Pour certains (ou beaucoup ?) d’entre nous, il existe dans notre chemin de foi le cuisant souvenir d’un moment, d’un événement où l’Église nous a blessés ; ou, plutôt, de circonstances où des hommes ou des femmes dans l’Église nous ont blessés. Car l’Église n’est pas une entité abstraite, c’est lui, c’est elle, c’est vous, c’est moi.
La vive conscience d’appartenir à l’Église en tant que Corps du Christ, c’est à Taizé que je l’ai reçue. Quand j’ai découvert ce petit « printemps de l’Église » en 1986, ma première pensée d’adolescente généreuse que son église de quartier n’accueillait pas à bras ouverts dans sa bonne volonté ecclésiale fut : « C’est tellement mieux qu’en paroisse ! » Mais les Frères de Taizé ne l’entendaient pas de cette oreille : tous les enseignements, tous les groupes de discussion nous renvoyaient fermement vers notre propre paroisse.
Frère Roger lui-même écrivait : « Dans cette communion d’amour qu’est le Corps du Christ, son Église, s’introduisent parfois des inconséquences. Elles font beaucoup souffrir. Alors, allons-nous fuir ? Non, jamais. Nous ne pouvons qu’accourir pour soutenir un renouveau dans le peuple de Dieu. »
Ces mots nous dérangent et nous bousculent ! Si notre paroisse ne correspond pas à nos attentes, nous pouvons rester les bras croisés en râlant et en trouvant des fidèles autour de nous avec qui partager nos mécontentements ; nous pouvons aller voir ailleurs si l’herbe y est plus verte et les chants plus dynamiques ; nous pouvons enfin « accourir » et « soutenir un renouveau » que nous souhaitons. Cela peut prendre de nombreuses formes, comme : lancer un Parcours Alpha ; proposer une veillée de louange ou d’adoration du Saint-Sacrement de temps en temps ; rejoindre l’équipe de la préparation au mariage pour la rajeunir si elle s’essouffle un peu ; monter une chorale avec quelques volontaires autour de l’animatrice qui s’efforce toute seule de transmettre sa joie de chanter pour Dieu ; constituer un petit noyau qui animerait une messe avec les familles une fois par mois, où les ados et les jeunes enfants auraient tous un rôle à jouer. Et bien d’autres idées qui, j’en suis sûre, vous tiennent à coeur dans le secret.
Nous aurons à nous montrer patients : parfois, cela prendra plusieurs mois, voire deux ou trois ans. Nous serons sereins et persévérants, confiants et joyeux, nous intéressant aux autres activités de la paroisse, participant aux temps forts. Peut-être que nous aurons à souffrir des « inconséquences » de telle ou telle personne ou du fonctionnement même du système, mais nous tiendrons bon.
Fuir ? Jamais ! À qui irions-nous ? Jésus lui-même a bâti l’Église en nous promettant que la puissance de la mort ne l’emporterait pas sur elle. C’est à nous qu’est confiée cette promesse, c’est à nous de retrousser nos manches pour la faire exister et rayonner.
Bonne semaine !
Odile

Bravo ! Il faut parfois , dans nos paroisses , être à la suite de la petite Thérèse, un guerrier vaillant !