EN AVENT – Jour 19 –

Emmanuel ou Jésus ?

Le prophète Isaïe avait annoncé en l’an 733 avant notre ère la naissance du Messie qui prendrait le nom d’Emmanuel : « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel [en hébreu Immanou-El(c’est-à-dire : Dieu-avec-nous)[1]. »

Or, lorsque l’ange Gabriel apparaît à Marie, il annonce que le nom de l’enfant sera Jésus : « Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus[2]. » Il fait de même quand il se présente en songe à Joseph : « [Marie ton épouse] enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés[3]. » Pourquoi cette divergence ?

Le Nom au-dessus de tout nom

Les commentateurs bibliques y voient en premier lieu une forme d’humilité, de secret : alors qu’aucun juif par respect n’aurait osé prendre le nom d’Emmanuel, beaucoup de petits garçons se nommaient Yĕhōshúaʕ, c’est-à-dire Joshua, Josué ou Jésus. Pour l’historienne Tal Ilan, c’est le sixième prénom masculin le plus populaire dans la Palestine du premier siècle, après Simon (10 % des garçons portaient ce nom), Joseph, Juda, Éléazar et Johanan (Jean)[4].

En second lieu, ce nom décrit la mission même de Jésus : il ne suffit plus que Dieu soit avec nous, il faut aussi qu’il nous sauve. « Tu lui donneras le nom de Salut (Yêshoua) car il sauvera (yôshia) son peuple de ses péchés. » Noël annonce déjà la Passion de Jésus, sa mort sur la Croix et sa Résurrection : c’est en donnant sa vie pour nous que Jésus se fait véritablement « Dieu avec nous ».

« Car le Nom exprime davantage que la mission : l’être même. Ce que l’Ange lui a clairement indiqué, sous forme de paradoxe : Yeshoua, c’est sa mission : “Le Seigneur sauve”. ImmanouEl, c’est son être : “Dieu-avec-nous”. Il ne peut sauver que s’il est Dieu[5]. »


[1] Livre d’Isaïe 7, 14.

[2] Évangile de Luc 1, 31.

[3] Évangile de Matthieu 1, 21.

[4] Tal Ilan, Lexicon of Jewish Names in Late Antiquity. Part I. Palestine 330 BCE – 200 CE, Mohr Siebeck, 2002, p. 54-58.

[5] Père Daniel-Ange, Les 8 voyages de saint Joseph, EdB, 2021.

Pour aller plus loin :

Odile Haumonté, N comme Noël – Histoire, sens, tradition, EdB, 2021.

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