Une petite histoire pour les enfants qui veulent grandir trop vite…
Ce soir, Priscille se couche de mauvaise humeur. À l’école, sa meilleure amie Agathe est venue en classe avec un nouveau cartable. Elle en a parlé toute la journée. Et à la maison, son grand frère Émile a eu la permission d’aller dîner chez un camarade du foot. Priscille, elle, n’a pas de nouvelles affaires pendant l’année scolaire, c’est seulement à la rentrée. Et elle n’a pas le droit d’aller dîner chez des copines car elle se coucherait trop tard.
Sur la table de nuit, le réveil en forme de coccinelle fait tic-tac, tic-tac. Priscille regarde avec colère les aiguilles qui brillent dans le noir.
– Je déteste ma vie ! Vivement demain ! Ou plutôt vivement que je sois grande ! Je déteste mes journées !
Elle dort depuis longtemps quand un drôle de bruit la réveille. Elle entend sa maman dire :
– Émile, pas si tôt, ta guitare !
Depuis quand l’insupportable Émile joue-t-il de la guitare ? Priscille saute du lit et dévale l’escalier. Dans la cuisine, en effet, Émile joue de la guitare, mais que lui est-il arrivé ? Il n’a plus 11 ans, il a 19 ou 20 ans, les cheveux longs et un début de barbe. Et maman !! Maman a les cheveux gris, elle semble plus petite. Priscille s’aperçoit alors dans le reflet de la fenêtre. Elle est bien plus grande, elle arrive à la hauteur du réfrigérateur ; elle ressemble à sa cousine Sophie qui vient de fêter ses 15 ans. Elle étend ses mains devant elle : elle a de longs doigts fins et porte une jolie bague.
– Que se passe-t-il ? s’écrie-t-elle. Hier soir, j’avais 8 ans !
– Oui, le temps passe vite, répond maman en soupirant.
– Non, mais j’avais vraiment 8 ans, insiste Priscille.
– Tu nous fatigues, lance Émile, vivement que tu sois grande !
Oh ! Priscille comprend : son vœu a été exaucé. Les larmes lui montent aux yeux :
– J’ai souhaité que le temps passe et je n’ai pas profité de mon enfance, sanglote-t-elle. Mais ces moments perdus ne reviendront pas.
Maman vient vers elle et lui caresse doucement la joue :
– Aucun moment n’est perdu si nous l’avons rempli d’amour.
Au même instant, Priscille ouvre les yeux dans son lit. Sa maman, jeune et brune, lui caresse doucement la joue pour la réveiller. La fillette se jette dans ses bras :
– Comme je suis contente que nous soyons aujourd’hui, maman chérie ! Je vais bien profiter de cette journée et la remplir de joie !
Texte d’Odile Haumonté, illustrations de Cécile Guinement – Paru dans le numéro 504 du magazine Patapon de mars 2023
