J’aurais cru que des films comme Intouchables ou Les Mistrals gagnants feraient tomber les barrières entre les personnes handicapées ou malades et les bien-portants, barrières qui ont toujours existé puisque, même au temps de Jésus, les disciples osent demander en voyant l’aveugle-né : « Seigneur, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » Jésus répond aussitôt : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. » (Jean 9, 1-38)
Je discutais, aux éditions Pierre Téqui où je travaille, avec notre commercial au sujet du livre En avant, Lucie !, un roman pour jeunes qui décrit le parcours d’une jeune aveugle, ses difficultés, sa colère, ses doutes, jusqu’à l’arrivée dans sa vie de Lasco, chien guide. Il me disait que ce livre juste et émouvant, dont l’auteur a perdu la vue à l’âge de 9 ans, a reçu un accueil mitigé de la part des libraires : « Oh ! un livre sur le handicap, c’est difficile… »
C’est difficile de briser les barrières, d’oublier la peur de part et d’autre : car les bien-portants aussi ont peur, ils ne savent pas comment aborder la personne, ils craignent de faire une gaffe. Bon nombre de personnes handicapées témoignent que leur chien n’est pas seulement le compagnon fidèle qui les soutient efficacement ; il est aussi l’intermédiaire que les gens saisissent pour nouer le contact : « Il est beau, votre chien, il est bien sage », « Il s’appelle comment ? »
Souvent, les barrières ne sont pas un mur de pierre, juste un rideau, et il ne faudrait pas grand-chose pour le soulever. Je lisais dans la revue Un regard pour deux, le magazine des Chiens Guides de l’Est, qu’un supermarché Leclerc ouvre ses portes aux élèves chiens guides pour leur permettre de faire leur apprentissage dans des conditions réelles, au milieu des clients et des caddies. Cela peut sembler être une goutte d’eau, mais c’est comme l’effet papillon : cela commence par un reflet de couleurs sur les ailes d’un papillon et cela se termine par un arc-en-ciel qui traverse le ciel.
Ose ! chantait Yannick Noah. Osons faire le premier pas, le premier sourire, un mot sur le temps… ou sur le chien ! « C’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui », nous dit Jésus à propos de l’aveugle-né. En lui, et peut-être aussi en nous, quand nos cœurs et nos mains sont fermés par la peur, par la gêne, par la fausse pudeur. Par la crainte, nous aussi, d’être rejetés, car qui sommes-nous pour venir jeter au visage de la personne malade ou handicapée notre bonne santé assortie de nos grands soucis et de nos petits malheurs ? Peut-être qu’il nous manque seulement de pouvoir nous reconnaître comme deux pauvres, mais deux enfants de Dieu qui s’apprivoisent sous le regard de leur Père.
Bonne semaine !
Odile
