« Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison et il était assis au bord de la mer. » (Matthieu 13, 1)
En lisant cette phrase toute simple dans la parabole du semeur, qui était l’évangile du dimanche 12 juillet, je suis frappée par ce qu’elle représente : Jésus, qui est Dieu, accomplit ce geste familier : il sort de la maison où, peut-être, les gens s’affairent, mangent, parlent, et vient s’asseoir au bord de la mer, comme certains le font en ce temps de vacances, sereins, recueillis ou simplement pensifs devant le doux mouvement du ressac qui les bercent.
Les hommes dans toutes les cultures et toutes les époques ont inventé des dieux qui se manifestent avec puissance et grandeur, des dieux vengeurs, des dieux jaloux, mais qui pouvait imaginer un Dieu sortant de la maison et venant s’asseoir au bord de l’eau, tranquillement ?
Je médite beaucoup en ce moment sur le mystère de l’Incarnation qui fait l’objet de mon prochain livre, et je m’en émerveille de plus en plus.
Dès la Genèse, on trouve cette notion de la proximité de Dieu avec sa Création : « Ils entendirent la voix du Seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour. » (Genèse 3, 8) Dieu crée l’univers et il s’y promène ; Dieu crée l’homme et il parle avec lui, veille sur lui, donne sa vie pour lui.
Quand j’y pense, je me sens remplie d’effroi, qui n’est pas la peur, mais la crainte de Dieu, un don du Saint-Esprit qui nous conduit à l’admiration et à la vénération. Dieu est si humble que nous pouvons facilement le laisser de côté, hors de nos journées, hors de notre vie ! Dieu est si proche, « plus intime à moi que moi-même » selon le mot de saint Augustin, que nous risquons de le confondre avec notre propre pensée, notre intuition, notre inconscient selon les écoles. Combien de fois reprochons-nous à Dieu de ne pas intervenir dans notre vie quand quelque chose va mal… mais l’avons-nous consulté pour telle décision, telle parole, tel geste ?
Mettons nos pas dans les pas de Jésus, lui qui est venu par amour fouler la poussière de nos chemins. Demandons-lui son regard pour voir comme lui le monde qu’il nous a confié, la magnificence des montagnes, la beauté d’une fleur des champs, la persévérance d’une plante potagère, la chatoyance des ailes d’un papillon. Demandons-lui ses oreilles pour entendre comme lui le chant de la nature, les mots d’amour et d’amitié, les cris de détresse, les rires qui niassent au milieu des épreuves. Demandons-lui ses mains pour accueillir comme lui l’enfant qui se jette dans nos bras, pour redresser la plante qui courbe la tête, pour soigner les plaies et les blessures, pour jeter un pont vers les solitudes.
Sortons de la maison, asseyons-nous et bénissons Dieu pour le monde devant nos yeux, ce monde qu’il est venu remplir de son amour et habiter de sa présence.
Belles vacances à chacun !
