Une petite histoire sur les mots qui séparent… ou qui rassemblent.
C’est aujourd’hui mercredi et il n’y a pas d’école. Juliette se réjouit d’aller passer la journée chez sa grand-mère car elle va y retrouver son cousin Lucas. Ils vont bien s’amuser dans le jardin ! Dès qu’elle le voit, elle court joyeusement vers lui :
– Bonjour, Lucas !
Mais Lucas est de mauvaise humeur, il n’a pas envie de faire plaisir à sa cousine et il répond :
– Bjr, Jltt…
– Comment ? Je ne comprends pas ce que tu dis !
– J ds bjr…
– Alors, tu ne veux pas jouer avec moi ? demande la petite fille déçue.
Pour toute réponse, Lucas lui tourne le dos.
– Tant pis, j’irai toute seule sur la balançoire.
Juliette sait déjà se pousser toute seule et elle rit quand le vent soulève ses cheveux. Un petit oiseau s’amuse à monter et descendre à côté d’elle. Lucas s’ennuie et regrette sa mauvaise humeur. Il s’approche, les mains dans le dos :
– T vx jr vc m ?
– Tu continues ? Tu n’es vraiment pas gentil ! dit Juliette d’un air triste.
Lucas s’affole : il n’a pas fait exprès, cette fois… Il n’arrive plus à parler ! Il lance très vite des mots dans tous les sens :
– Vtr ! Msn ! Chclt ! Grnd-mr ! Jltt !
Chaque mot fait apparaître une brique et un mur s’élève, de plus en haut, devant le petit garçon.
– Scrs ! scrs !
Juliette a compris, surtout en voyant l’air paniqué de son cousin, ce qu’il essaie de lui dire !
– Oh, Lucas, tu as dit : « Au secours », n’est-ce pas ?
Il hoche la tête vigoureusement :
– Scrs ! scrs !
– Que faire ? Attends, j’ai une idée !
À son tour, elle lance des mots dans tous les sens :
– Amitié ! Joie ! Gentillesse ! Pardon ! Patience ! Partage !
Chaque mot fait apparaître une planche et un pont s’étend, de plus en plus long, devant le petit garçon.
– Lucas, viens vite !
Lucas s’élance sur le pont et franchit le mur. Ouf, le voilà revenu près de sa cousine.
– Merci, Juliette ! dit-il. Oh ! je reparle normalement.
– Mrc, tu veux dire ? plaisante la fillette.
– Je te demande pardon, murmure Lucas tout penaud, j’étais de mauvaise humeur. Merci de m’avoir sauvé !
– Tu sais, Lucas, les mots peuvent être beaucoup de choses : des murs qui séparent, des épées qui font mal, des cailloux qui frappent…
– Ou des ponts qui réunissent, des plumes qui caressent, des étincelles qui réchauffent ! Mais je n’ai pas besoin de mots pour te faire un gros câlin !
Et il pose un baiser plein de reconnaissance sur la joue de Juliette.
Texte d’Odile Haumonté, illustrations de Camille Patureau – Paru dans le numéro 507 du magazine Patapon de juin 2023
