer aux gens, et surtout aux grands pécheurs, la miséricorde de Dieu. Sa vocation était née. Commença alors un dur chemin, celui des études. Jean-Marie n’était pas doué pour apprendre, notamment le latin, il était même « d’une nullité décourageante » comme le lui dit son supérieur de Lyon en le renvoyant du séminaire. Alors qu’il s’apprêtait à renoncer sous le poids du désespoir, une voix résonna aux oreilles de son cœur : « Tu seras prêtre. » Jean-Marie s’accrocha et, avec l’aide de son vieux curé qui l’avait pris sous sa protection, il parvint à passer les examens et à être ordonné prêtre le 13 août 1815.

Ensuite, que nous nous laissions envoyer

En 1818, l’abbé Vianney est envoyé comme chapelain dans un petit village de l’Ain, Ars. Cette commune de 230 habitants n’est même pas une paroisse à part entière. Le vicaire général de Lyon lui confie cette mission en lui disant : « Il n’y a pas beaucoup d’amour du Bon Dieu dans cette ancienne paroisse. Vous en mettrez. » Le « petit Curé » comme on l’appelle affectueusement se met au travail. Il embellit l’église, insiste sur la nécessité des sacrements, se fait proche des habitants qu’il visite dans les champs et dans leurs fermes. Il dort très peu, mange encore moins, tout son temps est donné pour Dieu et pour ses paroissiens. Ceux-ci, peu à peu, se laissent toucher et reviennent à l’église. Puis, à partir de 1830, ce sont des foules de plus en plus nombreuses qui viennent à Ars, attirées par sa réputation de sainteté. L’année de sa mort, ce furent 80 000 personnes qui vinrent à Ars chercher, auprès de l’humble curé de campagne, la révélation de l’amour infini de Dieu.

Enfin, que nous acceptions de durer

« Laissez-moi partir ! » suppliait-il en pleurant. Plus les gens l’adulaient comme un saint, plus il sombrait dans l’abattement car il se croyait destiné à l’enfer. « Ma tentation, disait-il, c’est le désespoir. » Il pensait que si ses fidèles le voyaient tel qu’il était, ils se détourneraient aussitôt de lui. Il se croyait indigne de la confiance de ses supérieurs et incapable d’accomplir la mission qui lui était confiée. À plusieurs reprises, il tenta de s’enfuir à la faveur de la nuit, mais il y avait toujours quelqu’un pour le reconnaître et le ramener au presbytère. En août 1859, quand il tomba malade d’épuisement, tout le village se mit à prier pour sa guérison. Il faisait chaud et lourd, et le malade souffrait terriblement. Les villageois eurent l’idée, pour le rafraîchir, d’envelopper le presbytère dans de grands draps et de les mouiller avec des seaux d’eau ; tous les hommes faisaient la chaîne et se relayaient comme pour un incendie. Le 4 août, il bénit depuis son lit tous ceux qui se trouvaient dehors, puis s’échappa paisiblement dans la mort.

Demandons-lui de nous aider à trouver notre place dans ce monde et dans l’Église comme Jean-Marie Vianney a trouvé la sienne : le jeune homme renvoyé du séminaire en 1813 a été proclamé en 1929 « le saint patron de tous les curés de l’univers ».

Pour écouter cet article : Trouver sa place avec le saint Curé d’Ars

* À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du vendredi 5 août 2022

** Pour aller plus loin : Odile Haumonté, Le chemin du Ciel, Saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars, collection « Les Sentinelles » n° 24, Pierre Téqui éditeur.

– LE MOT DU LUNDI – Mon âme se repose en paix

Voici venu l’été, le joli temps des vacances. Pour certains, il signifie la solitude parce que leurs voisins et amis sont partis en vacances, ou parce que les activités habituelles des paroisses et des associations sont suspendues jusqu’à la rentrée. Pour d’autres, il représente des contraintes professionnelles qui s’exercent dans des conditions rendues plus difficiles par la chaleur, par l’afflux de vacanciers, par la présence des enfants. Pour d’autres enfin, si la maison se remplit pour des retrouvailles familiales ou simplement le retour des ados pensionnaires ou étudiants, cela nécessite une organisation quotidienne faite de courses à prévoir et de repas à préparer. Combien se disent, à la fin du mois d’août : « Ouf, c’est la fin des vacances, on va pouvoir se reposer ! » Mais qu’est-ce que le repos, au fond ?

Prenons d’abord le repos du corps

Bien sûr, nous avons besoin de faire une coupure et de décompresser. Flâner dans le marché du village pour y trouver de bons produits du terroir, se remplir les yeux de beaux paysages, de ciel bleu et de verdure, découvrir un nouveau sport, tout cela est très bénéfique. Cependant, pour ne pas laisser filer le temps entre nos doigts et rentrer déçus, cela ne suffira pas. Le repos viendra de nos projets, de nos réalisations, de ce que nous aurons accompli pour marquer notre passage. Ce peut être une activité artistique, un journal de famille, un grand jeu qui se poursuit de jour en jour ; ou bien repeindre la cuisine des grands-parents, installer une balançoire dans le jardin, planter un arbre… quelque chose qui nous rendra fiers et qui nous rappellera ce bel été, année après année. Fabriquons des souvenirs heureux, des souvenirs comiques, des souvenirs émouvants que nous nous raconterons aux repas de famille comme un héritage précieux. Nous aurons peut-être des ampoules aux mains, mais nous éprouverons un sentiment de bien-être et d’accomplissement.

Voyons ensuite le repos du cœur

Si nous nous apprêtons à vivre de grandes retrouvailles familiales ou autres cousinades, nous avons sans doute une certaine appréhension à l’idée de cohabiter avec notre belle-fille, notre belle-sœur ou notre belle-mère ! Je le dis au féminin, mais il en va de même bien sûr pour un insupportable neveu ou un grand-oncle grincheux… Bref, nous les adorons, mais passer une semaine avec eux n’est jamais de tout repos et nous savons que la tension peut monter jusqu’à l’affrontement dont on ne sort pas indemne. Alors ? Faut-il serrer les dents et afficher un sourire de façade en se disant : « Plus que quatre jours » ? Et si nous mesurions la chance que nous avons d’appartenir à une famille, même si elle est imparfaite ? De recevoir des amis, même s’ils sont bruyants ou bavards ? D’accueillir nos petits-enfants, même s’ils nous font parfois tourner en bourrique ? C’est en profitant de ceux que nous aimons que nous nous reposerons vraiment ; c’est en goûtant leur présence, leur amitié, leur amour que nous referons nos forces, nos réserves de joie et de sérénité.

Et qu’en est-il enfin du repos de l’âme ?

Durant cet été, nous laisserons-nous conduire par l’Esprit Saint « sur des prés d’herbe fraîche pour y refaire notre âme », comme nous dit le Psaume 22, le psaume du Bon Berger ? Refaire notre âme, c’est ce dont nous avons le plus besoin ! Invitons Dieu dans nos vacances, peut-être d’une façon différente du reste de l’année. Si nous n’avons jamais récité le chapelet devant un beau paysage, nous pouvons tenter l’expérience. Si nous ne sommes pas familiers de la Liturgie des Heures, pourquoi ne pas réciter les laudes dans une petite chapelle de campagne, alors que tout le monde dort encore ? Si nous résidons à proximité d’un sanctuaire ou si nous avons simplement repéré un beau calvaire à l’orée de la forêt, nous pouvons lancer l’idée d’un pèlerinage en famille. Ne serait-ce pas l’occasion de nous confier les uns aux autres nos intentions de prière, ce qui nous tracasse, ce qui nous réjouit, nos espérances et nos projets pour la rentrée ? En devenant dans la prière des intercesseurs pour nos proches, nous goûterons le vrai repos, celui du disciple bien-aimé qui repose sur le cœur de son Seigneur.

Bel été, chers auditeurs, et que la paix du corps, du cœur et de l’âme soit au rendez-vous de vos vacances !

* À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du vendredi 8 juillet 2022

Crédits photo © Steve Bidmead-Pixabay

– LE MOT DU LUNDI – Une Église de communion

Nous fêterons ce mercredi 29 juin la solennité des saints apôtres Pierre et Paul, et j’ai eu une distraction en lisant les textes de la Liturgie des Heures : je me suis demandé comme ils auraient pris, de leur vivant, la nouvelle qu’ils allaient être fêtés ensemble jusqu’à la fin des temps.

J’aime le fait qu’il y ait eu des tensions entre Pierre et Paul, qu’ils se soient montrés tellement différents l’un de l’autre et qu’ils soient pourtant « les deux piliers de l’Église », comme on les appelle. Pierre était un simple pécheur de Galilée, Paul un pharisien lettré qui avait étudié les Écritures dans l’une des meilleures écoles de Jérusalem ; Pierre annonçait l’Évangile aux juifs, Paul s’est tourné vers les païens ; Pierre a vaincu son caractère emporté et sa volonté propre, Paul est resté jusqu’au bout « tout feu tout flamme ». Ce sont ces deux hommes, différents et complémentaires, qui ont bâti l’Église des premières années sur des fondations si solides qu’elles tiennent encore, deux millénaires plus tard. Quel enseignement pouvons-nous en tirer ? J’y vois une vérité fondamentale : nos différences sont une richesse !

Trop souvent, en couple ou en paroisse, nous sommes effrayés de constater qu’il y a entre nous des divergences de point de vue, de besoin et même de désir. Nous avons en tête que «toute ville ou maison divisée contre elle-même sera incapable de tenir», comme nous le dit Jésus en Matthieu 12, 25. Mais toute discussion n’est pas division !

Quand Pierre et Paul s’affrontent violemment sur les règles de base à imposer aux nouveaux convertis, comment se comportent-ils ? Paul nous l’explique, au début du chapitre 2 de sa lettre aux Galates, en trois points :

Premier point : « Ayant reconnu la grâce qui m’a été donnée »

Reconnaissons-nous la grâce qui repose sur notre conjoint, sur notre curé, sur le responsable de tel ou tel ministère ? Et nous, de notre côté, expliquons-nous suffisamment à notre entourage pourquoi nous avons décidé d’agir de telle manière ou de nous charger de telle mission ? Il y a tant à faire dans l’Église qu’il y a de la place pour tout le monde ! Quand nous lorgnons une place bien précise, nous ne voyons pas l’immense vide tout autour de nous où nous pourrions trouver notre juste place.

Deuxième point : « ils nous ont tendu la main »

Tendre la main, c’est faire un pas vers l’autre, c’est parcourir une partie du chemin plutôt que de tourner les talons dans le découragement ou de tourner le dos dans la bouderie. Et prendre la main que l’autre nous tend, c’est reconnaître que nous sommes tous en chemin. Celui qui campe sur ses positions s’est installé dans ses certitudes et n’entend plus bouger. Au contraire, celui qui tend la main ou qui reçoit la main tendue vers lui accepte de se mettre ou de se remettre en route.

Troisième point : « en signe de communion »

Cherchons-nous à faire grandir la communion ou à avoir raison ? Dans notre couple, notre famille, notre paroisse, quel est le témoignage le plus important que nous puissions donner, sinon celui de la communion ? « Que tous soient un, prie Jésus, qu’ils soient un afin que le monde croie. » (Jean 17, 21) Il ne s’agit plus de savoir si nous sommes de l’équipe de Pierre ou de la spiritualité de Paul, il s’agit de changer le monde ! Nous le savons bien, quand nous voyons un couple qui communique avec tendresse, une paroisse où tout le monde se salue avec de grands sourires, nous sommes attirés, nous avons envie de nous rapprocher d’eux. Demandons à saint Pierre et saint Paul, fêtés ensemble par l’Église, de nous aider à être, comme eux, malgré nos différences, des artisans de communion.

Pour écouter cet article : Une Église de communion, saint Pierre et saint Paul

* À écouter également en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du jeudi 30 juin 2022

** Pour aller plus loin : Odile Haumonté, Saint Paul, l’ambassadeur enchaîné, Téqui.

Crédits photo © Pixabay-jplenio

– LE MOT DU LUNDI – Esprit Saint, Esprit de tendresse

Dans cette octave de la grande fête de la Pentecôte, profitons encore un peu de l’Esprit Saint qui nous est donné car ensuite, durant le reste de l’année, nous avons tendance à le laisser de côté.

Durant la messe de la Pentecôte, nous avons chanté la séquence Veni sancte spiritus et j’aimerais revenir sur trois versets de cette hymne, qui constituent la strophe 4 :

Premier verset :

Dans le labeur, [tu es] le repos

Nous sommes fatigués. Notre vie quotidienne est une course après le temps, que ce soit pour notre travail, pour nos loisirs ou pour notre famille. J’ai le cœur qui se serre quand je promène mon chien le soir dans le quartier et que je vois ces petits bouts de chou que leur maman ramène à la maison dans leur poussette, à moitié endormis, mais pas encore couchés. Je sais qu’elle ne peut pas faire autrement, mais je réalise que c’est l’organisation de notre société tout entière qui ne lui permet pas de faire autrement. L’Esprit Saint nous invite à lever le pied, à réfléchir à nos priorités ; il nous procure le vrai repos qui est celui d’une âme sans angoisse, d’un cœur sans souci et d’un corps sans stress. L’Esprit Saint nous accompagne de sa force dans tout ce que nous vivons, il sait que nous avons besoin de travailler pour subvenir aux besoins de ceux que nous aimons, mais aussi aux besoins de l’Église, des pauvres, des organisations caritatives. Cependant, il nous rappelle discrètement que, si nous avons de multiples occupations, il n’existe qu’un véritable labeur : faire advenir le Royaume de Dieu au milieu du monde. De tout ce que nous entreprenons, il ne restera rien – ou pas grand-chose –, mais ce que nous avons fait au service de l’annonce de l’Évangile restera.

Deuxième verset :

Dans la fièvre, [tu es] la fraîcheur

Ces mots évoquent pour moi la main d’une maman sur le front de son enfant malade. Ce simple geste, par l’intérêt qu’il exprime, par la compassion qu’il apporte, est déjà un apaisement. Nous sommes souvent pris de fièvre : nous avons l’envie soudaine d’acheter telle ou telle chose, nous sommes saisis d’angoisse en pensant à telle ou telle situation, nous avons l’impression d’avoir échoué dans un domaine de notre vie, par rapport à notre couple ou dans l’éducation de nos enfants, par exemple, ou bien de nous être trompés dans nos choix, d’avoir manqué notre vocation. Dans ces moments de doute, de colère, de tristesse, le Saint-Esprit descend dans nos cœurs pour nous soutenir et nous relever. Il ouvre nos yeux pour que nous puissions voir tout ce qu’il y a de bon et de beau dans notre vie, dans notre famille, dans ce que nous avons construit en nous et autour de nous. Il nous ouvre à l’action de grâce, à ce « merci » à la vie qui nous permet de relire toute notre existence sous le regard de Dieu.

Troisième verset :

Dans les pleurs, [tu es] le réconfort

Ce verset me fait penser à cette promesse du livre de l’Apocalypse : « Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur » (Ap 21, 4). Nous avons le droit de pleurer, de nous sentir faibles, pauvres, petits, de regretter ce qui n’est pas ou ce qui n’est plus. Puis vient le moment de laisser la main de Dieu sécher nos pleurs et de permettre à l’amour de Dieu de ramener doucement la joie au fond de nous.

Accueillons le Saint-Esprit comme le Consolateur, le Défenseur qui se tient sans cesse à nos côtés pour nous soutenir et nous guider. Viens, Esprit Saint, et donne-nous la joie éternelle. Amen !

* À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du vendredi 10 juin 2022

** Pour aller plus loin : Odile Haumonté, Au quotidien avec l’Esprit Saint, EdB.

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