Avatar de Inconnu

A propos Odile Haumonté

Écrivain et journaliste, je travaille dans l'édition et la presse catholique depuis 2003.

– LE MOT DU JEUDI SAINT – Le mystère du pain et du vin

Ce récit biblique d’après 1 Corinthiens 11, 23-26, à la manière de la méditation ignacienne, nous emmène au temps de Jésus pour la Cène, son dernier repas avant d’entrer dans sa Passion.

Quelle joie d’être invitée avec mon ami Simon au repas qui nous fait entrer dans la grande fête juive de la Pâque ! Bien sûr, nous n’avons pas de place à table, mais nous pouvons nous glisser près de Jésus pour écouter ce qu’il dit à ses disciples. Nous sommes aussi ravis de rendre service. Je pose devant Jésus un beau plat de pains sans levain bien croustillants. Jésus en prend un, il récite une prière de bénédiction, puis il le rompt en disant : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Il donne alors les morceaux à ses apôtres qui les mangent avec un grand respect. « Que se passe-t-il ? » me souffle Simon. Je chuchote : « Je ne sais pas. Je ne crois pas qu’on fasse ça d’habitude pendant le repas pascal. » À la fin du repas, Jésus prend la coupe de vin et dit : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Puis il la donne à Jean assis près de lui, qui en boit une gorgée avant de la tendre à son voisin. Je me souviens alors d’une parole de Jésus qui avait choqué beaucoup de monde : « Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui*. » Je comprends ce que Jésus a voulu dire ce jour-là ! Ce pain est devenu son Corps, ce vin est devenu son Sang, mais ce mystère reste caché et nous le comprenons grâce à la foi. Quelle aventure, mes amis !

JE PRIE : Jésus, tu te caches dans une hostie de pain, toi qui es Dieu. Quel mystère ! Au moment de l’élévation, quand le prêtre redit tes paroles, je regarde avec amour l’hostie qui devient ton Corps. Je dis dans mon cœur : « Mon Seigneur et mon Dieu, Jésus, je t’aime. »

Cette histoire est extraite du numéro 505 d’avril 2023 de Patapon, le magazine « pour grandir en famille avec Jésus », à partir de 5 ans.

Illustration : Cécile Guinement

– LE MOT DU MERCREDI SAINT – Le malheur de Judas

Nous sommes à la veille du Triduum pascal et l’Église nous propose de méditer aujourd’hui sur l’évangile de la trahison de Judas. « Le Fils de l’homme s’en va », dit Jésus à ses Apôtres, « mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! » (Matthieu 26, 24). Quel mystère que cet affrontement de deux libertés : la liberté de Jésus qui accepte la coupe que le Père lui a donnée à boire et qui entre librement dans sa Passion ; et la liberté de Judas qui choisit le mal, qui trahit celui qu’il accompagne depuis trois ans, le voyant pourtant faire le bien partout où il passe. La différence entre eux est que Jésus est dans une grande paix malgré son angoisse : « Père, que ta volonté soit faite, et non la mienne » alors que Judas est profondément malheureux, tellement assailli par le remords qu’il ira se pendre.

Nous entendons dans l’évangile cet étrange dialogue entre eux au cours du dernier repas où Judas finit par dire : « Seigneur, serait-ce moi ? » Nous comprenons alors que Jésus n’a pas cessé de lui tendre des perches, de lui tendre la main : « Qu’as-tu fait ? Je connais ton cœur, je connais ton péché. Mais il n’est pas trop tard, tu peux encore avouer ta faute et te jeter dans les bras de ma Miséricorde ! Ne m’as-tu pas vu, à de nombreuses reprises, faire bon accueil aux pécheurs ? »

Judas n’écoute pas, il garde le cœur endurci, comme Adam qui se cache, comme Caïn, comme Pharaon. Il tourne le dos à la Miséricorde.

Et nous, où en sommes-nous ? Est-ce que ce Carême qui touche à sa fin nous a permis de regarder le fond de notre cœur à la lumière de l’Esprit Saint ? Avons-nous entendu Jésus nous dire : « Qu’as-tu fait ? »

Nous avons fait de belles choses, nous avons sans doute tenu certaines de nos résolutions : nous avons prié davantage, nous avons rejoint les propositions faites par notre paroisse, nous avons reçu le sacrement du pardon.

Mais la lumière de la Résurrection éclaire aussi nos zones d’ombre, tout ce qui a besoin en nous d’être converti, purifié, pardonné. Est-ce que nous avons pris un air innocent pour dire : « Serait-ce moi, Seigneur ? » Ou est-ce que nous avons accepté de nous laisser déranger, bousculer, humilier même par la découverte de ces ténèbres qui subsistent en nous malgré toute notre bonne volonté et nos efforts ?

Dans certaines communautés religieuses, le Mercredi saint est le jour de la « coulpe » où les consacrés se demandent pardon les uns aux autres pour les manquements à la vie communautaire et fraternelle, les agacements, les tensions qui naissent de la vie ensemble. Nous aussi, nous pouvons demander pardon – verbalement ou dans notre cœur – à ceux qui nous entourent pour nos duretés de cœur, nos manques d’amour, nos jugements.

Dans sa Passion qui commence demain soir, Jésus nous rappelle qu’il est venu pour sauver non pas les bien-portant, ceux qui n’ont pas besoin du salut, mais les pécheurs, les petits, les humiliés, ceux qui tombent sans cesse. Oublions nos résolutions de Carême, réussies ou ratées, pour vivre pleinement ces trois jours saints à la suite de Jésus jusqu’à la Lumière de Pâques, en mettant nos pas dans ses pas, en tournant nos cœurs vers son Cœur. Ayons le courage de lui dire, comme le brigand repenti, face à tous ceux qui l’insultaient et qui se moquaient de lui : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » (Luc 23, 42)

Pour écouter cet article :

* À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du mercredi 5 avril 2023.

** Pour rejoindre Jésus dans sa Passion en priant le Chemin de Croix avec nos enfants : Le Chemin de Croix médité pour les enfants, par Odile Haumonté et Laure Th. Chanal, Pierre Téqui éditeur.

Crédits photo : Lukas Baumert © Pixabay

Maman, je n’ai pas sommeil – 21 histoires à raconter le soir

Giorgio et les pirates, Lapinou et ses frères et sœurs, Coccinelle et la rentrée des classes, Mamadou perdu dans la forêt, Rat des champs et la grande tempête, Violette la princesse triste… autant de personnages attachants qui vivent des aventures drôles, dangereuses ou palpitantes. Heureusement, tout est bien qui finit bien !

Contes de tous les pays, histoires vraies ou légendes, ces 21 histoires à raconter le soir raviront tous les enfants.

Avec Catherine de Lasa, auteur Jeunesse.

Publié aux Éditions Téqui.

– LE MOT DU LUNDI – Saint Joseph

Belle fête de saint Joseph !

C’est le moment de relire quelques pages de ce livre… pas parce qu’il est de moi 🙂 mais parce qu’il nous transmet quelques secrets du coeur plein d’amour de Joseph !

(La scène se passe à Nazareth, alors que Marie vient de partir à Jérusalem pour être élevée au Temple.)

Joseph voyait les hommes dans la campagne et le rythme cadencé de leurs gestes ancestraux, deux femmes qui redescendaient de la fontaine et le scintillement de l’eau claire qui clapotait dans leurs cruches, un petit garçon qui courait derrière un chien. Le soleil posait sa main d’or sur ces scènes quotidiennes et l’air chaud bruissait de chants d’oiseaux et de cris d’insectes.

Joseph sentit se desserrer lentement la main griffue de cette inexplicable tristesse qu’avait suscitée en lui le départ de Marie. Héli avait raison, il avait perdu sa compagne de jeux, sa soudaine solitude l’en persuada… Mais plus encore, c’était l’âme même de ce pays qui semblait avoir déserté cette terre déjà familière.

Il évoqua le visage de Marie telle qu’elle lui était apparue dans la cour de la maison, lors de ce trop bref adieu. Il se remémora sa gravité et ce bonheur dont elle rayonnait jusque dans l’angoisse de la longue séparation. Son père voyait juste… il était jaloux de cette joie… non pour en priver Marie, mais pour la partager avec elle. Ainsi qu’il est écrit dans le Livre des Psaumes : « Le zèle de ta maison me dévore», la pensée du Temple vivait en lui comme une brûlure. Une seule fois, il avait pénétré dans l’enceinte de l’édifice sacré, mais cette courte visite en compagnie d’Héli avait attisé le feu intérieur qui le consumait, dans un désir fait d’amour et de souffrance. « Un jour dans tes parvis vaut mieux que mille ailleurs… »

Il sentit monter dans son cœur ce même élan qui l’avait poussé, au seuil du sanctuaire, à donner sa vie à Dieu. Dans une offrande silencieuse, il renouvela la consécration au Seigneur de son âme pure et fervente, de son cœur avec toutes les émotions qui s’y bousculaient, de son corps et des forces vives qui y montaient comme une source enfouie.Il goûta alors une paix profonde. Il se coucha dans l’herbe rase, les mains sous la nuque, clignant des yeux dans la lumière vive. Le bleu du ciel était si intense qu’il semblait être à portée de main. L’enfant songea qu’en cet instant, Dieu aussi était à portée de main, à portée de cœur, et que la brise qui caressait son visage était la main du Seigneur agréant son offrande.

Pour en savoir plus : lire Joseph, le secret du juste, d’Odile Haumonté, collection « Aux quatre vents », EdB.

« Homme et femme il les fit »

C’est aujourd’hui la journée internationale des femmes et pour m’accompagner dans cette chronique, j’ai invité deux femmes bien différentes : sainte Zélie Martin et sainte Élisabeth de la Trinité.

1. Épouse modèle ou modèle des épouses : sainte Zélie Martin

Zélie Guérin, dentellière, essuie un refus quand elle veut entrer au couvent et elle épouse un jeune homme, Louis Martin, qui, ayant été lui aussi refusé au monastère du Grand-Saint-Bernard, est devenu horloger. 

Femme d’affaires, Zélie développe sa petite entreprise de point d’Alençon, si bien que son mari arrêtera son travail d’horloger pour la seconder. Elle veille comme une mère sur les ouvrières qu’elle fait travailler. Quand l’une d’elles tombe malade, elle lui vient en aide et lui promet que sa place lui sera gardée. 

Comme épouse, elle est entièrement dévouée à son cher Louis qu’elle aime tendrement : « Je suis très heureuse avec lui, dit-elle, il me rend la vie bien douce. C’est un saint homme que mon mari, j’en désire un pareil à toutes les femmes. » Cependant, bien qu’il soit doux et patient, venant d’une famille de militaires, Louis entend être obéi. Zélie nous semble vraiment contemporaine lorsqu’elle écrit avec humour à sa belle-sœur : « Quand je dis à quelqu’un : “Mon mari ne veut pas”, c’est que je n’ai pas plus envie que lui de la chose. Car sinon, je sais bien l’y décider », avec douceur et patience.

Enfin, c’est une mère tendre et joyeuse qui aime jouer avec ses filles : « Je me suis amusée comme un enfant aux jeux de patience, j’ai payé mon enfantillage : j’avais à faire un envoi de dentelles très pressé, il a fallu rattraper le temps perdu et veiller jusqu’à une heure du matin. » Elle fait à sa belle-sœur des récits pleins d’humour de leur vie quotidienne, comme cette scène d’un goûter animé : « Marie veut des beignets, les autres des gâteaux, d’autres des marrons ; moi, je voudrais bien la paix. »

Éducatrice hors pair, c’est d’abord la foi chrétienne qu’elle veut leur transmettre. Souvent, elle prend ses filles sur ses genoux et leur raconte des scènes d’Évangile ou des épisodes de la vie des saints. Le soir, la prière rassemble toute la famille.

2. Une femme du silence intérieur, sainte Élisabeth de la Trinité

Jeune fille passionnée, pianiste de talent, Élisabeth Catez entre au Carmel de Dijon à 21 ans. Sa vocation est d’être « une louange de gloire ».

En novembre 1904, elle écrit sa célèbre prière : Ô mon Dieu, Trinité que j’adore. Deux ans plus tard, elle tombe gravement malade. À sa prieure qui lui demande si, comme la Petite Thérèse, elle passera son Ciel « à faire du bien sur la terre », Élisabeth répond que non : comme une petite fusée, elle s’envolera tout droit prendre sa place au cœur de la sainte Trinité.

Elle ajoute : « Il me semble qu’au Ciel, ma mission sera d’attirer les âmes dans le recueillement intérieur ; de les garder en ce grand silence du dedans qui permet à Dieu de s’imprimer en elles, de les transformer en Lui. »

Que l’exemple de ces deux saintes puisse aider chaque femme à trouver sa mission dans le monde et dans l’Église. Au commencement, le sixième jour, Dieu créa l’homme ; « à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme » (Gn 1, 27), et il donna à chacun sa place, son rôle spécifique, sa mission unique.

Confions cette journée de la femme à Celle qui est « bénie entre toutes les femmes », la Vierge Marie, notre Mère et notre Reine.

Pour écouter cet article :

À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du mercredi 8 mars 2023.

Pour aller plus loin :

Odile Haumonté, Saint Louis et Zélie Martin – Aimer c’est tout donner, Pierre Téqui éditeur.

Odile Haumonté, Élisabeth de la Trinité et sa sœur Guite – Louange de gloire à quatre mains, EdB.

Crédits photo © PIXABAY D.R.

– LE MOT DU LUNDI – Vivre le Carême avec Benoît XVI

Alors que nous venons d’entrer dans le Carême, qui mieux que Benoît XVI peut nous aider à vivre ce temps de cœur à cœur avec Dieu ? Nous l’avions presque oublié après sa renonciation en 2013. Or, il a mené durant dix ans une vie de prière et de silence, à l’image de son patron saint Joseph, soutenu par la musique qu’il aimait tant, lui qui avait fait entrer un piano au Vatican. Sa mort le dernier jour de l’année 2022 a remis en lumière ses écrits nombreux et importants, nous rappelant quel grand théologien et quel chercheur de la vérité Benoît XVI fut – et resta jusqu’à la fin de sa vie. Il nous donne deux pistes pour vivre pleinement ce Carême de temps de crise.

Première piste : Que nous soyons des « coopérateurs de la Vérité »

Joseph Ratzinger était un spécialiste de saint Augustin, dont il admirait la quête sincère de vérité, alors même qu’il se fourvoyait dans une secte. Il connaissait l’œuvre de saint Augustin sur le bout des doigts, l’ayant étudiée et commentée, et pourtant, il fut touché par une légende que l’on attribue à saint Augustin, mais qui ne figure pas dans les écrits du saint évêque d’Hippone. Dans cette légende, un théologien rencontre, au bord de la mer, un enfant qui s’efforce de faire entrer tout l’océan dans un trou à l’aide d’un coquillage. L’homme veut faire remarquer à l’enfant combien sa tentative est vouée à l’échec, quand il réalise qu’il a sous les yeux l’image même de ce qu’il tente d’accomplir : faire entrer l’océan des mystères de Dieu dans le petit trou qu’est l’intelligence humaine. Benoît XVI, pour se souvenir de garder toujours l’humilité dans sa recherche de la vérité, fit mettre le coquillage de la légende sur son blason d’évêque, puis de pape. Il choisit comme devise : « coopérateurs de la Vérité ».

Que nous aussi, durant ce Carême, nous soyons des coopérateurs de la Vérité, des chercheurs de la Vérité dans une société où c’est, au contraire : « À chacun sa vérité », dans un relativisme qui est source d’angoisses et d’errances. « La vérité vous rendra libres », nous promet Jésus (Jean 8, 32).

Deuxième piste : Que nous soyons libres

Benoît XVI, quand il apparut au balcon de la basilique Saint-Pierre juste après son élection, fut effaré de voir la foule des fidèles lever vers lui leurs téléphones portables. Il interrogea un proche collaborateur : « Que font-ils ? » « Ils vous prennent en photo, Très Saint Père ! » Benoît XVI avait en effet cette naïveté émouvante : il se tenait au courant de tous les événements sociaux et politiques du monde, mais les avancées technologiques ne l’intéressaient guère.

Il nous invite ainsi à remettre à leur juste place les nouvelles technologies qui nous prennent tant de temps et même d’argent ! Mettons notre fréquentation des réseaux sociaux dans la lumière de la Vérité et demandons-nous si le temps que nous y passons est bien pour la Gloire de Dieu et pour l’évangélisation de ceux qui cherchent un sens à leur vie. Si ce n’est pas le cas, comment pourrions-nous remettre tout cela en place en profitant du temps propice du Carême ?

Après Jean-Paul Ier et saint Jean-Paul II, Benoît XVI fut lui aussi un « Pape du sourire », ce sourire doux, presque timide, enfantin, lumineux.

Et si notre Carême commençait cette année par la résolution du sourire, par le vœu de la joie, si cher à Mère Teresa ?

Pour écouter cet article : 

* À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du 8 février 2023.

– LE MOT DU LUNDI – Une rançon pour l’Enfant Jésus

Je m’apprêtais, alors que l’année nouvelle est déjà bien entamée, à vous parler des bonnes résolutions de janvier, un thème que j’aime bien développer, quand un fait divers a attiré mon attention.

Dans une ville de Catalogne, des voleurs se sont emparés du petit Jésus de la crèche paroissiale. Dans une vidéo où ils apparaissaient avec le visage masqué et la voix déformée, ils ont réclamé une rançon de dix mille euros en échange de la restitution du santon de l’Enfant Jésus.

Derrière l’anecdote à la fois insolite et navrante, je m’interroge : si nous devions monnayer notre foi, combien vaudrait l’entrée à la messe ? Et le tarif varierait-il en fonction du célébrant ? Combien aurions-nous à payer pour une heure d’adoration, pour un chapelet ? Quel serait le prix d’une hostie consacrée ?

Si l’offre crée la demande, peut-être qu’alors, nos églises se rempliront au point qu’il sera nécessaire de réserver nos places longtemps à l’avance ? Les rois mages que nous fêtions dimanche sont bien arrivés jusqu’à Jésus avec des cadeaux précieux : de l’or, de l’encens, de la myrrhe.

Est-ce que la communion nous semblerait plus précieuse si nous devions la payer ? Nous en sommes arrivés à ne mesurer la valeur des choses que par le prix qu’elles coûtent. Alors, combien sommes-nous prêts à verser pour une petite hostie dont nous croyons qu’elle est le pain de vie, le corps vivant du Christ ressuscité ?

Dans le même ordre d’idées, le saint Curé d’Ars disait que s’il n’y avait qu’une seule messe célébrée dans le monde, nous nous y précipiterions. Quel mystère que celui de la grandeur cachée de la foi catholique ! Comme Jésus qui vécut trente ans de vie cachée, l’Église vit les mystères de la foi de façon cachée et ordinaire, ce temps ordinaire dans lequel nous allons justement revenir à partir de demain, après la célébration du Baptême de Jésus en ce 9 janvier.

Le miracle de la messe se produit chaque jour dans toutes les paroisses de la terre ; le miracle de la rencontre entre Jésus et nous se produit à chaque fois que nous prions. Et pourtant, nous ne sommes pas émerveillés, subjugués, confondus devant tant de grandeur et tant d’amour.

Car c’est une histoire d’amour, bien sûr. L’amour d’un Dieu qui est venu nous rejoindre sur la terre parce que nous n’allions pas assez vite le retrouver au ciel. L’amour d’un Dieu qui s’est fait petit enfant parce que nous avions trop peur du Père tout-puissant.

Prenons Jésus en otage dans nos cœurs. Disons-lui comme Jacob à l’ange après sa nuit de combat : « Jésus, je te tiens et je ne te lâcherai pas avant que tu ne m’aies béni. » La Petite Thérèse appelait Jésus « le Divin Prisonnier » parce qu’il acceptait d’habiter dans l’espace étroit de son âme.

Tout au long de cette année qui commence, faisons mémoire des bienfaits de Dieu : une naissance ou un mariage, l’exaucement d’une prière, la guérison d’un malade, une réconciliation dans la famille. Et toutes ces grâces, ne les attendons pas passivement, sachons les provoquer ; c’est vrai, l’amour de Dieu ne s’achète pas. Mais nous pouvons le réveiller en nous par notre ardeur, par nos actes : une neuvaine, un pèlerinage, un entretien spirituel avec un prêtre ou une religieuse, une retraite. Organisons nos temps de ressourcement dans la foi avec autant de minutie et de motivation que nos vacances. Nous pourrons alors nous exclamer comme la Fiancée du Cantique des cantiques : « J’ai trouvé celui que mon âme désire ; je l’ai saisi et je ne le lâcherai pas » (Ct 3, 4).

Pour écouter cet article :

* À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du mercredi 11 janvier 2023.

** Crédits photo : Falco © Pixabay

EN AVENT – Jour 25 –

Il est né !

C’est une nuit pure et glaciale comme la Judée peut en connaître en hiver.Ils sont partis de Nazareth avec des amis et des voisins. Joseph a caressé de la main, une dernière fois, le berceau qu’il a sculpté pour l’enfant, y mettant toute sa joie, toute son action de grâce d’être associé à ce grand mystère. 

Les voici dans la ville des origines de Joseph, certes, mais ils ne connaissent personne et ils ne sont pas les seuls à y chercher un logement. « Joseph, dit doucement Marie, le bébé va naître… » Il entre dans la salle commune. On lui dit qu’il n’y a plus de place, mais un homme compatissant lui indique une grotte non loin de là.

Dans la nuit claire semée d’étoiles, Marie donne naissance à son fils. Qu’il est beau ! Elle le regarde avec émerveillement, l’enveloppe de langes et le couche dans la mangeoire. Marie et Joseph le contemplent avec une joie éblouie : leur enfant et leur Dieu !

Soudain, dehors, on entend des mouvements, des voix, que se passe-t-il ? Ce sont les bergers qui entrent et chuchotent tous en même temps : « Il y a d’abord eu cet ange, tout entouré de lumière. Et il nous a dit : « Je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple. Aujourd’hui vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur[1]. » Alors qu’il parlait encore, des dizaines d’anges sont apparues autour de lui, il y avait des musiques, une grande clarté, et tous chantaient la Gloire de Dieu. »

Ils voient l’enfant et se taisent. Ces hommes rudes, habitués à combattre les loups, les chiens et les brigands, tombent à genoux devant un nouveau-né endormi.

Nuit de mystère où Dieu s’est fait petit enfant. Nuit de lumière où le Salut est entré dans le monde. Nuit qui sera célébrée désormais jusqu’à la fin des temps.

Saint et joyeux Noël !


[1] Évangile de Luc 2, 10-11.

Pour aller plus loin :

Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

Crédits photo © Pixabay

EN AVENT – Jour 24 –

Dans le silence de la nuit

« Silent night, holy night… Alles schläft, einsam wart… Dans l’étable, aucun bruit… » Les grands événements ne s’accompagnent pas toujours de grands discours. C’est le cas de la naissance de Jésus, au creux de la nuit, en plein hiver. « Cette nuit avait été connue d’avance par nos Pères […]. Un silence paisible enveloppait toute chose[1]. »

Comme un époux fait taire sa bien-aimée qui s’étourdit de paroles, Dieu fait taire son Peuple pour lui révéler son secret d’amour : « Écoute, Israël, le Seigneur ton Dieu est l’unique Seigneur[1]. »

Le silence nous fait-il si peur, que nous ayons besoin de le remplir de façon ininterrompue par des écrans, des musiques, des paroles ? Même pour courir dans la campagne, il nous faut des écouteurs dans les oreilles et une transfusion de sons… mais que craignons-nous ? Le tête-à-tête avec nous-mêmes, avec nos pensées, avec nos rêves ou nos désirs ne doit pas nous effrayer, et le tête-à-tête avec Dieu encore moins !

Alors, enlevez vos oreillettes et écoutez. Quoi ? Rien. Le silence.

Tandis que s’achève ce Calendrier de l’Avent, prenez le temps d’accueillir le silence dans votre cœur et faites-y résonner un aspect de Noël qui vous a particulièrement touché. Accordez-vous quelques instants pour arranger au fond de vous une petite crèche où Jésus viendra reposer. Ce sera votre secret !


[1] Livre de la Sagesse 18, 6.14.

[1] Livre du Deutéronome 6, 4.

Pour aller plus loin :

Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

Crédits photo © Pixabay

EN AVENT – Jour 23 –

La Sainte Famille

La Sainte Famille de Nazareth est la famille formée par Joseph, Marie et l’Enfant Jésus. Jésus aurait pu venir dans le monde de multiples façons, toutes plus miraculeuses les unes que les autres, mais il a choisi de venir – d’une manière extraordinaire – dans une famille ordinaire.

La famille fait partie du plan de Dieu depuis le commencement : « En toi seront bénies toutes les familles de la terre[1] », promet Dieu à Abraham. « La famille a son origine dans l’amour même du Créateur pour le monde créé », écrivait saint Jean-Paul II dans sa Lettre aux familles[2].

On appelle souvent la Sainte Famille la « petite Trinité sur la terre ». Joseph, Marie et Jésus y sont unis par les liens de l’amour comme une représentation du Père, du Fils et du Saint-Esprit, avec une personne en commun : Jésus, fils de Marie et Fils de Dieu.

La vie de la Sainte Famille de Nazareth a été, comme pour nous, faite d’une alternance de joies et d’épreuves. En toutes ces épreuves, dans l’angoisse comme dans la joie, Joseph et Marie gardent la paix intérieure. Leur volonté cherche sans cesse à correspondre à la Volonté de Dieu. Leur confiance se place en Dieu, inébranlable. La joie est plus forte que l’angoisse, l’espérance est plus grande que la peur.

Avec la grâce de Dieu qui ne nous laisse jamais sans secours, faisons de nos familles des bastions imprenables, des forteresses où chacun peut se sentir à l’abri, des oasis de bien, de vie et d’amour. Prions la Sainte Famille de nous y aider !


[1] Livre de la Genèse 22, 18.

[2] 2 février 1994, § 2.

Pour aller plus loin :

Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

Crédits photo © Pixabay