– LE MOT DU MERCREDI SAINT – Le malheur de Judas

Nous sommes à la veille du Triduum pascal et l’Église nous propose de méditer aujourd’hui sur l’évangile de la trahison de Judas. « Le Fils de l’homme s’en va », dit Jésus à ses Apôtres, « mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! » (Matthieu 26, 24). Quel mystère que cet affrontement de deux libertés : la liberté de Jésus qui accepte la coupe que le Père lui a donnée à boire et qui entre librement dans sa Passion ; et la liberté de Judas qui choisit le mal, qui trahit celui qu’il accompagne depuis trois ans, le voyant pourtant faire le bien partout où il passe. La différence entre eux est que Jésus est dans une grande paix malgré son angoisse : « Père, que ta volonté soit faite, et non la mienne » alors que Judas est profondément malheureux, tellement assailli par le remords qu’il ira se pendre.

Nous entendons dans l’évangile cet étrange dialogue entre eux au cours du dernier repas où Judas finit par dire : « Seigneur, serait-ce moi ? » Nous comprenons alors que Jésus n’a pas cessé de lui tendre des perches, de lui tendre la main : « Qu’as-tu fait ? Je connais ton cœur, je connais ton péché. Mais il n’est pas trop tard, tu peux encore avouer ta faute et te jeter dans les bras de ma Miséricorde ! Ne m’as-tu pas vu, à de nombreuses reprises, faire bon accueil aux pécheurs ? »

Judas n’écoute pas, il garde le cœur endurci, comme Adam qui se cache, comme Caïn, comme Pharaon. Il tourne le dos à la Miséricorde.

Et nous, où en sommes-nous ? Est-ce que ce Carême qui touche à sa fin nous a permis de regarder le fond de notre cœur à la lumière de l’Esprit Saint ? Avons-nous entendu Jésus nous dire : « Qu’as-tu fait ? »

Nous avons fait de belles choses, nous avons sans doute tenu certaines de nos résolutions : nous avons prié davantage, nous avons rejoint les propositions faites par notre paroisse, nous avons reçu le sacrement du pardon.

Mais la lumière de la Résurrection éclaire aussi nos zones d’ombre, tout ce qui a besoin en nous d’être converti, purifié, pardonné. Est-ce que nous avons pris un air innocent pour dire : « Serait-ce moi, Seigneur ? » Ou est-ce que nous avons accepté de nous laisser déranger, bousculer, humilier même par la découverte de ces ténèbres qui subsistent en nous malgré toute notre bonne volonté et nos efforts ?

Dans certaines communautés religieuses, le Mercredi saint est le jour de la « coulpe » où les consacrés se demandent pardon les uns aux autres pour les manquements à la vie communautaire et fraternelle, les agacements, les tensions qui naissent de la vie ensemble. Nous aussi, nous pouvons demander pardon – verbalement ou dans notre cœur – à ceux qui nous entourent pour nos duretés de cœur, nos manques d’amour, nos jugements.

Dans sa Passion qui commence demain soir, Jésus nous rappelle qu’il est venu pour sauver non pas les bien-portant, ceux qui n’ont pas besoin du salut, mais les pécheurs, les petits, les humiliés, ceux qui tombent sans cesse. Oublions nos résolutions de Carême, réussies ou ratées, pour vivre pleinement ces trois jours saints à la suite de Jésus jusqu’à la Lumière de Pâques, en mettant nos pas dans ses pas, en tournant nos cœurs vers son Cœur. Ayons le courage de lui dire, comme le brigand repenti, face à tous ceux qui l’insultaient et qui se moquaient de lui : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » (Luc 23, 42)

Pour écouter cet article :

* À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du mercredi 5 avril 2023.

** Pour rejoindre Jésus dans sa Passion en priant le Chemin de Croix avec nos enfants : Le Chemin de Croix médité pour les enfants, par Odile Haumonté et Laure Th. Chanal, Pierre Téqui éditeur.

Crédits photo : Lukas Baumert © Pixabay

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