– LE MOT DU LUNDI – Trouver sa place, avec le saint Curé d’Ars

Nous fêterons le 4 août saint Jean-Marie Vianney, le célèbre Curé d’Ars, dont on connaît l’esprit de pauvreté – ses confrères prêtres n’aimaient guère être invités chez lui pour manger des pommes de terre pourries et des croûtes de pain moisies, tant il se souciait peu de ce qu’il y avait dans son assiette – et l’extraordinaire rayonnement : les foules faisaient la queue jour et nuit à la porte de l’église pour le voir célébrer la messe ou pour se confesser à lui. Pourtant, il souffrait du complexe de l’imposteur. Il ne se reconnaissait pas dans cette célébrité. Humble et petit, il avait l’impression d’usurper cette place de prédicateur brillant, de confesseur exceptionnel qu’on lui reconnaissait. Aujourd’hui, que peut-il nous dire pour nousaider à trouver notre place ?

D’abord, que nous nous sentions appelés

Jean-Marie, né en 1786, a grandi sous la Révolution. À onze ans, il ne s’était encore jamais confessé quand il rencontra l’abbé Groboz, un missionnaire pourchassé qui s’était caché pour quelques jours dans la famille Vianney. Cette première confession le marqua tellement qu’il ressentit le désir de devenir prêtre pour annoncer aux gens, et surtout aux grands pécheurs, la miséricorde de Dieu. Sa vocation était née. Commença alors un dur chemin, celui des études. Jean-Marie n’était pas doué pour apprendre, notamment le latin, il était même « d’une nullité décourageante » comme le lui dit son supérieur de Lyon en le renvoyant du séminaire. Alors qu’il s’apprêtait à renoncer sous le poids du désespoir, une voix résonna aux oreilles de son cœur : « Tu seras prêtre. » Jean-Marie s’accrocha et, avec l’aide de son vieux curé qui l’avait pris sous sa protection, il parvint à passer les examens et à être ordonné prêtre le 13 août 1815.

Ensuite, que nous nous laissions envoyer

En 1818, l’abbé Vianney est envoyé comme chapelain dans un petit village de l’Ain, Ars. Cette commune de 230 habitants n’est même pas une paroisse à part entière. Le vicaire général de Lyon lui confie cette mission en lui disant : « Il n’y a pas beaucoup d’amour du Bon Dieu dans cette ancienne paroisse. Vous en mettrez. » Le « petit Curé » comme on l’appelle affectueusement se met au travail. Il embellit l’église, insiste sur la nécessité des sacrements, se fait proche des habitants qu’il visite dans les champs et dans leurs fermes. Il dort très peu, mange encore moins, tout son temps est donné pour Dieu et pour ses paroissiens. Ceux-ci, peu à peu, se laissent toucher et reviennent à l’église. Puis, à partir de 1830, ce sont des foules de plus en plus nombreuses qui viennent à Ars, attirées par sa réputation de sainteté. L’année de sa mort, ce furent 80 000 personnes qui vinrent à Ars chercher, auprès de l’humble curé de campagne, la révélation de l’amour infini de Dieu.

Enfin, que nous acceptions de durer

« Laissez-moi partir ! » suppliait-il en pleurant. Plus les gens l’adulaient comme un saint, plus il sombrait dans l’abattement car il se croyait destiné à l’enfer. « Ma tentation, disait-il, c’est le désespoir. » Il pensait que si ses fidèles le voyaient tel qu’il était, ils se détourneraient aussitôt de lui. Il se croyait indigne de la confiance de ses supérieurs et incapable d’accomplir la mission qui lui était confiée. À plusieurs reprises, il tenta de s’enfuir à la faveur de la nuit, mais il y avait toujours quelqu’un pour le reconnaître et le ramener au presbytère. En août 1859, quand il tomba malade d’épuisement, tout le village se mit à prier pour sa guérison. Il faisait chaud et lourd, et le malade souffrait terriblement. Les villageois eurent l’idée, pour le rafraîchir, d’envelopper le presbytère dans de grands draps et de les mouiller avec des seaux d’eau ; tous les hommes faisaient la chaîne et se relayaient comme pour un incendie. Le 4 août, il bénit depuis son lit tous ceux qui se trouvaient dehors, puis s’échappa paisiblement dans la mort.

Demandons-lui de nous aider à trouver notre place dans ce monde et dans l’Église comme Jean-Marie Vianney a trouvé la sienne : le jeune homme renvoyé du séminaire en 1813 a été proclamé en 1929 « le saint patron de tous les curés de l’univers ».

Pour écouter cet article : Trouver sa place avec le saint Curé d’Ars

* À écouter en podcast sur RCF Lorraine Nancy, émission « Un regard chrétien sur le monde », à partir du vendredi 5 août 2022

** Pour aller plus loin : Odile Haumonté, Le chemin du Ciel, Saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars, collection « Les Sentinelles » n° 24, Pierre Téqui éditeur.

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